Chapitre 6 : Aux portes de l’enfer

L'homme avançait dans les sombres couloirs des geôles bontariennes. Un par un, il scruta les recoins obscurs des oubliettes où gisaient, parfois inanimés, les corps de soldats brakmariens capturé au combat, et que l'on laissait mourir de faim ici. Des hurlements déchiraient les murs, hérissant l'échine des soldats qui le suivait. Certains d'entre eux déglutirent avec peine. Personne n'aimait visiter les profondeurs de la prison de Bonta, même si bien peu risquait de devoir y séjourner. Et toute personne qui en ressortait passait des heures à se demander ce que ça pouvait bien donner de pire à Brakmar, au vu des pratiques en court ici même, avant d’en conclure qu’il valait mieux ne jamais le savoir. Un soupire de soulagement général se fit entendre lorsqu’ils retrouvèrent la lumière réconfortante des étages supérieurs. Il n’y avait de pire corvée que de jouer les messagers en ces lieux.

Dahal, tel était son nom, supervisait l'ensemble des armées de la cité blanche. Convoqué au plus fort de la nuit par un conseil en état de crise, il aurait volontiers échangé son rang contre celui d’une des jeunes secondes classes qui lui servaient d'escorte. A l’heure actuelle, il se faisait plus l’effet d’un oiseau de mauvais augure que d’un brillant meneur d’homme. La missive qu'il tenait dans la main menaçait de faire exploser les rouages même de la machine de guerre bontarienne. Jaloux de l'ignorance de ses hommes, il serra jusqu'a le froisser le précieux parchemin qu'il venait de récupérer des mains du bourreau.

Dans la nuit mourante, rejoindre le palais ne leur prit que peu de temps, les rues désertes aidant beaucoup. Dahal laissa son escorte dans le grand hall et poursuivit seul jusqu’à la salle où le conseil prenait son mal en patience en attendant des nouvelles. Son entrée fut accueillit par un concert de questions et remarques diverses, que le souverain de Bonta fit taire d’un geste.


- Mes seigneurs, les nouvelles que j’apporte ne sont guère réjouissantes… Veuillez excuser Messire, l’état dans lequel je vous remets ce document…

Il remit le parchemin à son maître, qui le fit circuler après l’avoir parcouru. La lecture générale fit naître un nouveau remue-ménage, mais le calme finit par revenir.

- Ces… aveux sont-ils dignes de confiance ? Etant donné les circonstances, il pourrait s’agir d’une tentative désespérée pour créer d’autres troubles ou brouiller les pistes…

- Ces noms…

Dahal reprit le parchemin maculé de sang coagulé et pointa chacun des patronymes.

- ...Furent particulièrement difficiles à obtenir. Ce sont des pseudonymes, très connu pour qui fréquente certains milieux. Ils ne doivent également pas être inconnus à certains ici présents… Je peux vous dire qu’il s’agit pour moitié de Bontariens, et pour l’autre des Brakmariens.

Il saisit une plume posée sur la grande table et griffonna sur le parchemin en parallèle à la petite liste. Le papier fit ensuite un nouveau tour de table et les visages s’assombrirent d’autant plus. Voir apparaître un nom en particulier les choqua profondément. Mais la décision qui allait tomber ne faisait plus aucun doute. Dahal se racla la gorge pour rompre le silence pensant qui était tombé.

- Que fait-on des deux prisonniers ?

- Supprimez Gamesh. Discrètement. Inutile d’affoler la population avec des cas de trahison dans la chaîne de commandement de l’armée, les rumeurs seront déjà bien assez suffisantes.

- Et pour le Brakmarien ?

Le monarque sembla marquer un instant d’hésitation.

- Exécutez-le avec sa complice. Ca ne sera que lui rendre service par rapport à ce qui l’attend chez ses maîtres. Même si l’envie de le renvoyer là bas avec un joli ruban autour du cou et faire la nique à ces sauvages, ne me laisse pas indifférent.

Pendant que le gros de l’état major quittait la pièce, il reprit la liste source de problème et la relut. Au dernier moment, il fit signe au chef des armées de rester et commença à rédiger deux missives. Très rapidement, il tendit la première, qui n’était rien de plus qu’une succession des noms des Bontariens impliqués accompagnée de quelques consignes. La seconde était bien plus longue et plus protocolaire.

- Dahal, faites le nécessaire pour les nôtres, un tel comportement, une telle collusion avec l’ennemi ne peut rester impunie. Quant aux ennemis en question… Faites parvenir ceci à Brakmar par un messager sacrifiable, qu’ils se débrouillent avec leurs problèmes. Mais il ne fait nul doute qu’ils feront tout pour éviter le ridicule…

Ceci fait, le souverain quitta son bureau et raccompagna son interlocuteur jusqu’à la porte, tout en continuant à réfléchir à la situation. Cette histoire soulevait bien des incertitudes. Sur le seuil, alors qu’il s’apprêtait à refermer la porte, il décida de modifier ses plans.

- Hum… Faites mander Erinyes ! Et que l’accueil soit digne du personnage !

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