Révélation d'un passé (Septange 637) *

(Khyrra / Perce-Oreille / Tayuuya / Pecadille)

 

 

- Nan mais bordel! Vous faites chier à la fin! C'est anti-touristique d'agresser devant les tavernes!

Un bruit suspect avait attirait son attention alors que Khyrra n'était plus qu'à quelques pas de l'entrée de la taverne. Elle se retourna vivement et repéra son agresseur qui fonçait sur elle : un eca, ça sera rapide...

#Coopération!#

Subitement, leurs positions furent échangées. Pendant que l'eca se demandait encore ce qui lui arrivait - ah ça, le mal de téléportation, quand on n'a pas l'habitude... - Khyrra enchaîna.

#Attirance#

Les deux adversaires se retrouvèrent les yeux dans les yeux, Khyrra souriant de son plus beau sourire démoniaque (on oublie pas des mois de service chez les démons).

- Hello... Adieu...

Et de planter son épée dans le coeur de son ennemi.

- Saloperie d'ange...
- Ben voyons... On m'agresse et on m'insulte... Je suis neutre pauvre type!

Elle retourna la lame dans la plaie pour achever l'eca agonissant, qui s'effondra avec un dernier gargouillis.

- Bon, ça c'est fait. J'en étais où? Ah oui, boire un coup, retrouver Tayuu et boire un coup. Y'a pas à dire, Brakmar n'a rien perdu de son... charme.

Khyrra détestait cette ville. Enfin, Bonta c'était pire, elle la haïssait. Le seul avanatge de Brakmar sur la cité blanche, c'était qu'il n'y avait pas à se demander où, quand, comment allait éclater une bagarre, ça arrivait à tous les coins de rue. On entrait dans la cité sombre en toute connaissance de cause, s'embarrasser de scrupules était le meilleur moyen d'écourter son espérance de vie.

La sacrieuse finit d'essuyer son épée sur le cadavre de l'eca et la rengaina avant de pousser la porte de la taverne sans un regard pour son défunt agresseur. Elle marqua une pause de quelques secondes sur le seuil de la porte, le temps de s'habituer à la non-luminosité de la pièce et de repérer d'éventuels empêcheurs de boire en rond. Elle finit par se dirigeait vers le comptoir d'un pas assuré.

- Salut les gens! Patron! Une bière!

 

Le crâne de bwork passa à quelques centimètres à peine du visage de Kharasu avant d'aller s'écraser sur le mur, ce qui lui permit d'anticiper le point de chute d'un iop de 75kg qui s'étala en travers des escaliers. S'épongeant le front, l'eniripsa se surpris a regretter d'avoir laisser Notch seul avec Tayuuya. Si cette dernière n’entendait pas malheur le bruit ... Evitant tour a tour un xelor, un ecaflip et un eniripsa qui pleuvait sur ces malheureux escaliers, Kharasu parvint en bas, reconnaissant Khyrra dans une de ses plus belles folies sanguinaires.

- Surtout ne pas lui dire bonjour maintenant, surtout que je puisse sortir sans qu'elle me voit, surtout qu'elle ne me demande pas ou est Tayuu.

- KHARASU !

Le cri lui parvint alors qu'il se glissait dans l'embrassure de la porte. Enjambant le cadavre d'un ecaflip, probablement l'oeuvre de la soeur sacrieuse, Kharasu n'en avait que trop entendu parler par Tayuuya, il détala comme un kitsoune vers le zaapi le plus proche.

- Et merde j'ai même pas deux kamas en poche.

 

- KHARASU!

Il lui avait semblé avoir aperçu une petite silhouette ailée se faufiler par la sortie. Oui c'était bien l'eni toujours accroché à Tayuuya. Et là où allait Kharasu, il y avait de fortes chances que la sacri soit à l'arrivée.

Khyrra planta donc là le serveur qui apportait sa bière pour suivre l'eni dans la rue.

- KHARASU!!!

"Pfiou, mais c'est qu'il court vite quand même malgré ses petites jambes! Elle le dope à quoi le matin Tayuu?"

Piquer un sprint dans les rues de Brakmar ne faisait pas partie de son plan initial et Khyrra se lassa vite de courir et de s'égosiller après un eniripsa faisant la sourde oreille. Elle finit par s'arrêter et cria à l'adresse de Kharasu :

- Bon écoute, tu t'arrêtes ou je me fâche. A toi de voir, le résultat sera le même, les moyens risquent d'être moins agréables pour toi.

 

Tayuuya se réveilla avec un mal de crâne ahurissant. De sous le plancher lui parvenait moult bruits et cris divers, ce qui, en plus de sa gueule de bois naissante, acheva de la rendre hystérique.

- Kharasu !!

Personne, la chambre vide, chambre qu'elle ne reconnaissait pas par ailleurs.

- Pfff .... Kharasu !! Saloperie d'eniripsa !! OU tu t'es encore planqué?

Se penchant par la fenêtre, Tayuuya aperçut Kharasu, penché sur le zaapi, se fouillant les poches, le regard tourné vers ce qui devait être l'entrée de la taverne.

- KHARASU

Tayuu reconnu la voix de sa grande soeur, sacrieuse réputé pour son manque totale de douceur. Kharasu sembla entendre également, car elle le vit détallé comme un lapino, regardant tous les 5 mètres au dessus de son épaule. Khyrra le suivait à courte ... de plus en plus courte distance.

- Oula, si je n'y vais pas tout de suite, je sens que Kharasu version suaires et chaînes ne me retarde beaucoup sur mes trajets, quel imbécile!

Elle dévala couloir, escalier, enjambant des cadavres éparpillé sur les marches, décochant deux pied du sacri aux divers alcooliques qui, mains baladeuse et haleine fétide, lui crachotait des "viens par la ma petite sacri". Elle claqua la porte sans même entendre qu'un de ses amis l'appelait, s'engouffra dans les rues de Brakmar à la recherche de l'eni disparu. Au détour d'une ruelle, elle aperçu Bobie-j, pris a peine le temps de le saluer, ne cherchant pas a savoir si le xélor l'avait vu ou pas. Elle déboucha sur une petite place, aperçut en son centre la silhouette de Khyrra agenouillé sur une plus petite.

- Merde, elle a retrouvé Kharasu avant moi.

Elle s'avança prudemment, en fonction de l'état dans lequel se trouvait sa soeur, il valait mieux éviter les mouvements brusques. Lorsqu'elle fut assez proche pour pouvoir lire le début d'agonie qu'exprimait le regard asphyxié de l'éniripsa, dont la gorge était a moitié broyé par le genou de la sacrieuse.

 

Khyrra avait fini par coincer Kharasu dans une petite place, après un placage digne d'un éleveur de bouftou rattrapant un boufton récalcitrant. Ils s'écrasèrent tous deux dans la euh... la euh... sur la surface plus ou moins glutoantoviscobeurkesque du pavage brakmarien. Sa chute amortie en grande partie grâce à l'eni, Khyrra s'employa aussitôt à le retourner sur le dos et à l'immobiliser, en oubliant un peu au passage qu'il y avait une saprée différence entre un pauvre Kharasu et le dernier monstre qu'elle avait étriper.

- Tête de mule! Tu vois, je t'avais prévenu pourtant. Où est Tayuu? C'est pourtant pas bien compliqué de répondre à ça!

Kharasu lui, s'il avait voulu répondre ne l'aurait pas pu, il était déjà bien trop préoccuper à tenter de trouver un brin d'air sous la pression de la sacri.

- Allez, j'ai pas que ça à faire... Vous avez encore joué à un de vos jeux débiles c'est ça?

-Tu me cherchais, Khyrra?

- Hum oui c'est possible...

Khyrra tourna la tête, n'ayant pas reconnu la voix de Tayuuya.

- Ah bah voila! Tu vois, c'est pas bien compliqué Kharasu...

Elle relâcha l'eni pour serrer sa soeur dans ses bras, et remarqua son état pas très frais et surtout la vague odeur d'alcool fortement marquée planant autour d'elle. Son regard se fit plus dur, elle recula et ramassa l'eni par le col de sa chemise.

- Vous vous êtes encre amuser à vous saouler... C'est vachement intelligent ça, surtout en plein coeur de Brakmar! Vous tenez à mourir jeunes où quoi?!!!

 

Un rapide mouvement d'air, le cliquetis des cervicales qui s'entrechoque.

...vous.........encore..........ou soul.........vach........ligent.........urtou.........oeur de........ourir........quoi.....

Le contact ente le postérieur de Kharasu et le sol n'est pas ce qu'on peut qualifié d'agréable, néanmoins, il lui permit de reprendre conscience, et d'emplir violemment ses poumons de l'air fétide de Brakmar, ce qui lui fit l'effet d'une thalasso après le traitement infligé par Khyrra. De ses petits yeux mouillés de larmes, il esquissa un regard plein de tristesse vers sa camarade de route.

- Mais tu est inconsciente ou quoi? Boire ou courir, faut choisir Tayuu, je ne serai pas toujours la pour te protéger, et ça tu le sait!! C'est comme ça que tu exprimes ton désir d'indépendance?

- Mais ... Khyrra ... y'a rien de méchant, c'est juste pour passer le temps ...

- Passer le temps? (La rage montait aux lèvres de Khyrra, le petit eniripsa s'imaginait voir de la bave lui couler des commissures des lèvres) Si tu passer plus de temps à combattre au lieu de faire le tour des tavernes avec ton imbécile d'éni, tu pourrait enfin porter cet arc du pécheur que je t'ai promis il y a des lustres, tu me déçois beaucoup Tayuuya.

Khyrra s'éloigna, son humeur oscillant entre gorge noué et je-vais-t-eclater-la-tronche-petite-soeur, des sentiments que Kharasu connaissait bien a force de suivre la jeune sacrieuse.

- Ca va Khara?

C'est dans ces rares moments (comprenez, systématiquement après s'être fait broyer les os ou éviscéré par Khyrra) que Kharasu pouvait deviner le coeur que Tayuuya gardait enfoui au plus profond de ses tripes.

- R euh ... keu ..... oui .... aaarrr....ca va aller

Son dos l'élançait sur toute sa longueur, ses hanches le transperçait d'aiguillettes douloureuses et sa gorge refusait de laisser passer le plus petit brin d'air a présent. Tayuuya fit un pas vers lui.

- N'avance plus, j'en ai marre de toujours subir les réprimande à ta place, tu voit ce qu'il arrive à force que j'essai de te couvrir? Tu devrais écouter ce que ta soeur te dit... change donc ta façon de penser une bonne fois pour toute, merde!

La réprimande fit l'effet d'une claque. Encore groggy par sa gueule de bois, Tayuuya se retourna pour cacher ses larmes naissantes, et couru rattraper sa soeur. Khyrra ne fit pas attention à elle en la voyant arriver, l'oeil rivé sur le combat qui opposait un prince ange qui s'était infiltré au sein de Brakmar, et un groupe de 5 démon figés dans leur peur. Des groupes de gardes approchaient au détour des rues, un cor sonna la charge, et Tayuuya avait violemment envie de se blottir dans les bras de sa soeur, comme une petite fille.

- Elle a beau joué l'effrontée, au fond d'elle, elle a un coeur tendre songea Kharasu.

Le regard de Khyrra, obnubilée par le combat, fit frissonner Kharasu.

-C'est vrai qu'elle me fait peur.

Un souvenir fit surface, une journée passé sur la route de Cania en compagnie de Tayuuya.

- Tu sait Kharasu, ma soeur a l'air horriblement cruelle comme ça, mais elle cache sa vraie nature au fond d'elle-même, tout comme moi, si tu apprenais à la connaître un peu plus, tu comprendrais ce que j'essai de te dire ... il y a eu des moment, lors de notre enfance, ou sans elle, j'aurai perdu la vie, même l'envie de vivre.... c'est dur de perdre sa famille si jeune, elle a toujours tout assumer pour moi, c'est pour ça qu'elle est dure.

Les gardes s'éloignait, emportant l'ange pied et poings lié. Cinq démons mort aujourd'hui encore, Brakmar tremblait mais ne chutait pas. Des rires fusaient tout autour d'eux, et Kharasu s'abandonna dans ses pensées, observant les deux soeurs qui parlaient à voie basse.

 

Khyrra regardait les démons se faire massacrer par l'ange avec insistance, puis l'intervention des gardes sans sourciller, un mince sourire ironique sur les lévres. A une époque, elle aurait foncé dans le combat, quitte à prendre quelques vilaines blessures au passage. Maintenant, les échauffourées entre Bonta et Brakmar n'engendraient plus chez elle que l'interêt que peut avoir un observateur pour un tel combat : y glaner quelques infos, se renseigner sur des techniques... Voir s'il y avait quoi que soit d'utile à en tirer.

Depuis quelques mois déjà, Khyrra avait renoncer à servir la sombre cité et avait coupé ses ailes. Pourquoi continuer à se battre et à mourir pour des dieux et des démons sans avoir rien à en retirer? Aide toi et le ciel t'aidera... Oui, et bien, que le ciel se démerde un peu seul lui aussi!

Le combat s'acheva par la victoire des gardes et Khyrra se détourna de la scène, qui lui avait surtout servi à masquer ses émotions, son inquiétude pour sa soeur et surtout sa colère contre leur insouciance. Au fond, elle regrettait certainement l'époque où elle avait pu agir ainsi, un brin de jalousie entre soeur. Mais il allait bien falloir un jour qu'ils grandissent... Khyrra ne pourrait pas et ne voulait pas être toujours derrière eux. Elle avait traversé trop de galère pour avoir l'envie de s'embarquer dans celles des autres, fussent-ils de sa famille. Elle se savait égoïste, mais après son remariage, elle voulait plus de temps pour elle, alors même qu'elle avait deja bien du mal à en trouver pour partager un peu de sa vie avec son époux.

Kharaasu était resté en arrière, sans doute devait-il ruminer sa rancoeur contre elle. Tayuuya arrivait, mais Khyrra fit comme si elle ne lui pretait pas attention. Elle voyait bien que Tayuu était au bord des larmes, mais si sa petite soeur ne s'endurcissait pas un peu, elle n'irait pas bien loin dans cette dure vie, surtout dans les rangs brakmariens. Elle l'ignora ainsi pendant quelques minutes, affichant ouvertement son mécontentement. Puis, elle planta ses yeux d'une froideur extrèmes dans ceux de sa soeur, la forçant à soutenir son regard. Il lui faudrait une fois depus jouer à la méchante, même si cela lui rebuter, c'était pour le bien de tayuuya et de Kharasu.

- C'est quoi votre ambition dans la vie à tous les deux? Devenir les 2 plus grands alcooliques de Brakmar? A moins que vous ne vous entraîniez pour ouvrir une taverne plus tard? Ah ça, ça n'est certainement pas de devenir de grands guerriers ou de réussir votre vie!

Khyrra giffla à la volée Tayuuya.

- Vivre médiocrement te satisfait donc tant que cela? Vas t'installer directement dans un cachot et nourris toi de sousouris, ça ira nettement plus vite! Plonge directement dans la décadence plutôt que de sombrer lentement, ça nous sera moins douloureux, à toi et à moi!

Puis, chose inattendue après ce déferlement de réprimandes, Khyrra serra sa soeur très fort contre elle, lui murmurant.

- Mais quand comprendras-tu? Je ne veux pas te retrouvée égorgée au bord d'un bois, ton cadavre à demi rongé par des crocs glands!

 

 

Kharasu et Khyrra sommeillait cote à cote. La scène avait de comique le fait que l'éniripsa, endormi, avait enserré la taille de Khyrra dans son sommeil, et que cette dernière laisser reposer sa tête sur celle de l'eni. Gageons que le petit eni devrait craindre la réaction de la sacrieuse au réveil. Assise au pied du feu, Tayuuya méditait sur sa fin de soirée. Elle avait l'habitude de se faire réprimander de la sorte par sa soeur, mais c'était la première fois depuis leur enfance que Khyrra la prenait dans ses bras. La première fois qu'elle s'était autant laisser aller.
Certains gestes touchent beaucoup plus les mots, nous le savons tous. Ce geste ressassé, revécu en quasi-boucle depuis qu’elles étaient sorties de Brakmar la berçait de mélancolie. Comme beaucoup de jeunes aventurier de sa génération, Tayuuya se berçait d'illusion. Les grands combat, les grand guerrier, elle en avait tellement entendu parler qu'elle considéré presque tout cela comme une légende ... le Dark Vlad ... le Chene Mou ... les Dofus ...
Non, ce n'était pas cela qui l'importait réellement. Elle n'avait cure de gagner en force pour conquérir des honneurs ... Non. Alors pourquoi? Bêtement vouloir faire plaisir a sa soeur? Elle avait passé l'age ...

Bercée par ses rêveries, Tayuuya n'aperçut le croc gland qu'à la dernière seconde. L'animal l'observait à une distance respectueuse du feu. Etrangement, les derniers mots de Khyrra à Brakmar lui revinrent en tête. La situation avait d'irréel que c'était l'animal qui semblait la craindre. Il frissonnait, semblant vouloir cacher quelque chose au creux de ses pattes.

Tayuuya réalisa au bout de quelques secondes d'observation qu'il s'agissait d'une mère, blessée, avec un petit qui la tétait, caché sous son aisselle. La sacrieuse se rapprocha lentement. La femelle semblait gravement blessée. Un souffle ou un pressentiment lui sauva la vie. Un autre croc blanc, un male cette fois, était passer très près de lui trancher la jugulaire. Ses crocs saillant luisaient sous la lune, aiguisés comme des lames et assez long pour lui transpercer la jambe. Tayuuya se retrouvait écartée du feu. La situation méritait qu'elle réveille sa soeur, mais ... pour la première fois de sa vie, Tayuuya n'y songea même pas. Elle se déplaça rapidement devant la femelle et son petit, réalisant que c'est le male qui l'avait mise dans cet état.

- Cet animal attaque donc ses propres congénères ... comment peut-on être aussi ignoble.

Les deux groupes se faisait face a face, une aura bleue semblait baigner les pieds de Tayuuya, de la femelle et de son petit, une autre, rouge, baignait les pattes du croc. La plénitude face à la rage.

Tayuuya compris à cet instant que tout se tenait entre ses mains ... elle qui jetait toujours sa rage en combat réalisa comment la contenir, et par la même, comment dominer sa peur et l'utiliser à bon escient. Ne plus se laisser gouverner par ces deux sentiments destructeurs ...

Un léger sifflement glissa jusqu'au croc-bland.

ATTIRANCE

L'animal butta contre les cuisse de la sacri, se cabra, tenta de mordre, mais sa tentative fut un échec, ce qui était critique pour sa situation.

PUNITION

L'effet du sortilège sacrieur arracha un léger cri à la combattante, un filet de sang lui coula des oreilles, et son dos luisait de sueur.

Le croc-blanc accusa le coup, tenta de se redresser, puis chu sur ses pattes arrière, sa gueule béante se jeta sur les mollets de la sacri, lui entailla le tendon avant d'heurter le sol. L'autre pied lui écrasait à présent le crâne.

Tayuuya entendit la boite crânienne se rompre, sentit la nausée gagner se narines au contact de la cervelle du croc. Elle s'extirpa, avança d'un pas vers la femelle et son petit. Son tendon défailli et elle chuta tête la première.

La mère stoppa sa chute du bout du museau, joignant ses dernières force à celle de la sacrieuse. Son souffle ralentissait peu à peu et Tayuuya réalisa qu'elle ne passerait pas la nuit. Le petit, trop jeune pour réaliser ce qu'il venait de se passer, repu, s'approcha de la jeune femme et renifla sa chevelure rousse. Il lui lécha gentiment le nez avant de se rapprocher a nouveau de sa mère.

Beaucoup de chose arrive sans que la compréhension soit de mise. A cet instant précis, la sacrieuse et la femelle croc-blanc pensèrent exactement la même chose. Dans un dernier souffle, la femelle adressa un regard où Tayuuya lu beaucoup de reconnaissance.



Beaucoup plus tard dans la nuit, alors que Kharasu avait fini par relâcher son étreinte, et que Khyrra ai entonné son plus bel air de ronflement, Tayuuya retrouva les forces de se lever et de se rapprocher du feu. Les deux cadavres était assez proche pour que ses amis les voit des le réveil, mais assez loin pour qu'aucune odeur ne les accommode avant le matin. Le petit croc-blanc dans les bras, Tayuuya réalisa que ce petit être allait peut être lui changer la vie.

 

 

Un petit matin, sombre, froid et humide comme en connaissent si souvent les landes de Sidimote (pour ne pas dire tout le temps) trouva le quatuor endormi. Ce fut le lourd silence accompagnant l'aube, alors que les créatures de la nuit se taisent pour laisser place à celles du jour, non moins terribles, qui tira Khyrra des bras de morphée. Les yeux à peine ouverts, la sacrieuse sauta sur ses pieds en reconnaissant les lieux forts peu fréquentables, surtout de nuit.

- Mais merdeuh! Et y'a personne qui fait le guet en plus! Tayuu fallait me réveiller si tu étais fat...

Khyrra allait secouer sa soeur pour la réveiller lorsqu'elle remarqua la boule de poil blanche nichée entre ses bras. Plutôt que de hurler de suite après l'inconscience de sa soeur, au risque d'alerter toute la garnison brakmarienne, de rameuter un troupeau de bêtes sauvages ou un grumeau d'anges en maraude.
Elle se redressa et observa les alentours, inquiète à l'idée que Tayuuya est piqué ce petit croc gland à sa mère et que celle-ci puisse vouloir le reprendre en compagnie des ses congénères.

"Je te jure Tayuu que si c'est un de tes caprices, je t'arrache la peau du dos pour m'en faire un sac... On ne joue pas avec les bêtes sauvages, surtout celles de Sidimote!"

Son regard balaya rapidement les environs : nulle trace d'une meute aux abois, yeux sanguinaires brillants dans l'ombre des broussailles. Par contre, elle eu tôt fait d'apercevoir les deux cadavres de loup formant une tache blanche éclatant sur le sol noirci.

"Par Sacrieur! Ne me dites pas qu'elle a été tuer des crocs pour le plaisir de s'offrir une peluche vivante!"

Elle s'approcha des deux corps et commença à observer les blessures, essayant de démêler cette affaire au plus vite. Si Tayuu avait encore fait une connerie, elle allait passer un sale quart d'heure à son réveil. Petit dej' façon Khyrra...

Son enquêtes la rassura rapidement : la femelle n'avait pas été tuée par sa sacrieuse de soeur, mais bien par un de ses semblables. En revanche, le mâle avait bien péri sous les coups de la jeune femme, Khyrra savait reconnaître les dévastations de punition quand elle en voyait. Maintenant il était trop tard pour changer quoi que ce soit, et elle se doutait bien qu'il serait peine perdue de vouloir faire renoncer à Tayuuya de laisser le petit à son sort.

Elle ramassa un peu de bois mort, en évitant soigneusement les rameaux d'oliviolet et alluma un petit feu sur lequel elle mit à chauffer une gamelle avec un peu d'eau. Pendant que le liquide bouillait, elle sortit un peu de pain de son sac avec quelques fruits secs et un vieux morceau de fromage racorni plus dur que de la pierre. Elle jeta quelques feuilles de menthe dans l'eau frémissante et laissa infuser le temps de réveiller les deux paresseux.

 

Une odeur de thé chaud lui éffleura les narines.

- Réveille toi, petite fleur

Elle ouvrit les yeux, son adolescente de grande soeur lui tendait une tasse chaude d'une main, lui caressait les cheveux de l'autre. Tayuuya fit la moue, paresseuse ... à 9 ans, difficile de se réveiller pleine de motivation.

- Mhou, je peux dormir encore un peu Khyrra?

- Tayuuya, reveille toi ... Tayuuya ....

- Quoi?

Son petit air capricieux disparu.

Tayuuya se réveilla, reconnu le sourire de sa soeur. Cinq petites minutes lui furent nécessaire pour se rappeler son age et ce qu'elle faisait la. Sa cheville la faisait horriblement souffrir, mais le saignement s'était arrêter.
Le petit croc blanc dormait encore paisiblement dans ses bras. Tayuuya ne put réprimer une larme en voyant le cadavre de la mère.

- Ne pleure pas?

Khyrra lui caressait toujours la tête avce tendresse.

- Qu'est ce que ...

Le petit éniripsa était sous le choc. La première chose qu'il aperçut de la scène était l'état du talon de son amie.

- Bonjour Kharasu , dit Tayuuya, un sourire forcé aux lèvres.

Il apercu le petit dans les bras de la sacrieur, et ne pu réprimer un cri.

- Par Eniripsa !! Mais qu'est-ce ..?

Le sourire de la sacrieuse se figea, se morphant en un rictus de douleur. Le visage tourné vers le ciel pour masquer sa douleur, Tayuuya serra un peu plus fort le petit croc-blanc entre ses bras.

- Du calme Tayuu, tu va l'étouffer; Kharasu, bouge toi un peu, tu veut?

L'eniripsa mit une courte seconde à réagir, puis tendit ses mains vers la cheville de Tayuuya, prononça des mots obscurs connus de lui seul, et laissa couler le flot d'énergie de ses mains. Une faible lueur verte enveloppa la cheville, l'enserra avec douceur, et sous leurs yeux, le tendon se recomposa, des particules de chairs naissant du flot d'énergie et se fondant dans le corps de la jeune guerrière. Essoufflé, Kharasu regarda la sacrieuse dont les traits s’étaient détendus.

- Je n'avait jamais vu ça, que diable a tu ..?

Le regard de Tayuuya se tourna vers les deux corps, et sans un mot de plus, Kharasu compris.

- Alors, ça commence, c'est ça?

Tayuuya lui rendit son sourire.

- Que compte tu faire de lui?

- Je pense qu'on devrait l'emmener au chanil, on ne peut pas éternellement le traîner avec nous, dotant plus que ce sera dangereux pour lui.

Kharasu resta interdit. Le ton et l'air de la jeune femme étaient totalement nouveaux pour lui. Elle paraissait particulièrement ... plus mure, tout d'un coup.

- D'autant plus que nous avons quelque chose à faire, Khyrra.

Khyrra ne comprenais pas.

- Kharasu, je suis désolé, mais tu va devoir te passer de moi quelques temps. Je peux te confier une mission?

Kharasu émit un faible oui, son regard oscillant d'une sacrieuse à l'autre.

- Je voudrais que tu emmènes ce petit au chanil, retourne à Brakmar, et passe par le zaap, je pense que notre route va être trop dangereuse pour lui.

Tayuuya saisi la tasse de thé après que Kharasu eu prit l'animal dans ses petits bras. L'eniripsa n'attendit pas plus, quelque chose se passait et il savait qu'il n'avait pas de temps à perdre.

- Je te contacte dès qu'il est en sécurité,dit l'eniripsa dans sa course.

- Kharasu!

L'eni stoppa net.

- Prend garde à toi

Le ton était sans équivoque. Sans un sourire, sans un mot, Kharasu repris sa course.
Tayuuya se retourna vers sa soeur.

- Il est temps d'affronter nos peurs, Khyrra.

La soeur aînée se tendit, un frisson lui parcouru l'échine.

- Allons, ça fait longtemps que nous n'avons pas vu la tombe de nos parents.

L'air frais du matin leur apporta, comme dans un songe, une nuée de souvenirs. Cliquetis de chafer fantassin, parfum d'orchidée freyesques, tapis de mousse, deux croix de fer forgé, deux noms interdits gravés.

- La route est longue jusqu'au cimetière de Bonta, ne tardons pas.

Tayuuya avala sa tasse de thé, se dirigea vers sa cape, couche de fortune, et entrepris de la nettoyer. Son esprit était libre, clair et vide. Elle savait, elle devait. Cette fois-ci, elle attendait des réponses de son père...

 

Le soleil était au zénith, Tayuuya avancait en tete de marche, le visage sur.

- Tu traînes soeurette, on dirait que les rôles sont échangés depuis hier soir

- C'est sur, dit Khyrra en soufflant, mais tu ne m'as toujours pas dit ce qu'on allait faire là bas ... pourquoi garde tu le silence, tu n'as pas décocher un mot depuis qu'on a quitter les Landes de Sidimote.

Tayuuya se retourna pour dévisager sa soeur.

- Ecoute Khyrra, même moi je ne sais pas ce qui nous attend là-bas...

- TAYUU !! Derrière, attention !

Le kanigrou fit un bond de plusieurs mètres de haut, masquant le soleil un cours instant. Son arme frappa lourdement le sol à l'endroit même où se trouvait Tayuu.

CHANCE DU KANIGROU

Tayuuya adressa un sourire édenté à sa soeur.

- Tu vas enfin pouvoir voir que je ne me contente pas de faire du tourisme tavernier pendant mes voyages.

PUNITION

Quelques gouttes de sang lui coulèrent des oreilles et sur la nuque. Le kanigrou poussa un hurlement de rage en sentant son bras s'arracher, la moitié gauche de son corps brûlé au second degré.

COOPERATION

Le serpentin qui s'était glissé dans le dos de Khyrra réapparu devant le kanigrou. Des grondements s'élevèrent du sommet de la colline qui surplombait la scène. Deux autres kanigrous, plus grand que le précédent, firent leur apparition. Tayuuya se plaça au coté de sa soeur, en position de combat. Leurs regard se croisèrent, noir et entendu.

 

Khyrra souriait légèrement. Chaque nouvel affrontement était l’occasion pour elle d’enseigner à sa sœur les subtilités du combat sacrieur. Au fond espérait-elle encore que Tayuu la rejoindrait au final sur la voie de l’air.

Les deux kanigrous se précipitaient vers elles, hurlant et bondissant. Khyrra ne frémit pas, cela faisait des années qu’elle massacrait sans émois de telles créatures. Dans sa jeunesse, elle les avait craint, à juste titre, mais désormais, elle trouvait presque comique leur tentative d’intimidation. Elle jeta un rapide regard en coin à Tayuuya, celle-ci n’avait pas bronché non plus. Khyrra ne voulait pas prendre de risque : si pour elle les deux kanigrous n’étaient que du menu fretin, pour la jeune fille ils représentaient encore un sérieux morceau. Discrètement, elle lança son plus puissant sortilège de protection.

#Sacrifice#


Non pas qu’elle n’ait pas confiance en les capacités de combattante de Tayuuya, mais à ses yeux, elle restait avant tout sa petite sœur qu’elle devait protéger par tous les moyens. Et puis, Tayuu ne s’en rendrait même pas compte, à moins qu’elle ne se retrouve dans une mauvaise passe. Khyrra frissonna à l’idée qu’elle puisse être blessée. Il lui semblait tout naturel de prendre les coups à sa place, elle était l’aînée, elle devait assumer en toute circonstance.

- Tu vois, je te l’avais bien dit que c’était une mauvaise idée de partir pour Bonta… On va devoir s’amuser en cours de route…

Les deux fauves n’étaient plus qu’à une dizaine de mètres. Khyrra tira son épée et se concentra, rivant son esprit sur le combat à venir.

- Chacun le sien. Je te laisse le petit chétif ! Essaye de t’en sortir !

Sur cette dernière provocation amicale, elle chargea son kanigrou, jouant le tout pour le tout dans ue première attaque : soit elle le mettrait à mal dès le départ, soit le kanigrou passerait au travers des dommages et le combat s’en trouverait rallongé. En arrivant au contact, Khyrra feinta et profita de son agilité pour esquiver le kani. Une fois dans son dos, l’épée trancha la chair à deux reprises, frappant en croix sans pitié.

Coupé net dans son élan, le kanigrou s’écroula avec un grondement rageur, incapable de poursuivre le combat. Khyrra s’en détourna, pour suivre le duel de Tayuuya.

* Allez petite sœur, montre moi que les années que j’ai passée à t’entraîner n’ont pas été vaines.*

 

Suivant l'impulsion donnée par sa soeur, Tayuuya bondit en direction du chétif petit kanigrou. Le pic fraternel avait glisser sur sa peau sèche de sacrieur... c'est le kanigrou qui allait en récolter le fruit.

Pied du Sacrieur

Concentrant toute sa force dans ses jambes, la jeune sacrieur éclata une des rotules du kanigrou. Ne tenant plus sur ses jambes, ce dernier offrit un flambant pelage doré au second coup. Deux cotes brisées, une hargne qui avait disparu quelques secondes plus tôt, le kanigrou frappa de son poing la hanche de Tayuuya.

- Aie!

Un vapeur verte enveloppa Tayuuya, le monde eut l'air de tourbillonner un instant, et elle se retrouva à quelques mètres du kanigrou, remarquant tout de suite que Khyrra avait interverti leurs positions respectives

« Mais comment, je ne l'ai pas senti lancer un quelconque sort ... »

L'évidence se fit image : la réponse surgit en son esprit.

« 
Evidemment ... Sacrifice ... »

- Khyrra, je n'ai rien contre le fait que tu veuille me protéger, mais sache ...

La terre frémit alors que Tayuuya se coulait en elle, des ondes se propagèrent jusqu'à Khyrra, qui se senti a son tour aspirée par le sol.

Transposition

- ...que celui-ci est aussi pour moi !!

Dans un cri de rage, Tayuuya transperça le cou et la nuque de l'enorme monstre d'une flèche qu'elle tenait, profanant l'arme sainte des cra en la tenant à même la main. Reprenant son souffle, Tayuuya contempla l'agonie du kani, et ne pu réprimer un rire.

- Je me demande ce que ton époux penserait de ça.

Saisissant la base de sa flèche, Tayuuya arracha l'arme improvisée, détournant son regard pour ne pas supporter le spectacle morbide d'un ruisseau de sang qui coulait de la plaie béante.

 

- Tu vois Khyrra, tu finiras par te rendre compte que je ne suis plus la petite fille qui pleurait lorsqu'une arakne avait tissé sa toile dans sa chambre. J'ai grandi, tu doit bien le voir, non?

Elle essuya sa flèche à même la paume, déposa son carquois et se voulu moqueuse.

- Hey, au final, j'en ai eu un de plus que toi.

Tayuuya banda son arc à blanc, le combat l'avait rendu euphorique. Se regard se tourna vers le sud, balayant la plaine qui les séparaient des blocs rocheux ou sévissait moult craqueleurs et autre bloperies. Elle cru distinguer une silhouette aux abords du village brigandin, mais ce dernier était trop éloigné pour qu'elle puisse s'en assurer.

-Bon, on s'arrête un moment, ou on continue la route?

 

- Que le sortilège ait eu à s'activer prouve bien que tu as encore besoin de ma protection. Si le kanigrou n'avait pas eu l'occasion de te toucher, tu ne t'en serais jamais rendu compte.

Pendant que Tayuu faisait mumuse avec sa flèche, Khyrra massait sa hanche mise à mal par le chien jaune. Une simple contusion qui aurait tôt fait de disparaître, elle en avait vu de pire. Ce faisant, elle regardait sa soeur à la dérobée : comment lui faire comprendre qu'elle préférait mourir plutôt que de la voir souffrir un seul instant? Elle savait parfaitement que c'était dans leur nature de sacrieuses, mais Khyrra n'était pas du lot de ceux qui prennent plaisir en des douleurs inutiles.

Elle soupira et alla s'asseoir sur un bloc de rocher comme il y en avait tant dans les plaines de Cania. Peut être était-il temps d'éclaircir certaines choses avec Tayuuya et de lui en révéler d'autres...

- As-tu seulement la moindre idée du pourquoi je te pousse à devenir la plus forte possible? De pourquoi je fais plus attention à ta vie qu'à la mienne?

Un silence gêné lui répondit. Ni l'une ni l'autre n'étaient à l'aise lorsqu'il fallait aborder des éléments de leur passé. Khyrra n'avait jamais aimé justifier ses actes, encore moins vis à vis de sa soeur. Pour elle, c'était simple : elle était l'aînée, Tayuu n'avait pas à remettre en cause ses décisions et devait lui obéir. Ce qui ne manquait pas de causer de fréquentes crises d'autorité entre les deux.

- A la fin, je leur ais promis de veiller sur toi jusqu'à mes dernières forces. Tu n'aurais pas du vivre cette vie que je t'ai imposée, tu aurais du avoir une enfance tranquille, sans une soeur sanguinaire, brutale et intransigeante derrière toi, surveillant tes moindres faits et gestes. Malheureusement le destin en a voulu autrement. Notre déesse, soit-elle maudite, nous a imposé cette souffrance éternelle. Nous deux, c'est à la vie à la mort. Et j'aimerais autant que tu vives le plus possible, que tous ces sacrifices n'aient pas été vains...

Re lourd silence. Khyrra n'avait rien de plus à ajouter. Tous cela ne faisait que lui rappeler de mauvais souvenirs qu'elle aurait préféré garder enfouis au plus profond d'elle. Puis soudain, une chaleur bienfaisante irradia dans son coeur. Elle se leva d'un bond, reconnaissant la sensation accompagnant la présence de l'amour de sa vie à proximité.

 

 

 

Réveillé de bonne heure, le jeune crâ s'activait pour se préparer à la chasse. Il lui fallait tester les changements qu'il avait apportés à sa magie et constater s'il avait oui ou non bien fait. Mais avant tout cela, il lui fallait prendre un grand bol de courage, cette fameuse denrée qui lui faisait souvent défaut sauf quand il était dans les bras du réceptacle de son coeur: Khyrra.
A l'évocation de son nom, Perce-Oreille s'imagina instantanément dans ses bras à goûter au fruit juteux de leur amour.....son coeur se mit à battre plus rapidement que le mortellement de la course d'un craqueleur des plaines avec huipéhèmeu.....et PAF.....il la rejoint par la seule force de son lien d'amour.....et PAF #Votre femme est trop éloignée pour vous permettre de la rejoindre.#....grosse déception.

- Non mais c'est pas vrai !!! Où est-elle parti si loin et si tôt sans même me faire un calin ? J'ai même pas pu lui faire un massage ! Et puis je suis sur qu'il lui reste quelques blessures à soigner de mon zamour !

Perce-Oreille saute sur le dos de Promesse et se concentre à nouveau sur son lien d'amûûûr avec Khyrra pour se laisse guider vers sa dulcinée au goût corsé. C'est après une longue course à bride abattue que le jeune crâ arrive dans la région forestière du village des Brigandins, cherchant déjà de son regard perçant un signe de vie aux alentours.

 

- Elle aiiiiiiiiiiiiiiime à rire, elle aime à boiiiiiiiiiiiiiiiiiireuuuu, elle aiiiiiiiiiiiiiime à chanter comme nous, oui commeu nous, oui commeu nouuuuuuus !

Sponk
Qu'est ce que c'est ?

Sponk....Spotoponk....SPATAPOPOPLONKSPLONK bounce


Désarçonné et à moitié assommé par la volée de pommes de pin géante qu'il vient de se prendre en pleine poire, Perce-Oreille se redresse sur ses coudes, l'air d'abord perplexe, lorsqu'il voit les pommes de pin qui l'entourent par terre, puis l'air réjouit, lorsqu'il réalise qu'il est une fois de plus tombé dans les pommes mais cette fois sans s'évanouir, puis l'air en colère lorsqu'il aperçoit les chenapans perchés sur leur passerelles haut dans les arbres qui ont eu l'audace d'interrompre son chant guilleret de conquérant du comptoir, puis, enfin, l'air heureux, lorsqu'il aperçoit loin au delà du village vers la route qui sillonne le canyon des contreforts de Cania, un éclat de lumière qu'il identifie immédiatement au reflet du soleil sur une lame bien acérée..... Khyrra I love you

Perce-Oreille saute à nouveau sur sa monture, manque de se rétamer la figure sous les rires des jeunes farceurs hauts perchés, lorsqu'il tente sans grand succès de partir à bride abattue tout en levant un poing vengeur vers les chenapans arboricoles.

- Bande de.....de......bande de brigandins.

TAGADA TAGADA voilà Perce-Oreille
TAGADA TAGADA voilà Perce-Oreiiiiiiiiiiiiille
Voilà Perce-Oreiiiiii-eiiiiii-lleu
TAGADA TAGADA rate pas la gamele !

Il a fier allure, dressé droit sur sa monture
Le vent dans ses cheveux, lui donne un air de dieu
Le sourire ultrabright, la carrure danone light
A donf il déboule, dans la plaine des craqueboules
Aupres de sa sanglante dulcinée et de sa soeur émancipée
Mais c'est là que tout bascule et que Perce tombe dans le ridicule
Ou plutôt sur les corps trucidés, des deux kani éviscérés

- Mais $£¤deu, j'ai encore oublié de serrer la boucle de ma selle !

 

L'entrée en scène de Perce-Oreille contribua à détendre l'atmosphère, la conversation prenant un tour qui ne plaisait que trop peu à Tayuuya.


 -Et voici donc un cra gaffeur par excellence qui nous est envoyé tout droit du village d'Assegarde, et ça, j'en suis sure, pour divertir quelques peu nos soirée au bord du feu !

« Pourquoi fallait-il que tu vienne ici Perce? Tu ne peux vraiment jamais te passer d'elle. Pourquoi ne puis-je profiter d'elle encore un peu? »

Tayuuya, comme beaucoup de fillette, avait commencer à vénérer sa grande soeur dès l'enfance. Elle la trouvait grande, belle et si forte. Le jour ou elle chassa son premier boufton, elle voulu le cuire pour l'offrir à sa soeur, et se brûla sévèrement les doigts. L'anecdote voulut qu'en ce jour naisse sa haine farouche envers ces pauvres créatures sans défense.
Grandissant, Tayuuya gagna elle aussi en force et en vitalité. Sa soeur avait des prédispositions notables pour l'élément air, elle n'en avait pas. Craignant de devoir subir tous les jours une comparaison détestable, elle choisi de ne privilégier aucune aptitude particulière, et se jeta dans la vie en espérant déveloper ses sens. La force était un atout facilement maîtrisable pour tout combattant novice, aussi se laissa-t-elle aller à la facilité, tout en s'entraînant secrètement à maîtriser son Assault, culte fraternel oblige.

Les années passèrent, Tayuuya gagna de plus en plus de force, s'entoura d'amis fidèles et se laissa peu à peu aller dans la débauche Brakmarienne. Un tempérament cynique et cruel se révéla, chose qui plaisait rarement à ceux qui ne la connaissait pas. Tayuuya n'en avait cure. Seul l'avis de ses proches, et surtout de sa soeur l'intéressait.

Perdu dans ses songes, la jeune sacrieuse réalisa à cet instant qu'elle comptait trop sur sa soeur. Elle avait une vie, un mari, un amant peut-être, et Tayuuya compris que les instants de son enfance, souvenirs inoubliables, ne se revivrait jamais.

« Je doit apprendre à vivre seule, et sans constamment attendre qu'elle me prenne la main. »

Sur regard se posa sur le couple qui s'échangeait moult baisés.

Sur regard se posa sur le couple qui échangeait moult baisés.

- Jouerais tu d'un instrument Perce? Il va bientot faire nuit et les veillé au coin du feu risque d'etre vite ennuyeuse si je doit tenir la chandelle.

L'air qui soufflait en ce début de soirée était doux. Tayuuya avait encore une chose à apprendre à sa soeur avant de se sentir enfin adulte. Une chose qu'elle avait garder pour elle depuis tant de temps ...

- Je pense qu'on arrivera au cimetierre dès demain, on devrait peut etre s'arreter par ici pour la nuit, j'apercoit une roulotte abandonnée au sommet de la colline. Demain, nous quitterons la route pour ne pas trop nous approcher de Bonta, nous devrions etre au cimetierre des la mi-journee.

Vivre ... etre parmi cette multitude d'existences qui peuple ce monde. Comment ne pas apprecier?

"Sacrieur, tu m'auras fait le plus beau des cadeaux en me faisant naitre ici."

Khyrra s'était précipitée pour relever un amoureux coincé entre deux cadavres. Ils fêtèrent dignement leurs retrouvailles par de longs baisers et moultes déclarations d'amour. S'ils se voyaient de moins en moins depuis le départ de Khyrra du village de l'Asse garde, il n'en restait pas moins qu'elle adorait toujours autant son cra de mari. Ces enlacements durèrent tant et si bien qu'ils en oublièrent momentanément Tayuuya, bien trop heureux de se retrouver après cette courte séparation, et qu'ils finirent l'un comme l'autre couvert du sang que la sacrieuse avait ramassé en combat et d'entrailles de kani récoltées par Perce pendant sa chute. Lorsqu'ils réussirent enfin à démêler bras et lèvres, Khyrra fut prise d'un fou irrépressible en constatant l'ampleur des dégâts vestimentaires.

- On a l'air chouette maintenant. Encore un peu, et tu pourrais presque passer pour un sacri mon namour. Il suffirait de te mettre torse nu, et tu ferais presque illusion. Quoique ça serait dommage, tu es quand même extrêmement séduisant dans ta tenue moulante.

Puis réalisant que Tayuu était toujours de ce monde et ne semblait pas emballée par les histoires de coeur de sa soeur.

- T'en fais pas soeurette, nous savons nous tenir en public. Il ne se passera rien de répréhensible, je ne voudrais pas souiller ta pureté.

Khyrra, avec ses deux mariages, éprouvait régulièrement le besoin de taquiner sa soeur sur son célibat. En fait, elle espérait surtout que Tayuu finisse par venir la voir un jour pour lui annoncer une union prochaine en la belle église d'Amakna... ou d'ailleurs. Et si possible avec un sacrieur, quoiqu'elle même ne faisait pas une fixation sur les hommes de sa propre classe. La diversité fait naitre le plaisir paraissait-il.

- Ta petite roulotte devrait convenir pour passer la nuit, ça nous fera toujours un abri contre quelques monstres totalement suicidaires et dépressifs qui oseraient s'attaquer à nous. Et un endroit sec si jamais le temps se couvre.

Elle croisa à cet instant le regard de Perce et repartit dans son fou rire.

- Quoique j'en connais au moins 2 à qui une bonne douche sous la pluie ne ferait pas de mal.

 

Perce-Oreille adorait se jeter dans les bras de Khyrra et la bécoter jusqu'à ce qu'elle lui montre ses blessures du jour. Alors il pouvait s'atteler à son devoir favori: masser délicatement la blessure et ses alentours immédiats pour apaiser la douleur et accélérer sa régénération. Mais cette fois, ils n'étaient pas seul et leur étreinte fût moins interminable que d'habitude. Lorsque Khyrra annonça à sa soeur qu'ils savaient être raisonnables, Perce ne put s'empêcher de grimacer dans son dos à l'adresse de Tayuuya… une grimace digne d'un gamin de 10 ans à qui l'on refuse momentanément une daagen glace.

- Allons nous installer dans cette roulotte.

Perce joignit l'acte à la parole et commença à déballer son attirail aux alentours de façon assez chaotique et aléatoire, sans même s'être assuré que la roulotte ne cachait pas une quelconque vermine. En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, un feu de camp allumé rapidement grâce à une flèche enflammée réchauffait la petite clairière où la roulotte en oliviolet avait échoué. Perce s'affairai à préparer à boire et à manger pour les deux guerrières et bientôt, parmi les arbres qui entouraient la clairière et le bric à brac à l'utilité questionnable que Perce avait déballé, une odeur alléchante de wabbit grillé prit possession de l'espace olfactif.

-
Ah voilà qui promet d'être un excellent repas....du wabbit grillé fraîchement trucidé d'hier soir......ou avant hier....je ne sais plus ! Dites les filles, z'avez remarqué ? La roulotte en oliviolet, elle ressemble à une roulotte de la caravane du silence.....probablement celle d'un de ses membres qui en est parti. Elle ressemble à celle de leur chef Vodkazarma...euh non Vodkamaza...hum...Vodkanawak ? ....non c'est plutot Vodka....heu......pfffff.....enfin Vodkatruc là. Enfin bon peu importe, c'est une roulotte en oliviolet abandonnée huhuhu....Dites donc, j'ai vu qu'un des kanis avait été tué avec une flèche....je ne savais pas que vous vous mettiez à tirer à l'arc....intéressant ça.

Un regard circulaire appréciateur sur les vêtements des trois campeurs.

-
Je crois qu'on est bon pour tester la fraîcheur de la rivière la plus proche.....à moins que l'on danse autour du feu pour invoquer la pluie....Il parait que c'est une technique de Piou-Rouge très efficace.

 

Khyrra avait passée toute la soirée à discuter avec sa sœur et son époux, la tête appuyée sur l’épaule de ce dernier, en contemplant les flammes du feu mourrant au fur et à mesure que la nuit vieillissait. Ainsi, elle paraissait détendue, presque sereine, loin de l’image habituelle de furie sanguinaire qui lui collait à la peau. En fait, il n’y avait qu’aux côtés du cra qu’elle se permettait de relâcher la tension qui assurait sa survie au quotidien, certainement parce qu’avec lui, elle n’avait et ne voulait pas jouer le rôle du gros dur sans cœur ni pitié.

La soirée passa tranquillement après avoir dégusté le wabbit légèrement faisandé mais néanmoins consommable de Perce, chacun et chacune racontant ses dernières péripéties. Lorsque la fatigue de la journée les rattrapa, Khyrra et Perce prirent le chemin de la roulotte et s’y installèrent aussi confortablement que possibles avec leurs capes et couvertures de voyage pour matelas.

Le crâ ne se fît pas prié pour rejoindre la roulotte en si bonne compagnie. Il s'affaira à la rendre le plus confortable et tata le moelleux de la couche improvisée d'une main experte.

-
Ah super, ça va être parfait pour.....

- DORMIIIIIR, ah oui j'ai tant besoin de repos et de dormir, s'exclama Khyrra.

- Ah oui......euh parfait pour dormir mon zamour !

Le crâ se gratte la tête, observe Khyrra se coucher à ses côtés le regard amoureux, la borde tendrement, lui dépose un bisou sur le front et s'installe à ses côtés. Très rapidement il s'endort, mais sa nuit est agitée d'un rêve torride dans lequel il retrouve Khyrra complètement  CENSURE, puis la borde tendrement et lui dépose un bisou sur le front et s'installe à ses côtés.

 

-Damé, Samé, Jané ...
Un faible courant d'air naquit au sein de l'humus, couru sur le sol, tourbillonna le long de ses chevilles, jambes, corps et poitrine. Le tourbillon prit de l'ampleur, emporta sa chevelure, embrassa l'air de sa vitesse, gagnant en intensité, virevoltant feuilles mortes et brindilles dans l'atmosphère silencieuse qui l'entourait. Le tourbillon grandit, aspirant Khyrra en son sein, s'agrippant au tombeau de leur père. Les longs tentacules rouges, impalpables mais clairement visibles s'arrachèrent du torse de Tayuuya. Un courant de vie couleur sang coula le long de la fibre impalpable, se versant dans le puit sombre qu’elles surplombaient.


- Sacrieur, ici gît mon défunt père, en ton nom et en mon âme, je te prie de lui ouvrir la route du tréfonds. Permet lui de sortir de l'obscurité, de se joindre une nouvelle fois au monde des vivants. Au nom de ma foi.

Imaginez vous, vous réveillant un matin, oubliant votre inquiétude et vos doutes ... Imaginez vous vous offrir la plus belle des journées juste, et ce, tout simplement en la vivant ... Imaginez vous errer le coeur en fête, l'avenir tourné vers de joyeux augures ...

Le coeur léger, sautillant au gré du vent, Tayuuya poursuivait sa route vers le cimetière de Bonta. Elle avait laisser le petit couple dormir paisiblement, et leurs avait laisser deux tasses de thé fumantes au bord du foyer. La route était calme, deux serpentins, un kanigrou chétif, trois ou quatre blops avaient roulé sous ses semelles, mais rien de fâcheux n'était arriver. Elle apercevait déjà les premiers blocs des plaines rocheuses. Ces montagnes vivantes qu'on appelait craqueleur l’avaient toujours amusé, sa soeur s'arrachait les cheveux pour qu’elle ne se jette pas dessus leurs de leurs premières chasses à deux.

A quelques mètres du zaap, elle aperçut un regroupement d'ange et de démon, et se moqua intérieurement. Des qu'il y a pillage de monstre et kamas à la clef, les ailes se ternissaient bien vite des deux cotés. Plus de combat, plus d'agression, ils faisaient front commun malgré leur aversion.

« Ils s’enrôlent pour ressembler à quelqu’un, se battent pour un grade, même le respect que pouvait attendre le vaincu a disparu aujourd'hui. Où sont donc passées les convictions de nos aînés? »

Les grilles du cimetière se dessinèrent peu avant le crépuscule. Les cliquetis des chafers encouragèrent Tayuuya à dresser sa tente à distance respectueuse, et à se montrer patiente. D'une part, entrer dans le cimetière de nuit était un suicide, et d'autre part, elle était la autant pour sa soeur que pour elle, l'attendre était une évidence. Un Iop sorti du cimetière, mal en point. La première réaction de Tayuuya fut de le héler pour lui venir en aide, mais les ailes blanches d'une envergure démesurée retinrent son geste.

- Je le reconnais, songea-t-elle, ce Iop est beaucoup plus puissant que Khyrra, qu'est ce qui a bien pu le mettre dans cet état?

Le prince ange traîna sa fameuse Razielle sous le couchant du soleil, se dirigeant vers Bonta. Tayuuya repris ses rêveries, calmement.

- Je dois laisser tomber cette fichu Brakmar, combattre ne sert plus a rien, et pour ce que j'aurai réaliser sous la bannière de la ville démon, je ne risque pas de regretter quoi que ce soit. Non, je dois me trouver un autre centre d'insert, une autre façon de vivre. De l'aventure, certes, mais différemment.

Une luciole vint se poser sur son genou, illuminant ses quelques cicatrices. C'est dans l'enchevêtrement de ces lignes épidermiques que Tayuuya aperçut la solution : la chasse à l'homme. Satisfaite, souriante, Tayuuya se laissa glisser dans le sommeil, songeant à sa soeur et son beau-frère qui ne devait plus être loin.

 

A son réveil, Khyrra dormait toujours, elle transpirait, sa nuit avait été chaude elle aussi. Le crâ sortit de la couche et de la roulotte en essayant de s'imaginer ce que Khyrra a bien pu imaginer comme étreinte. Plongé dans ses pensées érotiques, Perce ranima le feu tout en cherchant du regard sa jolie-soeur.

- Tayu ?.........TAAAAAAAYUUUUUU ?

Pas de réponse, elle n’était pas là. Perce chercha vite fait de son regard perçant de crâ les détails qui l'entouraient… ses affaires n’étaient plus là… l'herbe avait été foulée tôt ce matin en direction de la route… par un pied léger… celui de Tayu.

- Hum elle a du en avoir marre de nous entendre gémir dans notre sommeil et a décidé de partir devant.....peut-être pour prouver à Khyrra qu'elle peut se débrouiller seule......c'est une grande fille raisonnable avec plus d'un tour dans son sac.....elle saura se sortir d'une mauvaise rencontre si elle en croise une.

Perce décida de ne pas réveiller Khyrra et de la laisser se reposer autant qu'elle en avait besoin, mais prépara tout pour que leur départ pour rejoindre Tayu se fit le plus rapidement possible.

 

Le couloir lui semblait interminable alors qu’au travers des murs résonnaient les appels rauques des cors d’alarme. Lorsque la rumeur d’u attaque prochaine de Bonta sur Brakmar s’était répandue, Khyrra s’était empressée de rjeoindre la cité sombre, espérant pouvoir faire renoncer son père. Pourtant, depuis deux semaines qu’elle était là, deux semaines passées à éviter les rixes entre brakmariens et les mauvaises rencontres, elle avait été incapable de le retrouver. Et rien ne semblait venir de l’extérieur. En ce petit jour, elle avait été sur le point de renoncer, avec la certitude que la rumeur était infondée et que tout irait pour le mieux désormais. Jusqu’à ce que l’alerte retentisse…

Depuis elle courrait à perdre haleine, et enfin elle sortit du bâtiment où elle avait établi ses quartiers. Enfiler les rues parmi la foule mi-paniquée mi-excitée par les combats à venir fut autrement plus éprouvant, et rapidement à bout de patience, la sacrieuse finit par se tailler un chemin à coup d’assaut et de pied. Elle arriva aux portes juste à temps pour voir sortir les longues files de l’armée brakmarienne, suivies d’une horde de chaffers cliquetants. Bousculant les curieux assemblés, elle finit par arriver au premier rang et elle commença à scruter les troupes à sa recherche. Quand elle l’aperçut enfin, elle ne put s’empêcher de crier pour attirer son attention. Leurs regards se croisèrent pendant quelques secondes, avant que le flot de l’armée ne les écarte définitivement. Mais ce regard… Le regard de ceux qui savent qu’ils ne reviendront pas et partent justement pour cela.

Gravir les escaliers menant aux remparts ne fut pas une mince affaire non plus, mais elle y parvint avec détermination, comme si d’ailleurs, il était écrit qu’elle devait y aller, rien ne semblait devoir l’arrêter. Le champ de bataille se déroula alors subitement sous ses yeux, comme en accéléré. Chaque armée alla se fracasser sur l’autre dans une mêlée informe et furieuse. Puis elle eut soudainement l’impression d’être soulevée de terre et projetée au cœur de la bataille, survolant les combattants, morts, agonisants, vers la scène qui devrait à jamais marquer sa vie.

Mais que peut-on faire de plus à quatorze ans, si ce n’est regardé l’effroyable et l’indicible, en se disant que ça n’est qu’un cauchemar, un horrible cauchemar qui prendra fin avec la marée du soleil levant. Sauf que ce n’est pas une marée de lumière qui déferla sur elle, mais un ouragan de sang et de mort, un fot si rouge qu’il est devenait douloureux par un simple regard posé dessus.

Khyrra émergea de son rêve en sursaut, se redressant brusquement sur sa couche improvisée. Il lui fallut quelques secondes pour chasser les dernières brumes du cauchemar, et plus encore pour reprendre contact avec la réalité et se souvenir d’où elle était et pour quelle raison. Une fois ses idées plus claires, elle essuya d’un revers de main la sueur froide qui lui coulait sur le visage. Elle se sentait glacée, comme à chaque fois que ce songe revenait la hanter. Cela faisait plusieurs mois qu’elle n’avait pas eu à s’en plaindre, mais le répit qui lui avait été accordé semblait avoir atteint ses limites. Pourtant, ça n’était rien de plus qu’un rêve, jamais elle n’avait vécu pareille scène. Cependant, elle ne pouvait l’expliquer, mais elle savait que ce qu’elle y voyait était pure réalité, que cela c’était réellement passé ainsi, ne serait-ce que par les témoignages qu’elle avait pu recueillir lorsque ce cauchemar avait commencé à la tourmenter. Beaucoup de choses – la plus part négative – avait découlé de cela dans sa vie.

Elle se força à penser à autre chose, à ne pas focaliser sur ce rêve, pas une fois de plus. En règle générale, il lui fallait aux mieux plusieurs heures pour s’en remettre, quand ça n’était pas quelques jours. La seule solution qu’elle n’ait jamais trouvée c’était de prendre de sanglantes vacances sur l’île de Moon ou au plus profond du canyon des koalaks et de tuer, tuer et encore tuer tout ce qui lui passait sous l’épée, jusqu’à ce que la colère, la haine et le désir de vengeance révélées par le songe disparaissent. Cette fois elle ne pouvait pas se permettre cet éloignement, il lui faudrait lutter contre son inclinaison naturelle. Et avec l’épreuve que Tayuuya lui avait concoctait – bien contre sa volonté – les choses n’allaient pas s’arranger, bien au contraire.

Khyrra respira un bon coup et se leva. Elle pris le temps de rouler sa couverture, histoire de se donner une contenance avant d’aller affronter les autres et les questions qu’ils ne manqueraient pas de poser. Enfin, elle sortit de la roulotte et observa les environs, à la recherche de ses compagnons. Au loin, dans une zone plus sombre, elle devina les abords du cimetière de Bonta. Plus à gauche, noyées dans la brume matinale, les murailles de la cité blanche s’esquissaient à peine. Mais c’est l’odeur d’un petit déjeuner tout frais qui l’attira du côté du feu. Elle y retrouva son amoureux lui aussi tout frais et propre et lui accorda un long baiser langoureux en faisant bien gaffe à ne pas tarder sa propre crasse sur son mari bien lavé.

- Chic, un petit dej’ maison comme je les aime ! T’es trop fort mon cra préféré.

Et elle commença à engloutir avec appétit les mets amoureusement préparés par Perce… à moins qu’il n’ait réussi à se faire livrer à domicile en pleine plaines de Cania par tofus express – avec un sacré troupeau de tofus quand même pour avoir tout transporté, ou alors c’est des tofus dopés à la cawotte transgénique irradiée. Mais pendant qu’elle mangeait, il était bien visible qu’elle était préoccupée et particulièrement sur les nerfs, chose rarissime pour elle, du moins au levé, après, ça ne dépend plus d’elle, mais de l’environnement et des bworks échappés de leur réserve naturelle d’Astrub. Seulement Khyrra n’était pas non plus d’humeur à expliquer quoi que ce soit, et préféra d’office éluder les questions de Perce.

- Ca n’est rien, ça va passer. Ne t’en fais pas, ça n’est qu’une indisposition momentanée. Une petite grippe… oui c’est ça, rien qu’une petite grippe…

Ces derniers mots se perdirent comme son regard dans la tasse de thé qu’elle sirotait doucement. Le silence s’éternisant, elle avala d’un coup le restant de thé, manquant s’étouffer et s’incinérant partiellement la gorge au passage, et elle se leva d’un bond.

- Bon c’est pas tout mais on a de la route encore ! J’vais m’décrasser un bon coup, j’en ai marre de puer le iop crevé !

Khyrra s’éloigna d’une démarche qui se voulait joyeuse et sautillante, mais elle gardait tout de même les épaules basses, comme écrasées par un poids énorme. Elle dénicha un puit perdu au milieu de nulle part et entrepris un nettoyage de printemps dans les règles de l’art. L’eau était glacée mais cela lui fit du bien, surtout émotionnellement. Pendant qu’elle était occupée à se réchauffer après cette douche improvisée, elle ne pensait plus à autre chose, là était la parade, ne plus penser à rien. Elle laissa le soleil sécher sa peau nue puis se rhabilla en vitesse avant de filer au camp, et de remarquer qu’il manquait quelque chose, ou plutôt quelqu’un.

- Beh, on a perdu Tayu pendant la nuit ou quoi ?

 

- Elle est partie seule devant........ne tardons pas à la rejoindre.

 

- Rohh, ne me dis pas qu’elle a voulu faire sa Zowwo et partir toute seule devant quand même… Bon ben, allons la retrouver avant qu’ele ne veuille se lier d’amitié avec un rib ou un chaffer…

Et c’est sous un soleil déjà et lourd qu’ils prirent la route du cimetière, sur les traces de Zowwo... euh Tayu.

 

 

Tayuuya fut réveillée en pleine nuit par le contact glacé d'un parchemin sur son précieux visage de sacri. Se grattant la tête, elle se demanda quel sortilège la providence avait utilisée pour lui envoyé ce cadeau.

- Od' Yeuh ... Chaferfu ... Cimetierre de Bonta.

Elle leva les yeux en direction du cimetière encore mal réveillée, puis relu le montant de la prime et oubliant prudence et avertissement passées pour se ruer vers les grilles. L'effet de la décharge d'adrénaline qu'avait provoquer le nombre a six chiffres sur son organisme acheva un réveil étonnamment rapide. Tayuu repéra rapidement le chafer. Si leur corps n'était pas des plus solides, encore fallait-il pouvoir frapper. Connaissant leur réputation de fin épéiste, elle devait se montrer prompte et intelligente.

- Au corps à corps, songea-t-elle, une punition devrait suffire.


Le chafer était assis sur un tas d'ossement, ne daignant lever la tête vers l'entrée du cimetière. Il marmonnait quelque chose d'inintelligible pour une oreille charnelle. Tayuuya se dirigea droit vers lui sans la moindre hésitation. Il ne leva son crâne hideux que lorsque les semelles des bottes de Klime de Tayuu buttèrent contre le crâne avec lequel il jouait. Il se redressa et saisi son épée à l'instant même ou Tayuu lui assena sa punition

Pour un sacrieur, la douleur transcende l'être. Elle permet d'élever ses capacités au delà de la normale, et de surpasser toute autre classe en combat lorsque la violence et la brutalité des coups le permettent. C'est pour cette raison que les sacrieurs sont très friands de coups et autres mésaventures corporelles ...

La punition échoua. Pour une raison ou une autre, ce chafer-ci était immunisé contre son attaque. Le dos ruisselant de sang, les tempes encore sonnées par le choc, Tayuu ne pu éviter la masse considérable que constituait l'épée du chafer s'abattant sur son épaule. Od'Yeuh broya l'épaule l'os de l'épaule lorsqu'il enleva l'arme, projetant Tayuu à terre du pied. Il chargea, l'épée au ras du sol, creusant un sillage à travers les dalles de marbre des tombes angéliques.

D'un regard, Tayuu repéra la barrière de fer forgé qui ceinturait le cimetière. Elle déploya un tentacule d'attirance et tira de toute ses force. Profitant de l'élan obtenu par cette utilisation peu conventionnelle de son sort, elle se réceptionna à l'horizontale sur la clôture et stabilisa sa position grâce à la vitesse. Elle conserverait cet équilibre précaire tant qu'elle serait en mouvement, aussi, de sa main valide, décrocha-t-elle l'arc de son épaule gauche, saisissant dans le même mouvement le bout d'une flèche qu'elle mordit à pleine dent, qu'elle fit glisser le long de son bras. Elle réussi a coincer la pointe dans l'encoche de l'arc, tira de toute sa tête vers l'arrière, tendant chaque muscles de son cou, et lâcha ...

La flèche traversa l'occiput, les clavicules cédèrent une à une, et crâne et casques roulèrent de part et d'autre du sillage creusé par l'épée, alors que le corps du chafer tombait à genou pour s'immobiliser dans une posture grotesque.

-Si il s'était arrêté dans sa course, il l'aurait sûrement parée... Merde, autant cet ange n'avait pas l'air trop amoché pour s'en remettre, autant moi, je vais avoir du mal.

Elle chut, puis s'évanoui dans un râle. Il faisait jour lorsqu'elle revint à elle. Un eniripsa était penché sur elle.

- Kha ... ra ... su ...

- On peut dire que tu as de la chance que je soit passer par là.

Tayuuya se releva péniblement, son épaule avait été soignée, mais elle était encore sale à voir.

- Qu'est ce que tu fait ici?

- La même chose que toi, on dirait.

L'eni désigna de la tête la carcasse agenouillée.

- Mais comme toi j’étais un peu présomptueux. J'ai oui des rumeurs au sujet de ce chafer. Il n'est pas particulièrement fort, mais la folie l'a rendu capable de combattre au delà de ses limites. J'arrive de Bonta où l'arrivé d'un ange bien amoché fait beaucoup de bruit. Sa tête est passée de 150 à 200 000 kamas de récompense.

- J'aimerai bien que cette nouvelle calme ma douleur a l'épaule.

Kharasu éclate d'un rire camarade.

- Allez, prend donc ton trophée, c'est ta soeur qui va être fière.

Kharasu tenait dans ses bras le crâne du chafer, que Tayuuya enfouie dans sa balluche.

- D'ailleurs, où est-elle, vous ne faites plus route ensembles?

Bien que Kharasu se voulait calme et rassurant, la simple expression d'une probabilité de présence de Khyrra à proximité le rendait nerveux.

- On a été rejoint par son mari hier, alors je suis parti devant pour les laisser seul un petit moment.

- Ah!

Les muscles de Kharasu se détendirent. Tayuuya put observer les épaules qui redescendaient d'un bon centimètre, le visage faussement calme et figée reprendre la bonne bouille qu'elle connaissait. Kharasu se voulant rassurant se rendait encore plus nerveux. Son dos aurait s'en sentir heureux, si un cri familier ne lui avait pas glacé l'échine une seconde plus tard : la voix de Khyrra.

La fin du voyage jusqu’au cimetière fut rapide et sans encombre, grâce aux montures apportées par Perce. Bien qu’élevant elle-même quelques dragodindes, Khyrra n’avait pas encore trouvé la bête de ses rêves, aussi continuait-elle à voyager à pied la plus part du temps.

Une fois les grilles d’entrée franchies, le couple n’eut plus qu’à suivre les traces que Tayu avait laissé dans la végétation mi-décomposée mi-tombée en poussière. Son regard fut subitement arrêté par la large mare de sang couvrant le sol à côté d’un chafer visiblement fraîchement anéanti. Une fléche plantée dans l’humus un peu plus loin dissipa ses derniers doutes, si elle en avait, quand à l’auteur du combat.

- Tayu… Tu n’as pas pu t’empêcher de faire des tiennes…

Vraiment inquiétée par la quantité de sang versée - une sacrieuse n’est pas immortelle après tout – Khyrra ne put s’empêcher de chercher avec angoisse le cadavre de sa sœur, Perce la suivant pas à pas. Elle ne trouva rien d’autre qu’une traînée de sang s’éloignant comme si on avait traîné un corps à l’écart. Un bout de papier froissé attira son attention et elle se pencha pour le ramasser. Un léger froissement derrière elle la fit réagir instinctivement : elle pivota et saisi à la gorge l’intrus, se préparant à lancer un sort de punition pour achever un ennemi à moitié étranglé.

 

- Allons ne crie pas comme ça ce n'est que moi! Et lâche ma gorge tu veux bien?

La petite xelorette tentais désespérément de se dégager de la poigne de fer de Khyrra. Elle fût rassurée de voir le visage de son amie commencer a se détendre et de sentir l'étreinte sur sa gorge se desserrer progressivement.

 

- Ca m'apprendra tien. J’ai entendu des bruits de bagarre et je suis venu voir de quoi il retournait. Quand j'ai vu que tu venais de démonter un chafer j'ai voulu te faire une blague mais c'était sans compter sur tes réactions instinctives.

La sacrieuse prit un air d'incompréhension.

- Quoi c'est pas toi qui a fait ça? Remarque c'est vrai que cette flaque de sang... Et puis il semblerait qu'un corps ait été traîné loin d'ici. De plus il ne me semble pas t'avoir déjà vu manier un arc...

- Tayuuya..., je reconnais son odeur. C'est un eniripsa qui l'a traînée. Mais qu'est ce qui m'a pris de la laisser partir seule?

Pecadille sentit que si elle voulait ne pas plus être trempée dans cette affaire, mieux valait pour elle de s'éclipser discrètement pendant que Khyrra était perdue dans ses pensée. La voix de la sacrieuse se fit soudain agressive et soupçonneuse.

-Au fait nabot j'ai trouvé un mot par terre avec une écriture de vieille femme, ça parle de chafer c'est pas toi qui aurais.... Ben oukèlé?

 

Peca avait lâchement profité de la situation pour filer en douce, loin des ennuis qui ne manquaient pas de suivre tout disciple de la déesse de la souffrance qui se respecte. Cela eut pour effet premier de foutre Khyrra en rogne, elle qui n’accepté pas qu’on se défile face au danger ou quoi que ce soit d’autre.

- PECAAAAAAAAAAA !!!! Sale naine temporelle !! Reviens immédiatement ou je te fais bouffer tes bandelettes avant de faire frire ce qu’elles cachent dans la graisse de blop !

Bizarrement, la xelorette reparut d’un seul coup. Khyrra la fusilla du regard et se repencha sur le cas Tayuuya : elle savait que Peca savait qu’il valait mieux ne pas fâcher une sacrie, d’autant plus si celle-ci avait déjà bien assez à faire avec une frangine suicidaire.

- Suivons les traces, elles nous méneront bien à quelque chose, en espérant que ça soit toujours en vie… Sinon, tu auras du travail Peca… Prie ton dieu que ça ne soit pas du travail en pièces détachées.

Chemin faisant, ils finirent par tomber sur une Tayuuya en pleine conversation avec un Kharasu déconfit de voir Khyrra débarquer à nouveau dans sa petite vie.

- Salut moucheron, tu as réparé Tayu à ce que je vois, pour une fois que tu es utile à quelque chose… Ma très chère sœur, à force, c’est la tête que tu vas perdre, et pas quelques litres de sang…

Naturellement, là où traînait Kharazu, on trouvait Tayu dans les ennuis jusqu’au coup. Khyrra examina la plaie de sa sœur, avec sa douceur naturelle.

- Aieuh !!

- Tsss, supporte la douleur, elle te rappelle tes échecs, apprend donc ce qu’elle t’enseigne si tu veux pas que le mal revienne…

Après ces chaleureuses retrouvailles, Tayuu les entraîna au cœur du cimetière. Khyrra traînait des pieds, mettant une mauvaise volonté visible pour avancer, ronchonnant tout du long de la route et guettant la moindre occasion pour faire demi-tour. Peu de choses pouvaient terrifier Khyrra à ce point, et les desseins qu’elle devinait en Tayu entraient en première ligne de compte. Elle aurait donné n’importe quoi pour être ailleurs. Trop de souvenirs sombres revenaient au fur et à mesure qu’ils avançaient. Et le futur ne présageait rien de bon…

- Ca n’est pas une bonne idée Tayuu, on ne devrait pas déranger les choses oubliées…

 

Ils s'enfoncèrent encore plus profondément dans les ténèbres du cimeterre. Tout autour de Pecadille, l'air s'irisait d'une légère tension, captée par la rétine sous la forme d'une poussière d'étincelle. L'irisation gagnait l'humus qui lui auréolait les semelles, l'aspirant dans un timide tourbillonnement au ras du sol.

- Nous y sommes presque, intima Tayuuya.

Les travées de tombes se divisaient en quatre espaces. Au centre, ceinturé par une allée, la tombe de leur père murmurait de faibles appels.

- Il y a une chose que tu ne m'as pas expliqué, Tayuuya, c'est ce que tu compte faire ici.

Tayuuya conserva le silence, le dos tourné à Pecadille. Elles s'immobilisèrent en même temps, avant qu'une fraction de seconde n'interrompisse la marche de Khyrra, Perce-Oreille et Kharasu.

- Je souhaite parler une dernière fois à notre père, Pecadille. Et je pense que tu pourras m'aider.

La prêtresse resta interdite. Son regard passa de la tombe à Tayuuya, avant qu'elle ne répondit :

- Je ne suis pas sur de comprendre ce que tu espères obtenir comme aide de ma part, ce lieu ne m'inspire pas beaucoup, Tayuuya.

Tayuuya ne répondit pas, les yeux fermés, elle humait l'air de ses fines narines.

-Damé, Samé, Jané ..., murmura t-elle.

Un faible courant d'air naquit au sein de l'humus, couru sur le sol, tourbillonna le long de ses chevilles, jambes, corps et poitrine. Le tourbillon prit de l'ampleur, emporta sa chevelure, embrassa l'air de sa vitesse, gagnant en intensité, virevoltant feuilles mortes et brindilles dans l'atmosphère silencieuse qui l'entourait. Le tourbillon grandit, aspirant Khyrra en son sein, s'agrippant au tombeau de leur père. Les longs tentacules rouges, impalpables mais clairement visibles s'arrachèrent du torse de Tayuuya. Un courant de vie couleur sang coula le long de la fibre impalpable, se déversant dans le puit sombre qu'elles surplombaient.

- Sacrieur, ici gît mon défunt père, en ton nom et en mon âme, je te prie de lui ouvrir la route des tréfonds. Permet-lui de sortir de l'obscurité, de se joindre une nouvelle fois au monde des vivants. Au nom de ma foi.

Un soubresaut fit trembler la terre, le trou béant laissa échapper un filet de lumière blanche qui empli l'espace, jusqu'à les éblouir. Khyrra se masqua les yeux, Tayuuya ferma les siens, l'air chanta des refrains antiques, et leurs coeurs s'apaisèrent.

- Mes filles ...

Une immense tristesse accompagnait ces mots. Une ombre flottait à présent au dessus d'elles, planant en tournoyant dans l'air, à deux mètres du sol. Tayuuya ouvrit les yeux, offrit le coeur de kanigrou en sacrifice à Sacrieur, le tenant à bout de bras.

- Voici l'offrande, oh! Sacrieur ... que notre père puise en ce coeur le peu de force qu'il lui reste ...

L'ombre se projeta instantanément face à la jeune femme, engloba ses mains.

-Où as-tu appris à faire ça?


- Il y a des chose que tu ne sais pas sur moi, Khyrra, des choses que je préférais garder secrètes jusqu 'à aujourd'hui.

L'ombre se dissipa, libérant les mains vides de Tayuuya, se concentra en une fine bande d'où jaillit une dernière lueur verte, avant de disparaître, laissant apparaître un sacrieur âgé, ridé, fatigué.

Perce restait stoïque durant cet échange, insondable. Kharasu semblait totalement désintéressé, comme habitué à ce genre de situation. Tayuuya se tourna vers Pecadille et Khyrra, en leur tentant les bras :

- Venez, ça sera plus simple à trois.

Pecadille eut un mouvement de recul, ses yeux rencontrèrent ceux de Khyrra; elles saisirent les deux mains de la jeune sacrieur, se joignant ainsi dans un cercle dont l'atmosphère se teintait de nacre.

-Bonjour père...


-Khyrra, Tayuuya ... je suis heureux vous voir.

Il leur sembla déceler de la tristesse dans ces mots, mais aucune d'entre elle n'eu le courage de poursuivre.

- Cela fait si longtemps, vous avez grandies ... votre mère serait fière de vous voir.

Tayuuya se mordit les lèvres. Voir son père ainsi diminuer après tant d'année passer dans l'autre monde était beaucoup plus dur que ce qu'elle avait imaginer.

- Père ...

- Je sais Tayuuya, je sais pourquoi tu es venue ici, pourquoi tu y a emmené ta soeur.

L'ombre transparente se tourna vers Khyrra.

- Il y a de cela une éternité, un jeune voyageur arriva dans notre monde. Il venait d'une contrée aujourd'hui oubliée, noyée quelque part au lointain large du minotoror. A cette époque, notre monde était très différent, des êtres que je ne saurais décrire vivaient en tant que flux d'existence, et le jeune voyageur fit plusieurs kilomètres avant de réaliser que cette terre était habitée. Cette forme de vie lui était étrangère, il ne s'agissait pas d'êtres à proprement parler, mais surtout de pulsations qui englobaient tout l'univers que nous connaissons. Il entra en contact avec une de ces entités, et de leur conversation, aucun observateur ne fut présent pour en rapporter la teneur.
Une symbiose s'instaura entre ces deux êtres étranges, de leurs vécus divergent naquit une source de vie nouvelle, hors du temps et de l'espace. Cette source de vie décida de se donner un nom ... elle choisit Sacrieur.
Bien des années passèrent avant que Sacrieur ne rencontre d'autres sources telles que lui. Iop, Eniripsa, Cra ... tous vivaient séparément dans un univers vaste et clos. Leur rencontre donna lieu à de nombreux affrontements, nous autres, ainsi que toute classe de cet univers naquirent d'abord en tant qu'instrument dans leur lutte pour contrôler toute existence. Il arriva ce qu'il devait arriver, un statut quo inébranlable s'instaura, et les classes qu'ils avaient créer dans leur quête de puissance avaient désormais besoin d'une contrée ou s'épanouir. Les 12 noyèrent de nombreuses contrée, maléant la terre jusqu'à lui donner l'aspect que nous connaissons aujourd'hui, puis, ils se partagèrent équitablement la force qui leur avait servi à bâtir notre monde.
Une trace cependant resta dans les mains de Sacrieur, elle eu beau tenter de la résorber, elle ne voulut jamais partir. Cette trace rouge sang, nous la portons tous sur nos mains, elle est devenu marque de notre classe.
Sacrieur décida de s'en faire une fille. Malheureusement, il ne pu jamais lui insuffler sa source, et cette fille, hybride bâtarde entre terre et esprit sacrieur, ne put jamais acquérir d'existence stable dans la sphère des 12. Sacrieur désespéra de longues années.
Longtemps avant ta naissance, ta mère tomba malade. Elle perdit la capacité de procréer, et avoir un nouvel enfant devint une obsession. Elle partait souvent prier Sacrieur en cachette, afin de mettre un terme à ses souffrances. Sacrieur répondit un jour à ta mère, et elles passèrent un accord dont je n'ai jamais saisi la teneur. Elle lui promit de la rendre apte à enfanter, mais lui imposa comme condition d'accepter que Sacrieur les mallait à son gré.
Tu naquis ce printemps-là, fière et courageuse des ton premier cri. Ta mère et moi étions fous de joie, tu imagines, les trois années suivantes furent un bonheur inégalable. Cependant au fond d'elle ta mère craignait la prochaine naissance. Je la vis arriver un jour avec un couffin, et le conseil de me rendre le plus vite possible au temple de Sacrieur.

Ta mère et Sacrieur avaient convenu de donner naissance à deux filles. La première serait une jeune fille tout ce qu’il a de plus normale, si ce n'est la force impressionnante que Sacrieur promit de lui léguer. La seconde par contre, serait beaucoup plus imprégnée de l'essence de Sacrieur, ce qui effrayait ta mère. Une fille qui serait destiné à ne jamais se sentir normale dans cet univers dangereux qui est le notre.
Nous avions une nouvelle fille, par miracle, mais ta mère n'en fut pas plus heureuse. Elle avait accepté de donner une existence à cette fille ratée que Sacrieur avait voulu créer.
Ta soeur était parmi nous, nous nous en sommes vite rendu compte, elle était spéciale. Pas particulièrement apte au combat, mais nous l'entendions, encore bébé, de temps à autre converser a voie basse dans une langue que nous ne comprenions pas. Ces choses étranges disparurent lorsqu'elle appris la notre et qu'elle acquit l'age de marcher. Tayuuya naquis réellement ce jour la.
Sacrieur avait fait en sorte que cet enfant fasse petit à petit corps avec notre monde. Ta soeur aujourd'hui n'est rien de plus q'une sacrieuse comme les autres, si ce n'est qu'elle porte en elle des traces de Sacrieur elle-même. Nous l'avons aimé autant que toi, et je souhaite que ton regard ne change pas. Elle a d'étranges capacités, totalement inutiles en combat, certes, mais je pense qu'avec du temps, elle réapprendra à converser avec les dieux.
J'ai pu être en contact avec Sacrieur, et j'ai du apprendre certaines choses à Tayuuya. Notre déesse a des vues sur l'avenir de ta soeur. Elle la veut prêtresse de son temple, ce qu'elle rejette avec force. Je pense qu'elle souhaite juste profiter de la vie qui lui est offerte. Il ne lui reste rien de cette essence de fille que Sacrieur s'était créée. Elle a grandi avec nous, avec toi, et rien au monde ne la fera se dévouer au service de notre créatrice. Cependant, elle lutte contre elle-même, je pense que tu sauras l'aider à comprendre ce qu'elle est vraiment, et je pense aussi que son aura te touchera tôt ou tard et que toi aussi tu ressentiras cette essence. Nous ne sommes plus là pour vous guider, mais je pense qu'à vous deux, Khyrra, toi par ta force, elle par sa connaissance enfouie de la magie des dieux, vous parviendrez à surpasser beaucoup d'autres.

Kharasu se releva, échangeant avec Perce-Oreille un bref regard. Aucun d'entre eux ne savait ce que les autres avaient ressenti dans cet échange. Pecadille fusillait Tayuuya du regard, comme courroucée. Khyrra semblait furieusement gênée, les mains crispées sur les bras de ses deux femmes.

- Ceci est hérésie, prononça Pecadille.

Le tourbillonnement s'intensifia, s'accélérant de façon exponentielle, jusqu'à éclater en projetant sur une distance de 20 mètres une partie de l'humus, jetant Kharasu et Perce-Oreille au sol, les éclaboussant de ce fin tapis de décomposition herbeux. Kharasu s'écria :

- Tu peux pas prévenir, foutue sacri, le ...

Son regard croisa celui de Khyrra, s'imposant de lui même un silence respectueux.

- J'avais encore des questions à lui poser Pecadille, pourquoi as-tu interrompu le charme?

- Je te l'ai dit, ceci est hérésie, je ne peux pas t'aider plus que cela.

Khyrra observait calmement sa soeur. L'impact des mots ne serait jamais connu par Tayuuya. Le silence se voulait traducteur une entente sincère entre les deux soeurs. De ces choses simples et solides qui remettent d'aplomb à chaque page de vie, telle que l'amitié ou l'amour. Un amour fraternel qui avait toute sa place sur cette page-ci.

Tayuuya lança un dernier regard à Pecadille. La xelorette bontarienne voulait indubitablement s'esquiver, ce que la sacrieuse comprenait parfaitement. Elle l'avait forcé à aller à l'inverse de ses principes. Elle lui pardonnerait sûrement, la prêtresse n'était pas le genre de femme à vénérer le protocole, mais parler à une âme défunte pouvait être dur à supporter pour elle.

- Qu'ils reposent en paix...

Kharasu en avait vu d'autre, aucunement intimidé par le spectacle. Tayuuya ne lui adressa qu'un bref coup d'oeil avant de croiser ceux de Khyrra et de Perce.

 

- Pourquoi ?...

Ce seul mot prononcé dans un souffle, à peine plus qu’un murmure, témoignait de son incompréhension et de son désarroi. Elle s’était attendue à pas mal de catastrophe, mais là, ça battait toutes ses plus folles estimations.

Tout cela, toutes ces… révélations, c’était trop subite, trop incroyable, trop… trop. Elle ne put supporter plus longtemps le regard de sa sœur, et l’incompréhension qu’elle lisait dans celui de Perce lui pesait comme un fardeau, il soulevait des questions auxquelles elle n’avait pas de réponse, elle-même avait tellement de doutes maintenant. Elle se détourna sans un mot de plus, les yeux dans le vide, complètement abattue et perdue.

Quelques pas la ramenèrent devant la tombe de son père, cette tombe creusée ici par les Bontariens après la bataille qui lui avait coûté la vie des années plus tôt sous les murs de Brakmar. Ces « anges » qui prétendaient faire le bien en ne faisant pas de distinction entre les morts, avaient privé Khyrra et Tayuuya d’enterrer leurs parents ensembles. Peut être qu’un jour Khyrra se déciderait-elle à profaner cette sépulture une fois de plus pour rassembler ceux qui n’auraient pas du être séparés par la mort. Mais pour le moment, c’était encore au dessus de ces forces, tout comme cet avenir que Sacrieur semblait lui avoir tracé trente ans plus tôt, à sa naissance.

Sur le coup, elle leur en voulait à tous. A Tayuuya pour avoir réveiller les morts et mis au jour des secrets qu’elle aurait préféré ignorer. A Kharasu, puisqu’il attirait toujours les ennuis dès qu’il accompagnait Tayu, d’ailleurs, peut être cela se serait passé mieux s’il n’avait pas été là, cet aimant à catastrophe ! A Pecadille pour avoir interrompu le rituel, laissant plus d’interrogations que de réponse – Khyrra aurait tellement aimé pouvoir poursuivre cette discussion. A Perce aussi, car maintenant il lui faudrait partager ses secrets.

- Nous ne sommes que le jouet des dieux… Notre vie n’a aucun sens à part amuser ces #ù*m$ de divinités !

Khyrra n’avait jamais aimé faire état de ses faiblesses, alors plutôt que de montrer sa peur ou sa peine, elle faisait remonter une colère enfouie et soigneusement alimentée par des années de rancœur. A l’époque, Khyrra n’avait pu accepter la disparition de sa mère, prenant cela pour une profonde injustice. Comme tout enfant de son age élevé dans le respect des dieux, elle avait prié Sacrieur pendant des heures en espérant changer le cours des choses, en vain. Mais plus tard, elle avait pris la mort de son père comme un acharnement divin. Puisque sa déesse semblait vouloir ne pas lui accorder une vie paisible, Khyrra avait fini par décider de lui tourner le dos. Son ralliement à Brakmar n’avait été rien d’autre qu’une vengeance personnelle, plutôt qu’un acte de réel engagement. Peu lui importaient les démons comme Djaul ou Rushu, ce qui comptait c’était de combattre contre Sacrieur, via Bonta. Il lui avait fallu des années pour réaliser que tout cela était vain, que la guerre des cités n’avaient aucune importance pour elle et que le meilleur moyen d’emmerder les dieux, c’était encore de les ignorer. Une divinité sans fidèle n’est rien, et Khy espérait bien ne plus compter dans les rangs de Sacrieur, même si elle ne pouvait changer sa race.

Mais les dernières révélations sur elle et Tayuu faisaient voler en éclat ses belles déterminations. Jamais elle n’avait éprouvé une telle haine pour qui que ce soit. Avec un soupire las, elle se laissa glisser à terre, à genou devant le sépulcre.

- Me voila condamna à faire la nounou jusqu’à ce que Tayu accomplisse son destin… Et après ? Que se passera-t-il ? Une véritable vie libre ? Ou la fin du jeu ?

Elle n’attendait pas de réponse, de toute façon, aucun de ses compagnons n’auraient pu lui apporter de solution qui lui conviendrait.

 

Pecadille remit la photo dans sa poche et essuya une larme. Elle savait ce qu'il pouvait en coûter de réveiller les morts. Oh oui elle le savait... Elle n'aurait permis à personne de s'infliger de telles souffrances devant elle. Il lui fallait maintenant tenter de regagner l'estime de ses amies sacrieuses chez qui le doute semblait planer désormais. Elle s'approcha de Khyrra:

- On a tous perdu un être cher; d'une façon plus ou moins méritée. Imagine-moi qui suis plus vieille que l'abraknyde ancestral, combien de vies j'ai vu grandir puis s'éteindre. Je sais la douleur que l'on ressent, l'envie que l'on a de revivre les moments passés. J'ai moi aussi voulu revoir une personne qui m'avait été plus précieuse que tout le reste, c'est ce qui m'a poussé a interrompre tout ceci.

Elle regarda Khyrra dans les yeux, essayant d'y voir quelque chose comme une lueur de compréhension, mais en vain.

- Que s'est il passé?

 

L'insert qu'elle portait a cette histoire était feint, mais Pecadille crût tout de même bon d'y répondre le plus précisément possible.

- Et bien... Quand j'avais enfin décidé de la renvoyer dans le monde des morts, il était trop tard. Quand on ramène quelqu'un, une porte s'ouvre. Mais une porte ne reste pas ouverte bien longtemps hélas. Par ma faute, la personne qui comptait le plus pour moi erre maintenant dans ce monde, sans pouvoir trouver le repos. Je l'entend sans arrêt me supplier de la renvoyer d'ou elle vient... Mais j'en suis incapable et je ne suis pas sur que cela soit possible.

Pecadille ne savait pas ce que pensait a présent son amie, mais celle-ci était devenue pensive, et elle préféra la laisser seule un moment. Elle décida de laisser Khyrra s'entretenir de ses propres paroles avec sa soeur et alla dormir, épuisée par la grande ponction d'énergie que Tayuuya lui avait fait subir, sans doute sans s'en douter.

Tayuuya n'écoutait la longue litanie de questions de sa soeur d'une seule oreille. Elle observait du coin de l'oeil la prêtresse xelor qui, affalée sur le sol même du cimetière, sombrait dans un sommeil sans rêve. Ainsi, c'était cette raison qui avait poussé Pecadille à suspendre le rituel.

« Pecadille, tu m'as peut être donné une raison de poursuivre le périple que ma foutue demi-mère a voulu m'imposer ... Je dois ... oui, je dois ... poursuivre ... »

Son regard se posa sur Khyrra, qui, lasse de ne pas obtenir de réponse, invectivait désormais sa soeur avec acharnement.

- Et puis quoi? Il va falloir que je me taise? Que je te surveille jusqu'a ce que tu réalises les hauts faits que Sacrieur attend de toi?

La rage de Khyrra lui mélangeait les idées. Ces reproches n'avait aucun fondement adressés a elle, mais si l'on remplaçait Tayuuya par Sacrieur, ils prenait tout leur sens.

- Khy ...

Cette syllabe s'interposa dans le discours rageur de Khyrra alors qu'elle inspirait ... une inspiration que Tayuuya ne lui laissa pas le temps de terminer. Le poings de la jeune soeur frappa sèchement l'abdomen de Khyrra, qui s'écroula sans comprendre.

- Pardon ...

Kharasu intercepta Perce qui s'élançait droit sur Tayuuya. Soeur ou pas, personne, oh! grand cra, personne ne touchait à un millimètre carré de la peau de son namours sans en payer les conséquences. Pris en croc en jambe par l'eniripsa, le grand cra s'étala sur le flanc, recroquevillant les jambes tout en saisissant son arc. Tayuuya fut sur lui avant qu'il n'eu pu encocher sa flèche, et lui asséna un violent coup à l'occiput.

- Tu nous en fais du remue-ménage aujourd'hui.

- Kharasu, je vais avoir besoin de toi ... Tu peux t'occuper d'eux un moment? Je ... je doit partir ... seule.

- Mhouais ... je me doutais bien que j'allais me taper encore une corvée à deux kamas ... ça va, ça va, comme d'habitude, je ne te poserai pas de question, mais sache que ... pour chaque coup que je prendrai à ta place, je t'en réserverais dix ...

L'humour de l'eniripsa fit mouche, un demi-sourire s'afficha une courte seconde sur le visage de Tayuuya.

- Merci ...

Sans plus attendre, Tayuuya ramassa son balluchon, le crâne de Chafer et laissa l'eniripsa seul, avec une xelorette endormi et un couple assommé.



Le souffle coupé, Khyrra se retrouva à terre sans avoir rien compris de ce qui lui était tombé dessus. Ca n’est que lorsqu’elle vit s’affaler Perce, puis Tayuuya assommer celui-ci sauvagement qu’elle comprit que quelque chose avait dérapé. Elle voulut se redresser pour stopper sa sœur avant qu’elle ne commette une autre folie, complètement dopée par la rage de voir son mari attaqué, mais le premier mouvement la rappela à l’odre tel un coup de poignard.

« La brute ! Elle n’y est pas aller de main morte ! Tu vas me le payer petite sœur ! »

Et c’est impuissante qu’elle vit Tayu ficher le camps, comme si de rien n’était. Pendant de longues minutes, elle ferma les yeux et laissa la douleur refluer jusqu’à un niveau acceptable et contrôlable, jusqu’à pouvoir respirer un peu près normalement. Alors elle se leva et se traîna jusqu’à Perce, toujours dans les pommes (comme souvent ), sans se préoccuper du reste autour d’elle. Ca n’est qu’après s’être assurée qu’il n’avait rien de bien trop grave, du moins aux yeux d’une sacrieuse, qu’elle daigna s’intéresser à son environnement. Peca ronflait un peu plus loin, totalement étranger au drame qui venait de se jouer. Son regard tomba alors sur Kharasu, qui essayait tant bien que mal de passer inaperçu, imitant piteusement une statue mortuaire bien trop vivante.

- Le moucheron ! Sale traître !

Avec un hurlement digne d’une mère mulou défendant ses petits, d’ailleurs si elle avait pu, elle aurait montré les crocs, Khyrra se jeta sur l’eniripsa qui tenta malgré tout de fuir, à juste titre d’ailleurs. Mais la sacri n’était pas agile pour rien et attrapa par le bout d’une aile. Après l’avoir secoué un peu pour s’assurer de sa pleine coopération volontaire, elle le traîna, toujours par les ailes, jusqu’au corps de son mari et le jeta à terre à côté de lui.

- Soignes le !!! Et pas d’embrouille ! Ou je t’arrache ce qui te sert d’aile et te les fais manger frites dans de la graisse de blop !

Le regard terrorisé de Kharasu suffit pour lui faire comprendre qu’il ne broncherait pas d’un poil sans son accord. Mais ça ne suffit pas pourtant pour que Khyrra ne le lâcha pas d’un pouce pendant qu’il s’employait à ramener Perce dans le monde des conscients et qu’il soigne la vilaine bosse qui commençait à pousser sur son crâne. Khy essayait péniblement de retrouver un semblant de calme, tout en marmonna de manière menaçante.

- C’est une idée ça… Une fois cloué au sol, ça lui passerait peut être bien l’envie de créer des problèmes partout où il croise Tayuuya… Il suffirait de le choper… Et après coup, Tayu n’aurait plus qu’à s’incliner. De toute façon, c’est pour son bien, pour notre bien à tous !

Khyrra allait mettre son plan à exécution alors que Kharasu achevait ses soins lorsque Perce sembla émerger du royaume des songes en gémissant légèrement. Ni une ni deux, Khy écarta Kharasu, manquant l’envoyer valser contre une pierre tombale mystérieusement apparue sur sa trajectoire, et s’agenouilla à côté de sa moitié. Autant elle pouvait se montrer impitoyable avec les autres, autant avec son époux n’était-elle que douceur et attention. Un contraste saisissant et… effrayant que cette femme aussi versatile qu’un volcan en éruption.

- Repose-toi mon namour, plus rien ne peut t’arriver.

Et de foudroyer Kharasu du regard. Tout s’agitait dans son cerveau. Finalement, l’évidence lui apparut : la situation était déjà allée trop loin, et ça ne ferait qu’empirer. Que Tayuuya s’en soit prise à elle tenait déjà du surnaturel, mais qu’elle ait pu la mettre hors course, c’était du délire total. Et son pauvre Perce qui se retrouve pris en plein milieu de ces « histoires de famille »…
La vie n’avait jamais été tendre avec elle, à part quelques moments de bonheurs ponctuels, d’autant plus cruels qu’ils se terminaient bien trop vite. Ses parents trop tôt disparus. Son premier mariage calciné dans les affres d’une haine réciproque qui avait mis des années à se résorber. Son fils mort et transformé en cette chose immonde, simulacre infâme de vie se nourrissant des autres, injure même à toute existence. Son incapacité à rester fixée bien longtemps dans un même lieu ou à une même personne. Et dernièrement, les révélations de Perce. Lui aussi la vie allait-elle lui prendre ? La vie ou bien Sacrieur ? Khyrra en doutait de moins en moins, sa déesse semblait prendre un malin plaisir à détruire toute stabilité dans sa vie, comme si Khyrra ne devait se dévouer qu’à sa sœur.
Il lui fallait prendre une décision, et pas franchement joyeuse… Mais elle ne voulait pas perdre Perce. Mettre une certaine distance entre eux lui paraissait le meilleur moyen de détourner les foudres divines du jeune cra.

Celui-ci ayant retrouvé des idées nettement plus claires, Khyrra s’employa à trouver les mots justes pour ne pas le blesser.

- Perce, je voudrais que tu réfléchisses sérieusement à ce que je vais te dire. Je t’aime toujours du plus profond de mon être, mais je n’ai pas le droit de te mettre en danger perpétuellement, de détruire ta jeunesse avec un destin qui n’est pas le tien et contre lequel je lutte désespérément. Je sais que tu en aimes une autre, tu me l’as courageusement avoué. Je veux que tu la rejoignes et que vous soyez heureux ensembles. Je ne veux pas que tu m’oublies, je veux seulement que tu puisses vivre normalement, à ta guise et sans que de noirs nuages s’amoncèlent au dessus de ta tête un peu plus chaque jour qui passe.

C’était bien plus dur encore qu’elle ne l’avait imaginé, mais en tant que sacrieuse, elle était habituée à faire des sacrifices et don d’elle-même. Et quel plus beau don que de donner son bonheur et son amour au profit de celui de l’être cher ?

- Je veux que tu sois heureux, ainsi le serais-je aussi.

Elle l’embrassa en pensant que ce serait peut être la dernière fois, puis elle se leva et s’esquiva pour cacher ses larmes. Khyrra tourna longuement dans le cimetière, à la limite du camp, telle une vigie silencieuse. Elle était tout autant épuisée que les autres par le rituel imposé par Tayuuya, mais elle ne prendrait aucun repos tant qu’ils ne seraient pas tous en sécurité.

Finalement, m’en pouvant plus d’errer sans but, elle alla s’asseoir à côté de Pecadille et attendit que la prêtresse se réveilla. Si cette dernière frôla la crise cardiaque au réveil, Khyrra n’en sut rien, mais elle avait besoin de parler, peu importe de quoi. Et le premier sujet qui lui vint à l’esprit fut, malheureusement, le dernier abordé par Peca. Et Khy lança la conversation avec sa délicatesse innée et désormais célèbre.

- Qui est cette fameuse personne chère que tu as privée du repos éternel ?

 

La xelorette devint blême. Elle savait qu'un jour il lui faudrait répondre à cette question, mais pourquoi maintenant? Elle cherchait un moyen de ne pas répondre. N'en trouvant pas, elle pris son courage a deux mains :

- Et bien.... En fait...

Finalement elle lacha une main et ne tint plus son courage qu'avec l'autre.

- Voila c'est que.... je sais pas trop comment raconter ça...

N'en pouvant plus, elle sentis les mots qui attendaient dans sa tête entamer une course folle sans vouloir s'arrêter, ils sortirent tous en même temps parfois même dans le mauvais sens :

- C'est ma fille… pas voulu… c'était… c'était une humaine, je voulais pas ce qui est arrivé, je savais pas pouvoir!!

Elle repris son souffle. Sa respiration était bruyante. Elle vit tout de même que la curiosité sacrieuse n'était pas satisfaite et tenta de se calmer pour en dire un peu plus.

- Je l'ai vue grandir.... puis vieillir.... pour finalement mourir alors que ma vie était à peine entamée... c'était insupportable... Et maintenant elle connait une errance éternelle à cause de moi... j'ai voulu... j'ai voulu... J'ai tenté de lui donner un peu de ma vie, jamais je n'aurais du me laisser aller à une telle folie. Il n'existe qu'un seul moyen de donner sa vie, le reste n'est qu'hérésie....

Et elle s'effondra sur le sol, la tête entre les bras pour cacher ses larmes.

 

" Peca, avoir une fille?

Dans des circonstances moins tristes, Khyrra n'aurait su réprimer un éclat de rire, tellement cela lui semblait improbable. Comment imaginer Pecadille avec un enfant? La xelorette renvoyait tout sauf une image maternelle. Bon, en réfléchissant bien, Khyrra non plus et pourtant elle avait bien eu un fils. Bon, fallait voir le résultat…

Mais Khyrra chassa cette hilarité inconvenante et garda son sérieux. Elle comprenait parfaitement la peine de perdre un enfant, et le fait de vouloir le ramener. Bien que sur ce dernier point, elle aurait donné n’importe quoi pour tuer Theo plutôt que de le laisser « vivre » ce qu’il était devenu.

- Voir mourir l’un des ses siens est une chose atroce, bien pire que d’apprendre cette même mort. On se sent impuissant, et rien ne peut faire reculer la mort lorsqu’elle a décider de prendre quelqu’un. Et aucune raison ne sera jamais suffisante pour ramener quelqu’un à la vie. Ce que nous avons fait ici, n’aurait pas du être. Tayu et moi, nous devrions continuer à vivre avec nos interrogations, le prix a payé un trop lourd pour simplement satisfaire notre curiosité.

« Et moi, j’aurais certainement préféré éviter de connaître toute l’histoire… Me v’la bien avancée… »

- Il doit bien y avoir un moyen… pour ta fille. C’est impossible de continuer à vivre avec cela sur la conscience, un rappel quotidien de cette erreur. Sérieusement, je n’ai jamais envié la longévité de ceux de ta race…

Khyrra réalisa alors que ses même spas 30 ans devaient paraitre peu de chose à Peca.

»Est-ce qu’elle me voit comme une gamine inconscience, impulsive et irresponsable ?

La sacrieuse se rapprocha de son amie et la serra contre elle, la berçant doucement comme elle avait pu le faire avec Tayuuya bien des années plus tôt.

- Chuut, tout va bien. Nous allons quitter cet horrible endroit, c’était vraiment la pire idée que Tayu ait jamais eu que de nous attirer ici.

« Qu’as-tu voulu prouver ma sœur ? Me montrer l’ampleur de la malédiction qui nous frappe ? Ou me remettre à ma place ? »

Relevant la tête tout en consolant toujours Pecadille, elle regarda la tombe de son père.

« Oui, il faudra que je revienne pour le faire… Bientôt. »

 

Des semaines s'étaient écoulées. Tayuuya avait traversé divers bourgs sans noms avant d'atteindre la bruyante Astrub. Le zaap était, comme de coutume, assailli de marchand en tout genre qui bloquait sans le moindre complexe la circulation.

- J'ai bien fait de choisir la route ...

Tayuuya s'attarda a quelques étals, un cordonnier proposait ses bottes à des prix cassant toute concurrence, un poissonnier bonimentait avec fougue

- Il est bon mon goujon, il est bon ... Le paradis des chacha, mesdames et messieurs, de l'hydromel pour vos petites bêtes, venez tâter mon goujon !

Tayuuya réajusta sa cape terrdala. Comme à l'accoutumée, les petits arnaqueurs à la manque s'étaient installés un peu partout dans la place. Quelques uns d'entre eux, un peu moins minable que leur congénères, vendaient des articles usée à des prix hallucinant à de jeunes aventurier de peu de jugeotte. A coté de l'étal du poissonnier, un jeune eniripsa négociait intelligemment un orge en sucre à un pauvre diable qui n'imaginait même pas le trésor qu'il avait dans les mains. Arrivée à la prison d'Astrub, elle savoura le regard craintif que lui adressa le garde lorsqu'elle lui remit le crâne du chafer recherché.

- Dites donc, ma petite sacrieuse, vous lui avait fait visiter tout Amakna ou quoi? On dirait que ce crâne a été tranché depuis plusieurs jours...

En effet, quelques vers avait établi refuge à l'intérieur du luxueux palace chaferien que représentait ce crâne pour leur espèce répugnante. Tayuuya les chassa d'un bref revers de la main.

- Bon, vu l'état du crâne, et sachant que je tiens pas a poser de questions ... je vous verse le quart de la somme ... pensez a me l'amener plus rapidement à l'avenir, je ne peux pas présenter ça à la population ...

Le garde fit mine d'écrire les noms du recherché et de la sacrieuse dans son registre. Tayuuya devina rapidement que les trois autres quarts allaient terminer dans sa poche. Elle gagnerait a se faire connaitre dans le futur si elle voulait eviter ce genre de chose.

Sortie de la penombre de la prison, elle huma avidemment l'air frais de la ville. Malgrès la présence de nombreux pique-assiette, il faisait bon vivre à Astrub. Elle gagna la taverne, où une petite xelorette passait de table en table, de petit encart sur peau de bouftou à la main, tentant de trouver de nouveaux clients pour sa petite affaire de tailleuse. Tayuuya s'installa à une table, et apostropha la petite Gritche lorsque celle ci arriva à sa hauteur.

- Tu sais, Grigri, tu devrais songer à changer de support. L'odeur du bouftou n'a jamais eu de bonne vertu en terme d'image.


Les petits yeux de la xelorette s'arrondir sous l'effet de la surprise.

- Taaayyyyyyuuuuuuyyyyyyaaaaaaaaaaaaa ......................

Le cri strident fit sursauter plusieurs alcooliques, brisa trois verres dont le contenu arrosa le comptoir. Sans paraître le moins du monde surpris, le barman se retourna et, tenait une craie à moins d'un centimètre de son ardoise, lança un :

- Je te rajoute ça sur tes dettes, Gritche?

La xelorette lui adressa un sourire gêné ...

- Oui, oui ... hihi. (rire jaune)

- Je vois que tu n'as pas changé, ma petite, il te l'efface toujours contre quelques capes de rougeur?

- Oui, j'ai bien de la chance qu'il m'ait pris en affection.

Tayuuya éclata de rire.

- Je t'ai toujours dit qu'il devait avoir un faible pour toi.

La xelorette lança un bref coup d'oeil au bossu, dont la chevelure massive masquait les yeux et les commissures des lèvres et ne put réprimer une grimace de dégoût.

- Trêve de plaisanterie douteuse, tu veux sacri? Alors? Qu'est ce que tu racontes?

Gritche savait tout de Tayuuya. Folle amoureuse de Kharasu, elle s'était souvent retrouvée à raccompagner Tayuuya à sa couche après des grosses nuits de cuite, et était petit à petit devenu sa confidente lorsqu'elle ne faisait ni l'éloge du petit eni, ni celui de son idole xelor, une prêtresse bontarienne bien connue.

Tayuuya lui relata les derniers événements, en omettant de prononcer les mot peca et dille, afin d'éviter de passer la nuit à répondre à des questions de la groupie que pouvait devenir Gritche lorsqu'il était question de la xelor qu'elle admirait tant. Rien ne semblait choquer la petite xelorette. Elle hocha la tete par moment, et lorsque la sacrieuse eut achevé son discours, en même temps que sa 15e pinte de bière, elle lui confia.

- Si tu te lances dans le mercenariat, mon amie, tu devrais t'intéresser à lui.

D'un discret mouvement du menton, Gritche lui indiqua un feca, vêtu d'une grande cape sombre, qui buvait seul a sa table, le regard vague.

- On le voit rarement ici, mais il traîne une réputation de mercenaire ...

- Je vois, tu pense qu'il s'agit d'un Erinyes?

- Je ne sais pas, toujours est-il qu'on ne le voit que lorsque de nouvelles primes apparaissent, mais il est aussi possible que ce soit un simple chasseur de prime comme les autres.

Erinyes, ce nom laissa Tayuuya songeuse. Oui, ce serais une belle destinée pour elle ... un bon pied de nez a Sacrieur.

- Tayuu ...

Le ton de la xelor était suppliant, ce qui alerta immédiatement la sacrieuse.

- Merde, encore Peca ...

- J'ai écrit une lettre à Pecadille mais elle ne m’a pas répondu, je peux te confier une missive, si tu la croises un de ces jours?

- Heu ... tu sais, je ne risque pas d'aller à Bonta avant un moment, il y a peu de chance que je la croise dans un futur proche ...

- Ce n'est pas grave, je te fait plus confiance qu'au Paunii-Exeuhpresseuh ... je suis sur qu'elle ne répond pas parce qu'ils ne lui délivrent pas le courrier!

A contre coeur, Tayuuya saisi le courrier que lui tendait la xelorette. La violente odeur de bouftou lui picota les narines et lui fit tourner la tête alors qu'elle essayait de déchiffrer l'écriture de Gritche.

« Et merde ... elle a décidé de me faire gerber celle la. »

- Tu devrais ... être un peu plus précise pour l'adresse, tu sais ...

- Ha? Pourquoi ça?

Gritche relut à l'envers ce qu'elle avait inscrit sur la peau de boufton.

Pecadille
Bonta

- C'est pas la qu'elle habite?.., et dans un rire d'ajouter, mais avec toi, plus de problèmes, même si c'est dans un mois, je suis sur qu'elle la recevra ... je commence à être fatiguée de lui écrire deux lettres par jour qu'elle ne reçoit jamais ... et j'en ai marre des regards de supplicié que me lance le page du paunii chaque mois quand je lui amène les lettres...

Tayuuya soupira, quand il était question de cette prêtresse xelor, Gritche perdait tous ses neurones. Elle repensa à la dernière fois qu'elle l'avait vu et se demanda ce que Gritche aurait bien pu penser de son idole endormie sur l'immonde humus du cimetière de Bonta.
Elle réprima la remontée fulgurante des multiples litres de bières qu'elle venait d'ingurgiter et de concentra sur les caractères minuscules


Chere pecadille,
j'ai parcouru en vain les annonces des Canaux de Bonta, il n'y a nulle part d'adresse de fan-club ou j'aurai pu t'écrire une lettre. Te sachant forgeuse de marteau depuis peu, j'ai décidé de t'y adresser cette lettre, en espérant que tu la recevras. Voila ... je suis ta plus grande fan !! Si quelqu'un d'autre t'as déjà prétendu le contraire, demande lui si elle possède comme moi des échasses de 12m de haut, je me suis assurée en les achetant qu'il n'en existe aucune de plus grande, pour être certaine de pouvoir affirmer ça sans prétention.
Je suis tailleuse, c'est pourquoi, sachant que nous faisons à peu près la même taille, je t'ai préparé une flopée de cape de rougeur que tu peux venir essayer quand tu veux à l'atelier tailleur d'Astrub. Je n'espère pas que tu les porteras un jour, mais si tu acceptais d'en conserver une, j'en serais honorée. Elles font de très bonnes couches empilées les unes sur les autres pour tes longues sorties hors de Bonta.
Je sais que de nombreuses personnes doivent te solliciter mais ... je reverrais de devenir ta disciple ... accepterais-tu de m'apprendre quelques sort xelor à tes moment perdus? Je peut t'assurer de ma discrétion et que je ne resterai pas accroché eà tes jambes éternellement, mais je suis persuadée que si tu toi acceptais de m'entraîner, je pourrai avancer trois fois plus vite.
Avec ma plus grande admiration,

Gritche

PS: le courrier ne semblant pas t'arriver, je vais charger une amie de te l'amener, si tu pouvait lui glisser un autographe au passage, j'aimerai tant faire rougir de jalousie mes camarades tailleuses qui n'arrêtent pas de se moquer de moi lorsque je leur parle de toi.
PS2: J'ai assister a ton dernier combat contre une ancestrale à l'arène de Bonta ... te voir frapper air m'as surprise, je vais devoir revoir toute ma tactique de combat pour te faire honneur.
PS3 : Je voulais aussi te demander ton avis ... j'aime un petit eniripsa et j'aimerai beaucoup avoir ton avis sur ces petits amours ... tu les apprécies toi?
PS4 : (hrp : heu ... non, elle est pas encore sortie celle la ...)
X-BOX 360 : ...
WII : ...(hrp : le narrateur se croit drole)


Gritche ne remarqua pas le regard consterné que lui adressa Tayuuya, trop heureuse pour y faire attention, et lui dit sur le ton de la confidence

- Si tu veux gagner des kamas, j'ai peut être un travail pour toi ... enfin ... un vieil homme a accroché une affiche sur le panneau des chasseur de primes ici il y a quelque jours. Comme il s'agissait de ton temple, je me suis dit qu'il fallait te le garder.

Elle sortit d'une de ses poches ses aiguilles, un énorme cerberus qui intriguera Tayuuya tant qu'elle n'aura pas saisi par quel charme la xelorette le faisait tenir dans sa petite poche, et fini par trouver l'écart jauni qu'elle avait arraché pour son amie.

- Voila ... ça parle d'une des prêtresses de ton temple, il parait qu'elle aurait viré un peu fadasse et qu'elle ait commencé à réaliser des sacrifices un peu bizarre. Ca a commencé par des animaux, et maintenant il parait qu'elle massacre des gens pour offrir leur coeur à Sacrieur. Ca ternit beaucoup votre réputation. Mais tiens, lit ...

Tayuuya parcouru rapidement le parchemin des yeux. La somme était modique mais accessoirement, ça lui donnait une opportunité de se défouler sur une prêtresse de Sacrieur, alors, pourquoi se priver?

- Ma foi, c'est intéressant ... je me mettrais en route des demain, mais dit moi Grigri ...

- Pas besoin de demander, tu peut dormir chez moi

Le sourire radieux de Gritche fut le dernier souvenir que Tayuuya conserva de son énième cuite.

 

Un nuage sombre masquait le sommet du Mont Craqueleur. L'ombre qu'il projetait plongeait la petite chute d'eau dans la pénombre.

- C'est devenu bien glauque par ici, songea Tayuuya.

Le chant des pious avait disparu. Tayuuya traversa la chute d'eau, un brin nerveuse, ne prêtant pas attention au frémissement imperceptible qui lui secoua l'échine.

- Mais que ...

La salle dans laquelle elle avait atterri n'avait rien a voir avec l'antichambre de la salle du culte. Le comptoir marchand avait disparu, cédant place à un long couloir qui s'enfonçait en serpentant dans le roc. Tayuuya s'y engagea, prudente.

Le couloir n'en finissait plus. Long, boueux, des gouttelettes perlaient sur le plafond, humidifiant parfois les épaules de la sacrieuse. Tayuuya enleva sa cape, qu'elle roula en boule dans son sac. Un faible bruit, comme le crissement d'un outil de travail, une pierre à aiguiser peut être, se laissait entendre.

Le son se fit plus précis après un dernier accoudement. Il s'agissait d'un grondement animal, à n'en point douter. Tayuuya essuya la sueur qui lui perlait sur le front. C'était à n'en point douter un canidé, mais jamais elle n'avait perçu tant de rage et d'envie de sang.

Le sentier taillé à même la pierre déboucha enfin sur une salle circulaire, d'ou partait trois couloirs rectilignes à l'intérieur desquels se devinaient des portes rocheuses. Et la ... gardien des trois couloirs, la bête attendait.

Presque aussi grand qu'un Mulou, au pelage noir et similaire aux crocs glands, l'animal semblait chercher un reste de chair dans les différents crânes qui jonchaient le sol.

« Il va falloir ruser si je veux m'en sortir indemne. »

L'incurvent du couloir, si il la dissimulait au regard de la bête, lui interdisait malheureusement d'attaquer a distance. Seul un cra pouvait tirer une flèche qui atteindrait cette cible.

La bête leva brusquement la tête en direction du couloir. Si il ne pouvait l'apercevoir, le bruyant rire que laissait entendre Tayuuya était aussi discret qu'un vampire faisant ses emplettes au marché d'Amakna.

- Bien, gentil petit chienchien, tu vas goûter à l'humour sacrieur.

Une coopération sacrieur a pour but principal de dégager un allié qui, mis à mal en plein combat, voyait son agresseur remplacé par un allié rassurant, ou permettait une incursion éclair dans les rangs ennemis. Beaucoup d'anges se rappelleront les carnages qu'avait réussi Khyrra de cette belle façon, à l'époque où elle était démone. Le sortilège sacrieur permettait de reconstituer molécules par molécules les corps, ainsi, utilisé dans un espace clos, l'effet était dévastateur.

La bête se retrouvait coincé dans le mince couloir, accroupie sur ses pattes, les épaules broyées par le roc, et la gueule coincée dans l'ouverture qui débouchait sur la salle. Malgré sa rage, il ne réussit en bougeant qu’à se casser plusieurs cotes, et regarda, impuissant, la sacrieuse qui se rapprocha de lui.

#Punition#

Le crâne de l'animal se fendit sous le choc, et il rendit l'âme dans un dernier grognement rauque. Tayuuya essuya d'un revers de la main le sang qui lui coulait sur le front, négligeant celui qui lui perlait sur les tempes et sur la nuque.

« Bien, bien, bien ... quelle route choisir maintenant. »

Suivant son instinct, Tayuuya s'engagea dans le couloir central. A peine avait elle atteint la porte que le plafond de la petite salle se désincrusta et tomba lourdement sur le sol, condamnant tout accès. La porte portait une inscription qui n'aurait eu aucun sens pour une autre sacrieuse. Tayuuya reconnut le dialecte des dieux, et lut l'épitaphe obscure.

Toi qui a choisi de traverser les monts, soit sur que seul un dieu vénéré te permettra d'y accéder.

Sans trop savoir pourquoi, Tayuuya caressa la surface du rocher qui se mut lentement sur le coté. Etrangement, la salle qui s'offrait a sa vue n'était autre que la salle du culte du temple. Tayuuya fut choquée par l'amoncellement de cadavre et par le monticule de coeur, certains encore palpitant qui se devinait derrière la silhouette d'une sacrieuse blanche comme l'ivoire, qui lui tournait le dos.

La statue de Sacrieur était rouge de sang, de ses deux mains tendues chu des coeurs fraîchement déposé, un flot de sang coulant sur le sol.
Tayuuya resta un instant a fixer les yeux de roche de la statue, espérant y déceler le regard cruel de Sacrieur, mais seul le chant antique fredonné par la prêtresse sacrieuse se laissait percevoir.

Tayuuya banda son arc, et regarda, incrédule, une flèche traverser la blancheur fantomatique pour aller se planter au pied de la statue.

« Une illusion ... toute cette galerie n'est qu'une illusion ... »

Le fantôme accroupi de la prêtresse disparu ... et réapparut en une fraction de seconde face à Tayuuya. Elle prit la punition en pleine figure, chancelant sous l'effet du choc. Son visage ruisselait de sang, et son bras droit se mit à trembler. Le fantôme disparu à nouveau, pour réapparaître par intermittence à divers endroit de la salle. Il était impossible que la prêtresse puisse se déplacer à une telle vitesse. Pourtant, ses flèches touchaient du vide, là où, quelques secondes auparavant se tenait cette ombre blanche.

- Tu t'oublies ma fille ...

Une violente nausée secoua les tripes de Tayuuya alors que cette pensée étrangère s'insinua dans son esprit.

« Sacrieur ... à quoi joues-tu ici ... »

Un rire démoniaque se fit entendre, emplissant la salle. La prêtresse fantôme s'immobilisa, des larmes coulant sur ses joues immatérielles, une expression de béatitude se devinant dans ses orbites vides.

- Déesse ... enfin ...

Les choses se passèrent très vite. De la statue une ombre rougeatre s'échappa, tel un filet de fumée, qui enroba le corps blême. Un hurlement d'agonie déchira les tympans de la jeune sacrieuse, qui chut sur ses genoux. La douleur empêcha un instant Tayuuya d'entendre le bruissement de la cascade, qui tombait un mètre derrière elle.

« Mais? Je n'ai pas bougé d'ici? »

Tayuuya se trouvait dans l'antichambre du temple, le comptoir du marchand, vide, a sa gauche et divers cartons qui pourrissait sur place a sa droite. Le corps putréfié de la jeune prêtresse reposait au milieu de la pièce, et Tayuuya compris qu'elle n'avait affronté qu'un songe.

- Tu imagines ce que je dois utiliser comme stratagème pour pouvoir voir ma fille?

Cette fois ci, la voie de Sacrieur se faisait clairement entendre, emplissant la salle de sa puissance. Le filet de fumée rouge serpentait dans l'embrassure de la porte conduisant à la salle du culte, et par l'odeur qui en émanait, Tayuuya devina que l'amoncellement de coeurs et de cadavre qu'elle avait vu était bien réels.

- Pourquoi, mère? Pourquoi faut il que tu te joues de tes propres fidèles ainsi?

- Je dois bien me divertir, depuis que tu m'as renié si méchamment, plus personne d'intéressant ne me rend visite ici.

Tayuuya se rapprocha du cadavre de la prêtresse et constata qu'elle ne tirerait rien du garde d'Astrub vu l'état dans lequel il était. Seul les contours de la silhouette laissait deviner de qui il s'agissait, et si Tayuuya n'avait eu a faire face à son fantôme, elle n'aurait jamais su.

- Je vais devoir rentrer bredouille.

Tayuuya regarda un instant le filet de fumée, seul témoin de la présence de sa demi-mère en ces lieux, détourna les talons et sortie du temple. Un jour ou l'autre, elle réglerait ses comptes avec sa déesse. Mais l'heure n'était pas encore venue, et les moyens d'y parvenir échappaient encore à sa portée.

 

 



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