Révélation d'un avenir (Octolliard 637) *

(Khyrra / Tayuuya / Eorhlinghas)

Plusieurs jours, pour ne pas dire semaines, s'étaient écoulés depuis l'épisode du cimetière. Chacun était retourné dans ses pénates en essayant plus ou moins d'oubli cette épreuve. Pour Khyrra, il s'agissait également de panser les plaies de son coeur et d'essayer d'y voir plus clair dans toutes ces révélations sur sa famille, son passé, sa soeur.

D'ailleurs, en parlant de soeur, elle espérait bien que Tayuuya allait finir par arriver en réponse à son dernier message. Il lui fallait faire le point, et ça n'était pas une chose à faire au travers d'une lettre, mais bel et bien face à face. Aussi, sa petite maison dans la paisible (qui a dit morte?) ville de Sufokia lui semblait tout indiquée pour cette rencontre.

 Il pleuvait légèrement sur Sufokia. Debout, face à la porte de cette maison, Tayuuya hésitait, le bras tendu, la main effleurant le bois d'ébène. Le dernier courrier de sa soeur avait été surchargé d'émotion. Tayuuya redoutait un peu la confrontation qui allait suivre. Depuis sa traîtrise au cimetière, Tayuuya n'avait eu de contact avec sa soeur que par ce courrier dont Gritche avait assuré le transport. Avec une légère tension, Tayuuya frappa à la porte.

 

 - Entre Tayuuya, c'est ouvert.

Peu de monde venait en visite à Sufokia, il faut dire que presque personne ne savait qu'elle y habitait. A part des visites ponctuelles de Perce, c'était plutôt le calme plat de ce côté. Et puis, il y avait toujours cet étrange frisson qui la parcourait quand sa soeur s'approchait à une quinzaine de mètres, une sorte de signal d'alarme silencieux qu'elle n'avait jamais pu expliquer autrement que par le lien très fort qui les unissait.

Tout était prêt dans la maison, des sièges pour elles deux poussés contre un mur, de la boisson et quelques biscuits dans le placard. Des bougies disposées un peu partout chassait la pénombre de cette journée pluvieuse, mais sans réellement égayer la pièce.

Pour le moment, Khyrra était assise en tailleur sur la peau de bouftou qui couvrait le sol et polissait délicatement, presque amoureusement, la lame de son épée. Lorsque sa soeur entra, elle n'interrompit pas sa tache, ne levant même pas les yeux.

- Tu as ramené la pluie avec toi...

 

 Tayuuya resta sur le seuil un instant. Ce n'est que lorsque Khyrra interrompit le mouvement de sa main, sans lever les yeux, qu'elle entra.

- Ou c'est toi qui as voulu m'accueillir avec. Comment savoir qui veut mouiller l'autre?

Cherchant à détendre l'atmosphère qui s'installait, la gorge nouée de Tayuuya rendit son ton moqueur, voir blessant. Les deux sacrieuses n'échangèrent pas le moindre regard, l'une contemplant les contours de sa lame avec un attitude feinte de perfectionnisme, l'autre découvrant le décors qui s'offrait a elle, cherchant une nouveauté a remarquer, une disparition a commenter.

Tayuuya fini par rompre le silence, décidée à écourter au possible un passage qu'elle ne voulait surtout pas émotif.

- Tu voulais me voir?

 Khyrra arrêta enfin son polissage et regarda alors sa soeur dans les yeux.

- Oui. Il est nécessaire de parler de certaines choses, ne crois-tu pas?

Elle se leva avec souplesse, fit quelques moulinets avec son épée sous le nez de sa soeur, histoire de tester l'équilibre de l'arme, les nerfs de Tayu et de rouler un peu des mécaniques. Dans un dernier geste, elle passa la lame sur son bras, entaillant la peau et faisait couler un mince filet de sang.

- Parfait...

Avec un sourire, elle allait ranger l'épée sur un râtelier et fit signe à sa soeur de prendre une chaise, avant de s'asseoir en face d'elle.

- Je veux que nous parlions de ce qui s'est passé.

 

 - Tu t’amuses toujours autant avec tes épées. Porte des dagues à la ceinture, ça transperce sans arrêt la chair des cuisses et ça fait un bien fou ...

Le regard de Khyrra lui intima un semblant de sérieux. Tayuuya baissa les yeux, dur de lutter contre une soeur aînée, malgré ses récentes aventures solitaires, la jeune soeur n'arrivait toujours pas à dominer sa grande soeur, et ce sur quelque plan que ce soit.

- Le cimetière, hein?

Laissant couler les secondes une à une dans les canaux de Sufokia, Tayuuya inspirait et soufflait bruyamment.

- Je ... je vous ai frapper, c'est vrai.

L’aveu était sorti seul, glissant perfidement tel un serpent sur ses lèvres, Tayuuya s'en mordit la langue jusqu'au sang. Ce n'est que le goût et la chaleur de ce sang qui lui donna l'audace de poursuivre.

- J’avais besoin d'être seule Khy. Je ne connaissais pas de manière moins ... expéditive ... et tu sais bien que je ne suis pas douée pour ce qui concerne les sentiments ... même entre soeurs. J'imagine que Perce doit m'en vouloir et ... pour ce qui est de Kharasu.

De récents souvenirs traversèrent sa mémoire, douloureux.

- J'ai honte Khyrra ... j'ai honte de ce que je suis ...

 Le regard de Khyrra était sévère, elle n'excusait pas l'attitude de sa soeur. Elle avait levé la main sur elle, ça dépassait son entendement familial.

- Me dire que tu voulais partir à l'aventure seule aurait été plus simple non? Je ne t'ai jamais enchaîné au fond d'une geôle pour t'empêcher de faire des conneries jusqu'à présent.

Khyrra restait calme, d'un ton égal et posé, presque froide, comme si cela ne la touchait pas plus que ça, alors que c'était tout le contraire. Quelque chose s'était brisait en elle ce jour là au cimetière, quelque chose qui ne se ressouderait probablement jamais. Et au fond, ce calme devait être certainement bien plus terrifiant pour Tayu que toutes les colères de sa soeur.

- J'ai failli tuer Kharasu ce jour là, il s'en ait fallu vraiment de peu. Alors, je voudrais que tu m'expliques ce qui valait que tu prennes cette irresponsabilité. Qu'est -ce qui te fait à ce point honte?

 

 Tayuuya resta interdite. Elle avait craint cette conversation, avait plusieurs fois voulue faire demi tour lors de sa matinée de route. Jusqu'ici, elle s'attendait à une rafale de reproches, a un ouragan de cri et de rage. Mais rien ... rien ... à part une remarque posée sur un ton monocorde, tout en rajustant une ceinture qui pendait, Khyrra feignait-elle le désintérêt?
Tayuuya ne l'avait connue bonne actrice, la voir aussi détaché provoqua de violentes tensions dans ses nerfs. Son échine fut parcourue de frisson, et ses mains d'un léger tremblement.

- Tu ... tu n'as pas l'air de comprendre Khyrra, je voulais ... je voulais que tu sache ... Je n'aurai jamais porter atteinte à toi ou ton mari si je n'avais pas ressenti sur l'instant ce besoin violent de partir, le plus loin possible de vous. Ca venait des tripes Khy, ce n'est pas de gaieté de coeur que je t'ai assommée.

Tayuuya, complètement paniqué, jouait seule une scène ou elle répondait à de longs reproches, entamant un monologue pour justifier son action, mais plus elle parlait, plus sa soeur s'affairait à ranger diverses affaires, semblant ne prêter qu'une attention distraite à son discours. Beaucoup de personnes dans un tel cas se seraient interrompues, et auraient réclamé de l'attention, ou ce seraient étonné d'une telle attitude, mais Tayuuya, dont le respect et l'adoration maladive qu'elle portait à sa soeur la rendait incapable de la moindre mésaction, ne put que poursuivre un discours qu'elle sentait, dissociée en son fort intérieur, inutile et hors de propos.

 Au bout d'un moment, après avoir laisser mijoter Tayuuya suffisamment longtemps qu'elle se pose toute une tripotée de question, Khyrra l'interrompit, saoulée par ce discours sans fin.

- STOP! Je t'ai demandé des explications, pas un roman sur le pourquoi du comment tes émotions prennent le dessus sur ta raison.

Elle revint s'assoir à sa place et prit les mains de Tayu entre les siennes, comme pour la guider dans son raisonnement. Enfin, c'est ce qu'un observateur extérieur aurait pu déduire de la scène, mais pour Khyrra, s'était surtout un moyen de contrôler sa soeur, une faible pression physique à haut impact psychologique. Pendant des années, cela avait suffit à calmer toutes les crises de sa jeune soeur, et aujourd'hui, Khy s'en servait pour l'emmener à lui dire ce qu'elle voulait savoir. Elle chercha les yeux de Tayu, regard vide dans regard vide.

- Recommence à zéro, calmement cette fois. Je ne vais ni te frapper, ni t'engueuler, et encore moins te tuer, même si l'envie ne m'a pas marqué. Que s'est-il passé pendant tout ce temps? Qu'y avait-il de si important pour que tu t'en prennes à nous?

 

 Tayuuya arracha violemment ses mains de celle de Khyrra, restant un instant avec sa main en l'air. Ses sens, gouvernés par de violentes giclées d'adrénaline, étaient surchargés, et son cerveau ne pouvait donner suite aux diverses émotions qui la tiraillait.

 

 - Que?!

Ce fut instinctif. Comme bien des années plus tôt, lorsque Tayuya désobéissait, Khyrra la giffla. Sauf que maintenant, ça n'avait plus rien de la gentille baffe de remise dans le droit chemin. Khyrra était blessée par ce rejet si soudain, blessée et furieuse. Comment sa soeur pouvait-elle se montrait aussi ingrate?

- Ca suffit maintenant ta rébellion! Tu as passé l'age des gamineries Tayuuya! Je ne joue plus! C'est notre avenir à toutes deux qui est en jeu, notre vie! Je n'ai jamais demandé à être un cadeau d'une divinité pour qu'elle puisse obtenir ce qu'elle voulait : TOI! Et pourtant j'ai assumé toutes ces années, j'ai protégé ta si précieuse existence! J'ai payé pour que TU puisses vivre normalement!

Le calme précédent était bien loin derrière, le ton montait très rapidement.

 

 

A des kilomètres de Sufokia, dans la soooombre et noooooire ville de Brakmar, plus précisément, à la taverne Atolmond, deux personnes semblaient en grande affaire, au milieu des miliciens nouvellement nombreux et nouvellement victorieux.

- Tu en as refait ? Je suis en manque.


- J'en ai cinq litrons, fais toi économe, la pandouille coûte cher par les temps qui courent.


- Je fais de mon mieux.

Nos deux compères étaient à une table en train de boire une bière pour le premier, un colosse vêtu de pourpre et de noir avec une grosse épée dans le dos, tandis que le second, un jeune homme blond, à la peau blanche comme la lune, semblait embrasser dans le cou une jeune craette très pale aussi.

- Tu vas la laisser morte ici ?


- Non, elle n'est pas au seuil de la mort.


- Arrete !


- Ok ok.

Le jeune homme posa la craette sur la table et essuya son visage du sang de cette dernière. Le colosse s'assura de son état de santé, paya la boisson et ferme le haut de la fille, pour éloigner un peu les traine-tavernes. Tous deux sortirent sans faire d'histoire, et se rendirent aux écuries.

 

- Combien te dois-je ?


- Je ne fais pas payer mon fils, contrairement à ton ingrate de mère.

- Merci.

Une splendide dragodinde rouge sang s'approcha du colosse, un bout de milicien dans le bec.

- Non merci Eowyn, je viens juste chercher le sang de phénix pour Theodred.

- Tu es cinglé de parler à cette monture.

La dinde dénommée Eowyn se retourna, et le colosse donna une caisse de fiole au jeune Theodred.

 

- Merci Eorh.

 

- De rien mon fils, bonne chasse à la Tayuuya.

Tous deux rirent alors qu'au contraire... à Sufokia, l'heure n'était pas aux rires.

 

 

Tayuuya resta bouche bée devant tant de mauvaise foi.

- Quoi? Aurais-tu cru un seul instant que j'ai apprécié d'être un boulet toute ces années? Aurais-tu cru un seul instant que ce destin voulu par Sacrieur, je l'ai désiré? Aurais-tu cru que je souhaite devenir la bâtarde que cette catin désire?

 

Tayuuya ne contrôlait plus ses nerfs, un soubresaut inconscient guida son pied ... On dit qu'une sacrieuse devient plus forte en se blessant. On oublie de dire qu'elle est capable de la pire rage meurtrière lorsqu'elle se laisse prendre par ses émotions. Khyrra percuta le mur, une violente douleur lui vrilla l'épaule, et c'est avec le visage fiévreux qu'elle répondit à l'attaque. 

 

- Je me le demande oui! Je ne devais être qu'un lot de consolation, mais comme tu refuses d'assumer ton destin, c'est moi qui paye les pots cassés!

Khyrra bondit sur Tayu, les faisant chuter toutes les deux. Elle était moins bonne que sa soeur dans le combat au corps à corps, mais elle avait plus de puissance brute et surtout des années d'expériences supplémentaires.

- J'ai juré à nos parents de te protéger, quoi qu'il arrive. De sacrifier ma vie pour la tienne! Tu te plains de ton destin, regarde donc le mien! Qui a perdu son fils? Qui a vu 2 mariages s'éteindre? Qui a du renoncer à une vie normale?

 

S'il y avait bien une chose à ne pas faire avec Khyrra, c'était de la mettre en colère. Et c'était encore bien pire quand cela la touchait directement. S'il y avait bien une chose qu'elle ne supportait pas, c'était la trahison, et elle ne supportait pas l'ingratitude soudaine de Tayuuya. 

Tayuuya perdit son sang froid et saisi sa dague. Le bras de Khyrra interrompit le mouvement, évitant une fâcheuse blessure au flanc. Elles roulèrent sur le tapis, et Tayuuya finit par lâcher son arme, qui glissa sous le lit. Khyrra réussit en se contorsionnant à se glisser dans son dos, et lui remontant le bras jusqu'aux omoplates, saisissant ses cheveux qu'elle tira violemment vers l'arrière. Assise dans cette position, triomphante, Khyrra tirait de plus belle, le souvenir d'un coup reçu alimentant sa rage.

- Tu me prends vraiment pour une idiote …

 

D'un geste sec, Tayuuya se disloqua le bras, et se dégagea de l'étreinte de sa soeur. Roulant sur le flanc, elle décocha un coup de pied qui atteignit Khyrra en pleine joue. Khyrra accusa le coup et recula de quelques pas. Reprendre ses esprits lui demanda quelques secondes, puis elle essuya sa joue endolorie d'un revers de poignet. Le regard chargé de fureur qu'elle posa sur sa soeur ne laissait rien augurer de bon.

- Tu vas trop loin petite soeur, ta pseudo divinité t'embrume l'esprit. Il est temps que je te remette à ta place!

La sacrieuse repartit à l'assaut de plus belle, frappant sans chercher à esquiver les attaques de Tayuuya, sa rage d'en découdre allant bien au dela de la douleur physique. Se faisant, elle réussit à faire reculer sa soeur jusqu'au mur opposé, l'acculant sans lui laisser l'opportunité de s'écarter.

- Tu me dois respect et obéissance! Tu n'es et ne sera rien de plus qu'une gamine capricieuse! Et les caprices, je les punis!

Cette fois-ci, Khy ne plaisantais plus et s'apprêtait à sortir le grand jeu avec le sort le plus puissant que Sacrieur ait jamais appris à ses disciples. Elle rassemblât son énergie pour la projeter dans une unique frappe sur sa soeur, sachant pertinemment que ça ne la tuerait pas, mais la mettrait hors jeu pour un bon moment.

 

- Apprend les bonnes manières petite soeur! 

 

Tayuuya remercia une fois de plus ses réflexes ... En un éclair, elle transposa la première chose venue, un tofu empaillé que Khyrra gardait en souvenir. Tayuuya se lança ensuite avec le silence d'une sram sur sa soeur, et lui asséna un superbe assaut, sort qu'elle ne maîtrisait que depuis peu, et que Khyrra n'avait jamais vu en action chez elle.

- Co ... comment?

Avant qu'elle ne pu réagir Tayuuya l'avait ceinturé d'un bras, et lâchait un deuxième assaut de l'autre, les yeux rivé sur le mur fissuré, repeint d'un jaune plume de tofu. Khyrra se tortilla pour essayer de s'échapper de l'étreinte de sa soeur, sans succès.

- Depuis quand copies-tu mes techniques? La lourdeur de la terre ne te suffit plus?

Le souffle haletant, elle n'eut d'autre choix que de laisser passer l'orage en espérant que Tayu se contente d'assaut basique et ne passe pas à quelque chose de plus violent.

- C'est tout ce que tu peux faire? Même un iop maîtriserait mieux la magie de l'air que toi.

Ce combat fratricide commençait à la fatiguer et à lui courir sur le haricot, il était grand temps que ça finisse. Et quand Khyrra perd patience, elle réagit brutalement, sans trop réfléchir.

Elle libéra son bras et lança son poing en arrière, en pleine figure de Tayuuya. Elle profita ensuite de ce court répit pour enfoncer son coude dans les cotes de sa soeur et se libéra complètement de sa poigne. Avec un sourire satisfait, elle attrapa sa soeur par le coup et la jeta au travers de la pièce. Puis elle s'approcha lentement, surtout pour reprendre son souffle avant d'enchaîner sur la suite

- As-tu compris la leçon où te faut-il encore une mise à niveau?

 

Tayuuya éclata de rire.

- Je peut savoir ce qui te fit rire a ce p...

Quelque chose de chaud serra sa cheville droite, elle baissa les yeux ... et remarqua alors le tentacule d'attirance qui se tendait lentement. Le fil vivant remonta sèchement dans son dos, coulissa sur la charpente de la maison et Khyrra se retrouva face à face avec Tayuu, la tete a l'envers.

- Tu vois Khyrra, je ne suis pas assez stupide pour t'attaquer à l'air. D'une je ne maîtrise pas parfaitement cette magie, et de deux, je sais bien que tu es la plus forte à ce jeu là... mais la plus sournoise, je ne crois pas ...

Elle tapota la joue de sa grande soeur qui pendait, hystérique.

- Tu savais qu'on peut, avec beaucoup d'entraînement, les tordre et les faire glisser où on veut? Je l'ai envoyé sur ta charpente pendant que tu te demandais depuis quand je maîtrisais l'air, l'ai fait glisser sur le plafond et pendre dans ton dos quand tu t'es retournée pour me frapper ... T'attaquer toi à l'air, toi qui le maîtrise si bien comme tu dis, n'avait pour but que de détourner ton attention.

 

- Tu es vraiment une pourriture... Tu ne vaux pas mieux qu'Elle! Fourbe à souhait! A croire que tu tiens plus d'une sram qu'une d'une sacrieuse! A moins que tu ne sois une bâtarde jusqu'à ce point!

Quand on ne peut plus se battre soit même, il faut savoir faire appel à une aide extérieur. Khyrra murmura quelques mots et une brume se forma derrière Tayuuya, brume qui prit de la substance jusqu'à devenir un chafer plus que décidé à taper sur la première cible qui lui tomberait sous le nez. En l'occurrence, Tayuuya.

- Moi aussi je sais être déloyale quand il le faut!

 

Tayuuya s'écarta furtivement sur la droite, alors que le chafer frappait. Le squelette idiot resta le bras tendu, bêtement, et Tayuuya pu prendre son temps pour préparer sa punition.

- Je m'y attendais un peu tu sait, dans cette position il te restait ça, ou ton épée volante ...

Contenant sa force, il n'était pas nécessaire de frapper avec tout ce qu'elle avait, elle fit disparaître le chafer aussi vite qu'il était apparu.

- On en reste la et je te fais descendre? Ou tu veux rester là haut?

Tayuuya se moquait ouvertement de sa soeur, elle qui avait atteint un état de nervosité impressionnant dans les minutes précédente. Se battre lui avait fait du bien, et le fait que Khyrra l'avait sous estimer lui avait permis de prendre l'avantage. Khyrra n'allait sûrement pas apprécier la chose, aussi devait-elle trouver un moyen de la calmer avant de la redescendre. Elle ne tenait pas à combattre une Khyrra qui se donnerait à fond, elle connaissait trop bien sa soeur pour savoir qu'elle ne ferait pas longtemps le poids.

 

L'épée? Qui te dit que je n'y ais pas pensé?

En effet, une épée dansante apparut à côté de Khyrra. Avec sa stupidité légendaire, l'arme attaqua son maître, lui infligeant plusieurs coupures et surtout, tranchant le tentacule d'attirance.

- Groumph...

Khyrra chuta lourdement à terre et se releva aussitôt, prenant le temps d'épousseter sa tenue comme si elle était couverte de poussière. D'un geste vague, elle révoqua l'épée avant que cette stupidité ne s'en prenne à autre chose.

- Tu te moques de moi... Je n'en ai pas fini avec toi pourtant...

Tayu en avait peut être assez de ce petit affrontement, mais Khyrra était autrement plus têtue, voire bornée, pour que cela finisse si facilement. Et surtout, elle se voyait mal accepter une défaite aussi humiliante. Aussi se remit-elle en position de combat.

- Je te laisse une dernière chance, prouve moi que tu n'es pas lâche au point de fuir. Je ne punirais pas, mais montre moi que tu vaux mieux que n'être que le jouet de Sacrieur.

 

Son sang ne fit qu'un tour, l'attitude de Khyrra finissait par l'exaspérée au plus haut point. Elle avait tenté une dernière fois de la raisonner par les sentiments, mais il n'y avait rien a faire ...

- Allez, ramène toi, ma soeur ...

Elle abandonna sa position défensive pour attirer Khyrra directement sur elle, l'enserrant par un de ses tentacules d'attirance. Un sifflement accompagna le cri de rage de Khyrra qui atterrit sur un pied tendu en avant.

- Bourff

Tayuuya enchaîna sa soeur d'un assaut, puis d'un second coup de pied, et l'a renvoya valser à l'autre bout de la pièce. Malgré son sérieux, il semblerait que la sacrieuse se laissait gouverner par ses émotions. S'affronter entre soeurs les perturbaient toutes deux au plus haut point. Tayuuya ne cherchait plus à éviter des coups qui pourraient d'avérer dangereux, et regarda sa soeur percuter le mur, créant une auréole de fissure autour de son corps.

 

Si c’est au pied du mur qu’on voit le mieux le mur, là, Khyrra voyait surtout qu’il était temps d’en finir. Ce combat devenait ridicule, elle ne comprenait pas pourquoi Tayu refusait de se soumettre comme cela avait toujours été le cas auparavant. Maintenant, il s’agissait de lui faire commettre l’erreur de trop qui rétablirait l’équilibre.

- Tu me déçois Tayu, je t'imaginais plus combative. Es-tu sûre d'avoir la force pour défier Sacrieur? J'ai l'impression que non... Tu lâches trop vite le morceau... Tu cherches la facilité, tu fuis les difficultés. Ca n'est pas comme ça que tu t'en sortiras.

Khyrra se releva, les reins et le dos endoloris de se rencontre avec le mur. Mur complètement décrépi maintenant…

- Hey ! Mais mon mur ! T’abuses sérieusement là ! Un crépi tout neuf d’il y a même pas un an ! Ca va se payer ça !

Après une approche nonchalante, Khyrra se jeta sauvagement sur sa sœur, comptant l’entraîner dans un corps à corps au sol, et oubliant par la même que Tayu était bien meilleure qu’elle dans ce domaine. Tayuuya, d’ailleurs, ne s’y laissa pas prendre, feinta et décocha un puissant coup de pied dans le ventre de sa soeur, qui l'expédia droit sur... le râtelier où Khyrra rangeait ses armes

« Merde non ! Pas ça! »

Khyrra eut à peine le temps de réaliser ce qui lui fonçait dessus, enfin sur quoi elle fonçait.

- Urk!

Dans un fracas de bois volant en éclat et de métal tombant à terre, Khyrra s'empala sur l'épée qu'elle avait passé tant d'heures à affûter peu avant.

"J'ai pas l'air conne maintenant...

Avec un râle Khyrra s'effondra à terre, tandis qu'une mare de sang se formait sous elle.

 

 

 

La pluie était venue sur Sufokia, amenant avec elle, du large, de gros nuages orageux. Chacun, près du zaap de la cité des pirates, cherchait un abri, quand le zaap s'activa une nouvelle fois et qu'un jeune homme en sortit. C'était un sacrieur, blond, à la peau blanche comme la mort. Repu du sang de phénix préparé par son père, et emmitouflé dans une cape foncée rapiécée de toutes parts, il ne se cacha pas du déluge glacé qui régnait. Une mère de famille l'interpella.

- Tu vas attraper du mal mon garçon, rentre chez toi vite.


- C'est ce que je fais madame

Il pressa le pas et arriva devant la porte de la maison qui était la sienne par parenté, "chez Khyrra", nul doute, c'était ici, il y était venu étant jeune. Ses sens aiguisés de vampire indiquaient que deux personnes, sacrieuses vu la quantité de sang dans les corps, enfin, l'une en perdait beaucoup, étaient à l'intérieur.

"Le vieux dit que Tayuuya est faible, et mal équipée, je n'ai qu'à entrer, déposer mon mot, et repartir. Ouais, mais si la mère est en forme ce ne sera pas facile..."

Machinalement, il sauta et se plaça sur le toit, et trempa une dague lutination bouillante dans du venin d'arakne majeure

"Au cas ou"

Il redescendit du toit, déterminé à entrer.

 

 

 

Un masque horrifié se figea sur le visage de Tayuuya. Le corps gisant et immobile de Khyrra baignant dans son sang secoua violemment ses nerfs.

- KHY!

Tayuuya se rua vers sa soeur, tomba à genou dans le sang qui continuais à se rependre ...

- Aoutch, doucement, ça met une petite claque quand même, Tayuu ...

Le débit de sang dans les veines de Tayuuya ralenti sa pulsation. Khyrra parlait, respirait ... mais faisait peine à voir. La plaie béante qui lui traversait l'abdomen de part en part l’inquiétait fortement. Un tourbillonnement naquit au sein du sang de Khy, l'entraînant dans sa course de plus en plus rapide. Un tourbillon de sang serpenta autour de Tayuuya, qui, le regard fixé sur sa soeur, serait les dents en puisant en elle les ressources nécessaires au sort qu'elle voulait réussir. Provenant de chaque pore de son corps, son sang et son énergie transpirèrent à travers elle, comme aspiré par la plaie de Khyrra. Une rage permit à Tayuuya de supporter la douleur à son maximum, et de soigner les organes vitaux de sa soeur. Si la blessure béait toujours en travers de son ventre, Khyrra n'était pas en danger.

 

La scène suivante se passa en quelques instants, mais elle parut longue au sacrieur entrant. Theodred ouvrit la porte d'un coup de pied, sa dague en main et un mot destiné à sa mère dans l'autre. Il vit une sacrieuse accroupie devant l'autre, gisant dans une marre de sang. A peine eut-il remarqué que sa tante était devant ce qui semblait être le cadavre de sa mère, que se déclencha en lui la fureur intemporelle de l'enfant qui venge le meurtrier maternel, un complexe d'oedipe démultiplié en somme. Oubliées toutes les douleurs physiques et morales infligées par Khyrra à Theodred, juste un amer souvenir d'un bébé câliné par sa mère peu après sa naissance. Le bébé avait choisi la voie de Sacrieur, puis était devenu un vampire par le fait du destin et bondissait désormais sur Tayuuya. Il frappa de la dague, visant le dos de cette dernière, aveuglé par une rage sans nom. Adieu la chasse à la Tayuuya, ici, on se battait pour se venger, pas pour le plaisir.

- TU AS TUE MA MERE ! RACLURE ! JE TE HAIS !

Adieu le sadisme, adieu le mal débridé. Ici c'est la colere qui regne. Apres avoir poignardé sa tante, sans se soucier de la douleur ou de la gravité des coups, bien qu'une partie de son esprit fut concentrée a viser entre les deux omoplates, il la repoussa contre le mur, et se baissa, sans tourner le dos a Tayuuya

-
Meurs pas maman, meurs pas. Je t'aime maman, je veux pas que tu meures

Theodred se mit à pleurer de rage et de douleur, et passa sa main dans les cheveux de Khyrra. Il lui ressemblait plus qu'elle ne le voulait, mais la situation n'était pas stable, car Tayuu se relevait.


-
Approche, sale meurtrière, viens prendre un avant goût de l'enfer !

 

Au travers du brouillard imposée par la douleur de sa blessure et qui obscurcissait sa vue, Khyrra ne vit qu’une ombre armée d’un éclat brillant s’abattre sur sa sœur et la frappé. Le sortilège de transfert commençait seulement à faire effet et soigner ses blessures internes les plus graves. Ses forces l’abandonnèrent lorsqu’elle tenta malgré tout de se relever pour protéger sa soeur et elle retomba lourdement sur le sol. Elle ne put que crier faiblement à bout de souffle.

- Tayuu derrière toi ! Danger !

Se sentir ainsi impuissante était bien pire que la plus abominable torture physique, bien pire que de sentir ses entrailles transpercées et son sang s’écouler avec sa vie. L’assaillant repoussa Tayu vers le mur opposé, l’éloignant de Khyrra. Celle-ci, ne pouvant attaquer, utilisa sa dernière carte. A défaut d’aller à l’ennemi, elle le ferait venir à elle. Les tentacules d’attirances se tendirent avec une lenteur désespérante à ses yeux, elle se surprit même à prier d’avoir assez d’énergie pour qu’ils soient suffisamment puissants pour agir. Avec cette même lenteur, ils ramenèrent l’agresseur vers Khyrra.

Ca n’est que lorsque Theo fut sous son nez qu’elle réalisa qui il était. Une haine profonde et viscère envahit alors son cœur, effaçant toute trace de si qui avait pu subsister d’un ancien amour maternel.

- THEODRED ?!! Engeance maléfique ! Tu oses pénétrer chez moi !

Puis s’adressant à Tayuuya

- N’approche pas ! Il n’est rien de plus qu’un cadavre maudit qui ne mérite que la mort !

Malgré son état, elle était prête à tout risquer pour enfin renvoyer Theo au repos éternel.

 

La lame pénétra quatre centimètres sous l'omoplate. Tayuuya la sentit frapper une cote et entaillé le poumon. Tellement préoccupée par l'état de sa soeur, Tayuuya ne sentit à aucun instant la menace se glisser dans son dos. La mort doit être silencieuse, songea-t-elle, alors qu'à son tour, son sang se mit à couler lentement, se combinant à celui de sa soeur. Le coup était arrivé au plus mauvais moment pour elle, un transfert de vie étant un acte de don total de soit, ou l'on sacrifie une partie de son énergie afin d'en faire profiter un être d'importance. C'est aussi le sort le plus risqué pour un sacrieur, il se livre complètement, et devient beaucoup plus vulnérable.

Théodred, puisque tel était le nom de cette chose immonde que Sacrieur avait admise en ce monde, avait choisi le meilleur moment pour attaquer sa tante. Tayuuya glissait peu à peu dans un méandre tortueux, cette rivière mystique que tant d'écrits à travers les ages décrivirent différemment. Un choc la ramena à la conscience, le contact du mur, baiser glacé et brûlant à la fois. Le transfert avait vidé ses réserves, et si elle n'était pas encore morte, encore une ou deux attaques du brûlant sacrieur l'achèverait sans doute.

Elle ouvrit un oeil, puis l'autre, se redressa péniblement, elle dont le corps avait glissé sur le sol, laissant une traînée rougeâtre sur le mur. Son poumon lui arracha un cri lorsqu'elle inspira enfin. L'animal qui fut pour elle un neveu doux et choyé dans de lointains souvenirs, remuait les lèvres, mais les tympans de Tayuuya avaient explosés au moment de l'impact de la lame. Certains effets secondaires d’une interruption de transfert sont surprenants…

Elle le vit former des syllabes, puis des mots, et devina aisément son intention de tuer. Ce n'était pas le regard sadique d'un sacrieur qu'elle voyait la, non ... Ce regard ne trahissait aucune émotion, alors que le reste du visage de Théo marquait sa rage. Ces yeux reflétaient une âme qui paraissait inexistante.

« Merde, on va faire quoi contre ça dans notre état? »

 

- Non maman, garde tes forces, je te soignerai après.

Aucune pensée, que de la haine, viscérale et primaire. La loi du talion appliquée dans sa forme brute. Theodred le vampire n'est désormais plus qu'une bête protégeant l'un des seuls êtres chers qui lui reste. Un tigre déterminé à tuer sa propre tante, et qui ne compte pas s'arrêter.

- Ce que tu vas subir est le comble de l'ironie, sacrieuse !

Theodred réunissait sa vitalité, la résistance même de son corps, plus encore que la potion qui lui servait de sang, c'est toute sa rage, son énergie sanguinaire qui se concentrait dans ses mains. Et dans un geste, il envoya sur une Tayuuya sonnée un éclair rouge, avec une traînée de feu, comme la haine et le sang.

#Punition#

Theodred se calma un peu, sans regarder les effets de son sort, il se pencha sur sa mère.

- Je sais que je suis qu'une raclure maman, mais je t'aime et ta raclure va te sauver... parce que t'es ma mère, et qu'un fils se doit d'aider sa maman.

 

- Tu… Tu n’es pas mon fils !

Khyrra dépassa la douleur comme elle ne l’avait encore jamais fait pour repousser Theodred. Haletante, elle réussit à se relever en prenant appui contre le mur, trébuchant dans les éclats de bois, le regard fou de souffrance et de haine. Elle toisa le sacrieur pendant quelques instants, instants qui suffirent à chasser les dernières images du petit garçon qu’elle avait élevé et aimé autrefois. Maintenant, elle ne voyait plus qu’un monstre assassin.

- Mon fils est mort ! Mon fils n’aurait jamais attaqué sa tante ! Mon fils était un gentil garçon, pas un monstre se repaissant du sang des autres !

Khyrra chancelait, tenir debout demandait toute sa volonté, alors que la pièce semblait tanguer comme un bateau ivre autour d’elle. La main gauche pressant la plaie béante sur son vente, elle ramassa son épée maculée de son propre sang avec un grognement.

- Plutôt mourir que de recevoir ton aide ! Et tu m’accompagneras dans la tombe, infâme créature !

 

A cet instant, ce qui était haine dans l'esprit de Theodred surpassa le reste. Il ne bougea pas quand sa mère le chargea d'un pas peu assuré, se contenant d'esquiver des coups imprécis, mais terribles. Quand, soudain, un sursaut de rage l'envahit, il balaya les jambes de Khyrra pour la faire tomber et hurla

-
Mère ! Qui es tu pour me juger ainsi ? Tu as servi brakmar ! Tu as tué non pas par nécessité, mais par plaisir ! Sais-tu ce que c'est que de ne pas avoir le choix ? De mourir parce que sa mère est trop occupée à regarder si son idiote de soeur sait encore marcher ? Es-tu le jouet éternel d'un sadique ?

Il alla chercher Tayuuya et la lança sur Khyrra.

-
Tu m'as abandonné ! Et lorsque je suis mort et revenu d'entre eux, tu as tenté de me tuer ! Elle aussi a essayé ! Et vous n'y étés pas arrivé ! Tu crois que ça me fait plaisir cet état intermédiaire ? Un pied sur terre, l'autre dans la tombe ! Sans le vieux et le sang de phénix, je serais condamné à saigner à blanc des pauvres cruches meurtrières comme ma tante !

Il baissa la tête.

- Je n'ai pas choisi ça, mais si je n'ai pas renoncé, c'est pour te plaire, pour que t'aies pas l'impression d'avoir mis au monde une loque... pardon.

 

« Légère ... que je me sent légère ... Ou suis-je? Que m'arrive t-il? Je me sent si bien ... »

Tayuuya ne recevait plus aucune sensation en provenance de son corps, et se sentait baigné dans une intense plénitude ...

« Qui ... qui est-ce? »

Loin d'elle, loin de son regard se trouvait Théodred, Khyrra et une sacrieuse qu'elle ne reconnaissait pas, gisante sur le sol.

« C'est ... moi? »

Le bien-être qui l'envahissait avait noyé toute forme de peur, Tayuuya comprenait que ce devait être cela qui annonçait la fin d'une vie, mais ne s'en effrayait pas.

« Khy ... je vais bien ... ne t'en fait pas ... Je serai toujours la Khy ... Cette vie n'est pas faite pour moi ... je ne regrette pas de mourir ici, et si c'est de la main de ton fils, c'est que cela servira peut être à quelque chose, Khy... Je t'aime, Khy ... »

Elle voulut pleurer mais aucun iris ne lui permit de libérer son émotion sous la forme d'une larme. Elle restait simplement la, un état de conscience flottant à dix mètres du sol, observant les mouvement titubant de sa soeur, et l'immobilité de Theodred.

« Ainsi donc, tu aura été ma Nemesis, Théo ... c'est amusant ... je n'aurai jamais penser périr de ta main ... »

Sa conscience chercha à travers les vapeurs et les brumes qui peu a peu, engloutissaient le monde alentour, le faisant disparaître. Seul l'image de sa soeur et de son neveu se conservait.

« Enfin ... papa, maman ... j'espère pouvoir vous rejoindre ... »

- Ca donnerait une conversation intéressante, certes ....

La brume calme et douce s'agita de spasmes .... Un rouge écarlate s'immisçait de divers endroits de l'espace, se rependant à la vitesse d'une peste dans l'atmosphère environnante ...

- Regarde le ce petit, n'est t-il pas mignon? Quelle soif de sang, regarde moi ça, regarde comme il lutte contre lui même pour ne pas frapper sa mère ... Vraiment je commence à l'aimer ce petit, de plus en plus a chaque fois...

- Sacrieur!

Un effroi indescriptible naquit au sein de son esprit au contact de cette brume rouge sang. Tayuuya perçut ces milliers de hurlements, ces centaines de milliers de morts que Sacrieur avait massacré afin d'assouvir sa Folie Sanguinaire. Ces cris, elle les avait entenduu maintes fois, à travers chacune des incantations antiques que Sacrieur lui avait légué à la naissance, mais jamais ... jamais, elle ne les avait perçu aussi distinctement. Ces hurlements charriaient le désespoir de milliers de peuples sacrifié sur l'autel des caprices d'une déesse immature. C'était effroyable.

-
Oh..! Tu peux m'appeler maman ...

Des sensations refirent surface ... la douleur de plusieurs cotes brisées, celle d'un profonde plaie au dos ... Des sensations qui, encore lointaines, revenaient la harceler au pas de course.

- Sacrieur! Non! Non, laisse moi mourir! Non, ne fait pas ça!

- Allons, allons, petite sotte ... Je n'ai pas encore renoncer à faire de toi ma prêtresse, je te rappelle ...

- Haaaaaaaaaaaaaa!

Jamais elle ne poussa pareil cri. Une vitre fragilisée chue, Khyrra fut stoppée net dans son mouvement, et pendant un instant, l'oeil de Théodred exprima un sentiment. L'incrédulité.



Khyrra voulut attraper sa sœur avant qu’elle ne heurte le sol, mais elle fit surtout amortir sa chute de son propre corps. Sous le choc, sa blessure se remit à saigner, et la sacrieuse serra les dents pour étouffer un cri de douleur.

- Quand on meurt, la moindre des choses, c’est de rester mort ! Ce que tu es va à l’encontre des lois de la vie ! Je ne t'ai jamais abandonné, tu as suivi ton père, nuance! A ton age, ma propre mère est morte, je devais me débrouiller seule. Aurais-tu préféré que je te pouponne comme un pauvre petit et faible feca? Une faible chose en sucre qui se brise au moindre souffle de vent?

Tayuuya semblait mal en point. Khy regarda alors sa blessure : celle-ci ne semblait pas dramatique, mais elle détecta une légère odeur piquante. Cherchant le pouls de sa sœur, elle remarqua qu’il s’affaiblissait de seconde en seconde, Tayu n’était plus consciente.

- Du poison ! Tu n’as même pas le courage d’assassiner les gens de face ! Qui te l’a fourni ? Ton alchimiste de père je suis sûre !

Khyrra avait toujours éprouvé un profond mépris pour les alchimistes et leurs décoctions explosives. Dans ses bras, Tayuuya se raidit dans un dernier spasme.

- Assassin ! Tu fais injure à ma lignée ! J’ai honte que tu sois de mon sang ! J’ai honte de t’avoir donné la vie ! Maudit soit le jour où tu es sorti de mes entrailles !

Avec une extrême délicatesse, Khyrra posa le corps de sa sœur sur le sol et ce releva comme si de rien n’était. Le chagrin bien plus que la souffrance peut transcender un sacrieur. En larme et plus furieuse que jamais elle se planta devant son fils et le força à reculer pas à pas, comme pour l’éloigner de sa victime.

« Je risque de ne pas encaisser le contre coup, mais je n’ai pas d’autre solution. Je n’ai pas le choix… »

- Tu n’as pas choisi de vivre ainsi ? Mais tu avais tout à fait le choix de mourir selon ta volonté ! Si cet état t’est tellement insupportable, il ne tenait qu’à toi d’avoir le courage d’y mettre fin ! Moi, je pense surtout que ça te plait d’être ainsi… Je vais te rendre service Theo…

Elle plaqua son fils contre le mur et plongea son regard dans le sien, tout en préparant son sort.


- Que vas-tu faire maintenant ? Me tuer aussi ? Si telle est ta volonté, fais le vite avant que…

Khyrra leva la main, prete à lancer sa punition lorsque le cri de Tayuuya l’interrompit.

- Que ? Tayuu !!! Comment est-ce possible ?

La peine fit instantanément place à un bonheur fou, comme elle n’aurait jamais imaginé en éprouver dans de telles circonstances. Un soulagement intense se répandit dans son corps comme un baume apaisant, mais il n’occulta pas pour autant sa préoccupation du moment : Theodred.

- Je n’en ai pas terminé avec toi… Comment préfères-tu rejoindre l’au-delà ? Je suis sûre que tu connais le meilleur moyen pour éliminer ceux de ton espèce. Parce que tu es mon « fils », j’ai pitié de toi et je t’offre une mort rapide. Alors épargne moi d’avoir à tester trente six solutions… Le temps que je trouve la bonne, tu risquerais d’implorer Sacrieur de prendre ta non vie.

- Tu es agonisante et je suis en pleine forme, tu ne vas pas me tuer, et je pourrai t'achever, mais je ne vais pas fuir non.

Theodred sentit qu'une époque de sa vie s'était finie.

- Ce poison est du venin d'arackne majeure, je l'ai extrait moi même, tu en connais les effets non ? Il dissipe la magie de celui qui en est victime afin que la mort soit rapide.

Theodred, en larmes, poignarda d'un coup vif sa mere au niveau de l'aisselle. Khyrra fut profondément stupéfaite de voir que Theo n’éprouvait aucune hésitation à la frapper de son arme. Lorsque la dague s’enfonça dans sa chair la première fois, elle comprit qu’elle l’avait sous-estimé, et trop compté sur les sentiments qu’il semblait encore éprouver.

« Je vais mourir ici, chez moi… Je n’aurais jamais songé que cela se passe ainsi… Mourir jeune, oui, je le savais, mais au cœur d’une bataille, pas assassinée ainsi… Le destin est ironique… Je peux sauver les autres mais pas moi-même. J’ai renoncé à tout, et même ma vie m’échappe. Tu es cruelle Sacrieur… Le principal est là, Tayuuya est vivante, et je n’interférerais plus dans tes plans ma déesse. Tayuu est vivante… »

Le deuxième coup de dague lui arracha un cri déchirant, vite noyé par le flot de sang libéré par les veines sectionnées. Le poison faisait effet très vite, Khyrra ne ressentait plus la douleur alors que sa perception du monde extérieur s’amenuisait de seconde en seconde.


- On se reverra en enfer, sans coeur ! Je vais vous achever toutes les deux, et vous faire des êtres vampires assoiffés de sang, mais sans aucun substitut ! Vous comprendrez ce que c'est, que d'être repoussés par n'importe qui sous prétexte qu'un salaud comme moi exerce impunément un plaisir sadique infini.

Theodred, sa dague à la main, ne savait plus quoi faire mais était pris d'un désamour pour ce monde.


« Je pensais que cela aurait été plus dur, plus douloureux… »

« Cela te semble simple à cause de ce que tu es, la souffrance a toujours fait partie de ta vie Khyrra. »

« Tu dois être heureuse Sacrieur, je ne viendrais plus interférer dans tes plans. Tayuuya va vivre et je ne serais plus sur ton chemin. D’ailleurs, je suppose que sa survie tient de ton œuvre… »

« Ca ne lui a guère plus d’ailleurs. Elle a toujours été ingrate, comme toi, comme ta mère. »

- Je voudrais mourir, mais je ne peux pas... pardon.

Theodred remit du poison sur sa dague, regardant les deux sacrieuses.

- J'ai tenté de mettre fin a mes jours.... ça ne marche pas non plus. Khyrra, tu es ma mère, je pensais que tu me comprendrais, mais toi aussi tu m'as repoussé... Maintenant, je vous ai blessées quasi à mort, vous avez une raison de me haïr... ne perdez pas de temps à tenter de me tuer, ne salissez pas vos mains.

« Par pitié Sacrieur, ne le laisse pas me faire ça, je ne veux pas de cette existence malsaine, c’est contraire à tes enseignements. Ce sera ma dernière requête, avec la survie de Tayuuya. »

« Mais qu’elle te survive est encore aléatoire, ton fils pourrait bien mettre un terme à mes plans comme tu dis. »

Theo retira la lame de son cou et lâcha Khyrra. Celle-ci s’effondra d’une seule masse, son corps à bout de force ne pouvant en supporter plus. Dans sa conscience vacillante, la dernière vision de Khyrra fut celle de Theo rechargeant sa dague en poison. Un désespoir immense l’envahit alors, et elle comprit pourquoi Sacrieur semblait tellement s’amuser de sa certitude concernant Tayu : sa mort n’allait servir à rien.

« NOOOOOOOOOOOON !!! Sauve Tayuuya ! Prend ma vie, prend mon âme, venge-toi de moi, mais sauve là ! »

Sacrieur partit d’un rire vraiment joyeux, Khyrra ne comprenait plus : la déesse allait-elle réellement les éliminer toutes les deux pour toutes leurs rébellions passées ?

« Je devrais te remercier Khyrra, grâce à toi, Tayuuya va rentrer dans le droit chemin bien plus efficacement que je n’aurais su le faire. Ta mort aura au moins servi à ça : ta sœur, ma fille, a enfin pris conscience de ses responsabilités. »

 

Le visage ravagé par la douleur, Tayuuya ne pouvait esquisser le moindre mouvement. L'intervention de Sacrieur avait néanmoins été bénéfique. La blessure avait cicatrisée de l'intérieur, et Tayuuya ne sentait aucun des effets du poison dont parlait son neveu. Cependant, la situation de Khyrra était des plus difficiles, et Tayuuya n'était pas en posture de l'aider. Fermant les yeux pour mieux inspirer, elle se laissa couler dans les plus profond abîmes de son être, la ou elle pourrait retrouver l'essence même que Sacrieur avait insufflé en elle.

« La, ma fille, oui ... vient à moi ... »

Elle lutta contre la tentation de se laisser aller. Il fallait puiser dans cette force, et conserver la force de résister à l'abandon. Elle la trouva, entre ses peurs et ses angoisses, au plus profond de ses désirs refoulés, là où se cachent nos démons oubliés. Elle se revoyait enfant, craintive et cachée derrière sa soeur. Elle se revoyait adolescente, repoussant ces hommes qui l'effrayaient tant. Elle se revit adulte, fuyant éperdument sa destinée afin de pourvoir se croire libre.

« 
Pourquoi résistes-tu autant? « 

Une léger colère, ou une pointe d'exaspération se laissait entendre. Elle ne saurait dire pourquoi, mais une réponse fit surface. Une réponse qu'elle même n'aurait cru s'entendre dire un jour.

« Sacrieur ... je te servirais ... à ma façon. Ma place n'est pas dans un temple. Tu dois le comprendre et l'accepter. Je dois sauver ma soeur, toi seule peux m'en donner la force ... alors s'il te plait ... oublie donc tes caprices ... »

Elle sentit le flot couler dans ses veines. Un flot nouveau, riche de force et de puissance. La colère de Sacrieur déferlait dans chacun de ses capillaires, et Theo la regarda se lever, sans sourciller.

Tayuuya saisi le poignet de Khyrra. Le pouls était faible, mais toujours présent. Elle prononça des syllabes qu'elle ne comprenait pas, laissant cette force nouvelle guider ses lèvres. L'essence de sa mère s'insuffla à Khyrra. Peu a peu, le poison se faisait annihiler de ses veines. Tayuuya reposa le corps inerte mais sauf de Khyrra sur le sol, et se retourna vers Théo.

- Théodred, donne moi ton arme s'il te plait.

Le jeune sacrieur ne bougea pas d'un cil, semblant méditer cette phrase, hésiter entre meurtre et sang froid.

- Théo, tout ce que tu gagneras à tuer ta mère, c'est de te faire souffrir toi même, le comprend tu? Quelque part au fond d'elle même réside toujours l'amour qu'elle avait pour toi. Je ne te hais pas, Théo, j'aimerai t'aider ... du mieux que je le peux. Mais comprend que je ne peux accepter ton actuelle façon de vivre ... ton ... appétit me dérange, nous dérange toutes les deux. Il doit être possible de changer ça, il doit être possible de te rendre une vie normale, mais pour cela, tu dois me parler. Parle moi, et raconte moi ce que je doit savoir pour pouvoir t'aider.

Les couleurs qui, une minute auparavant, semblaient vouloir s'estomper du visage de Khyrra réafluèrent. Tayuuya restait debout, d'un point ou elle pouvait observer les deux autres protagoniste, Théo, assis sur sa chaise, et Khyrra, allongée sur le sol, qui commençait à gémir.

 

Khyrra nageait en pleine confusion, se posant mille et une questions qui ne trouvaient pas de réponse. Devant son désarrois, Sacrieur consentit à l’éclairait.

« Ta tâche ne fait que commencer. Utilise cette seconde chance à autre chose que de me mettre des bâtons dans les roues. Prouves que j’ai eu raison d’accorder ta vie à Tayuuya, c’est un investissement que je fais sur toi, simple cadeau à une mortelle pour remplir mes desseins à la base. »

La présence de Sacrieur se dissipa et une soudaine chaleur réconfortante et si familière l’entoura, comme un cocon protecteur. Puis elle se sentit brutalement aspiré en arrière et enfermer à nouveau dans la coquille étroite et si limitée qu’était un corps. Avec la vie revenait les sensations, particulièrement celle dont elle se serait bien passée : la souffrance. Sur le coup, Khyrra perdit connaissance, tandis que les pouvoirs de Tayuuya finissaient de réparer les dégâts.

Ce n’est que quelques minutes plus tard qu’elle émergea à nouveau de ces brumes et sa condition terrestre se rappela efficacement à elle. Reprendre contact avec la réalité ne fut pas des plus simples et ce furent ses faibles plaintes qui annoncèrent au monde qu’il devrait supporter la sacrieuse encore un moment. Avec peine, elle parvint à rouler sur le flanc pour contempler l’échange entre sa sœur et son fils.

- Tayu, fais attention à toi par pitié…

Ca n’était pas plus qu’un murmure, Khyrra était trop faible pour être capable de plus. Cette impuissance la faisait souffrir, elle la sacrieuse pourtant si vaillante et apte à réagir à la moindre menace. Aujourd’hui, Tayu devait se débrouiller seule, et Khyrra avait l’impression de l’abandonner à son sort, alors qu’elle pouvait avoir besoin d’aide.

Et pire que tout, elle comprenait enfin que tout pouvait se jouer maintenant, que si Theodred refusait d’entendre raison, il aurait la partie facile pour les envoyer ad patres une bonne fois pour toute. Il valait mieux ne pas compter sur plus de deux miracles dans la même journée… La bonté de Sacrieur avait des limites…

Khyrra rassembla ses maigres ressources et força pour se faire entendre.

- Theo, ta tante n’a rien à voir avec tout ça, épargne là. C’est moi qui suis responsables de tes malheurs. Moi et ma fronde face à la déesse. Tu es mort parce qu’elle a voulu me punir. Ca n’est pas ta faute… c’est la mienne, et uniquement la mienne. Tu payes pour un destin qui n’est pas le tien.

Des larmes de sang perlèrent au coin de ses yeux. Avoir frôlé la mort de si près lui ouvrait de nouveaux horizons. Au final, mourir lui aurait certainement été préférable par rapport à ce qu’elle découvrait. Enfin, découvrir était un bien grand mot, Khyrra avait toujours été plus ou moins douée pour s’aveugler elle-même si les aspects négatifs ou qui ne lui revenaient pas. Sa version de la vérité était tout ce qu’il y a de plus relatif.

- Laisse-la, c’est à moi qu etu en veux, uniquement à moi. T’en prendre à ta tante ne fera qu’accroître ta douleur. Tu veux me faire souffrir, soit, mais ne t’en prend pas aux autres. Ca ne serait digne que d’un brakmarien une telle attitude, et tu n’es pas assez vil pour t’abaisser à ce point… même si moi je l’ai été… Ecoute ta tante mon garçon.

 

Théodred n'avait pas réagi durant les longues secondes que dura le discours chaotique de Khyrra. La souffrance rendait sa diction malaisé, et Tayuuya du se mordre la lèvre jusqu'au sang pour ne pas se retourner vers elle, mais conserver l'attention de Théo. Ce dernier restait assis sur sa chaise, le regard vide ... Plus rien ne semblait l'intéresser. Tayuuya pu observer le battement régulier de ses narines, qui humaient l'odeur de sang frais qui régnait dans la pièce.


Une spirale ocre apparue soudain au centre de la pièce. Tayuuya se figea, Théo conserva son atavisme, et Khyrra roula des yeux horrifiés. Là, au sein même de ce drame, Sacrieur, resplendissante de Son Sang, apparue au milieu d'une aura d'énergie.

- Aaaaaah! Comme ça fait du bien d'être un peu tangible!

Elle se massa un cours instant les bras, puis les hanches, pour le simple plaisir de se sentir chair, puis jeta un regard alentours.

-
Hé ben! Vous avez fichu un sacré bordel, les enfants. Mais bon, si il n'y avait pas eu autant de sang, m'invoquer moi même n'aurais pas été possible

Comme une enfant de six ans se roule dans la boue pour en rire, Sacrieur se jeta dans l'immense mare de sang qui baignait un bonne partie du sol et s'y roula avec fougue.

- Yeah! C'est fun! Vraiment! Vous devriez venir les filles ... enfin, Khyrra, je t'en voudrais pas d'être un peu ... Indisponible.

En réponse, Khyrra toussa quelques glaires de sang.

- Ben, pourquoi tu me regardes comme ça, Tayuu?

Tayuuya roulait des yeux, exorbités à la vue de ce spectacle de débauche. Elle se rua vers Sacrieur et frappa du pied ... dans le vide.

 

Theodred fermait les yeux, écoutant le rythme cardiaque des personnes présentes mais surtout il disait à son démon intérieur de se taire. Theodred pensait à ce sujet que nous avions tous des démons en nous, nous soufflant des idées de destruction et de sang. Ici, ce démon est majeur, un sacrieur en pleine furie sanguinaire, mais il y a mieux à faire que de tuer tout le monde dans ce cas. Le vampire se leva alors et se dirigea vers sa mère.

-
Tu vas venir avec moi.

Tenant toujours en respect la seule personne, hormis sa mère, que ses sens biaisés distinguaient, il prit une gorgée du sang au sol et recracha, dégoûté. Puis il se baissa vers sa mère, la portant comme un sac de patates, avec l'aide de sa main droite, et tenant sa dague de sa main forte, il donna un grand coup de pied dans la porte.

-
Je vais te déposer quelque part ou tu pourras reprendre tes esprits.

Theodred, dans la tempête venue de la mer et la nuit, déposa sa mère non loin de chez elle, sur le ponton près de la taverne. Torse nu, les muscles apparents mais avec une peau livide, une dague en main, Theodred regardait sa mère.

-
Nous avons des choses a nous dire, non ?

 

Khyrra se retrouva donc sous la pluie, dans la nuit noire et froide balayée par un vent fort. L’eau venue du ciel chassait le sang qui la maculait, mais la glacée jusqu’aux os, alors qu’elle était encore trop faible pour pouvoir bouger. Néanmoins, cela était peut de chose par rapport à la vision effroyable de Theo. Malgré son aspect cadavérique, elle reconnaissait les traits du petit garçon qu’elle avait chérit, avant que la discorde entre son père et elle ne les sépare et ne sèment un poison bien pire que tous les venins toxiques de ce monde.

Elle dut bien le reconnaître, mais elle avait peur de lui. Non pas tant qu’il puisse la tuer, mais de ce qu’il était. Pour rien au monde, elle n’aurait voulu connaître le même sort. Elle frissonnait de cette peur viscérale et la haine recommençait à refaire surface au fur et à mesure que les forces de la sacrieuse revenaient pour l’alimenter.

Khyrra soupira. Si il était resté moitié aussi têtu qu’avant, il la laisserait mourir de froid ou d’une pneumonie si elle ne lui fournissait pas les réponses. La question étant : devait-elle lui répondre franchement au risque de lui déplaire et donc d’encourir des conséquences néfastes autant pour elle que pour Tayuuya, ou lui mentir et lui dire ce qu’il voulait entendre ? Non, elle serait franche. Pas de manipulation, de dissimulation ou autre ce jour-là.

- Tu vas remettre de vieilles histoires sur le tapis hein ? Pose tes questions, je sens que ce sera un interrogatoire plus qu’une discussion…

 

Le sacrieur s'assit à coté de sa mère, et lui passa un bras autour des épaules. Puis il incita Khyrra à reposer sa tête sur son torse, non pas froid comme la mort, mais d'une chaleur quasi vivante. Voila des années qu'il attendait cela...

-
Tu t'es trompée maman, je voulais juste savoir si...

La question qui tue, on en rêve de la dire, d'une façon théâtrale même... mais quand vient le moment…

-
Je voulais savoir si tu m'aimais, maman.

Theodred regarda Khyrra dans les yeux, la bouche fermée, attendant une réponse qui pourrait changer sa vie, et évidemment, celles de beaucoup d'autres sacrieuses.

- Me considères-tu encore comme ton fils ?

 

Khyrra se laissait faire, de toute façon, elle n’était pas en état de résister. Elle s’attendait à un contact plus répugnant, mais c’était plus mentale que physique cette répulsion qu’elle avait pour Theo.

« Je pourrais lui dire que je l’aime toujours autant, que rien n’a jamais changé, mais c’est faux. Rien n’est plus comme autrefois… »

- J’aimais le petit garçon accro aux flammes, qui se brûlait régulièrement quand il ne foutait pas le feu à la maison. Je ne peux pas aimer l’être qui veut la mort de sa tante ou qui a planté sa dague dans ma chair avec une telle volonté de destruction.

Des larmes coulèrent sur ses jours, elle était épuisée et n’avait qu’une envie, que tout se termine. Au fond, la mort aurait été bien plus paisible comme fin…

- Tu n’es plus le Theo que j’aimais, ce que tu ais, je ne le comprend pas et je ne peux aimer ce qui m’est étranger. Tu peux me tuer si cela te chante, mais mon fils, mon petit garçon est mort il y a bien longtemps. Je ne peux pas aimer un fantôme à la place d’un vivant.

 

- Mais...

Theodred regarda Khyrra dans les yeux. Des larmes commencèrent à perler sur son visage resté jeune et vif. Qu'est ce qui avait changé ? A part la couleur de sa peau et son état ? Rien. Il en était convaincu et voulait en persuader sa mère, mais cela lui semblait insurmontable.

- Je n'ai pas fondamentalement changé maman, si j'avais grandi et si j'étais resté vivant, c'est ce que je serais devenu, on change tous avec l'age non ? Eor m'a dit qu'avant vous n'étiez pas les mêmes.

Il posa la main sur son épaule.

- Si toi et lui n'aviez pas été fâchés, ça aurait été plus facile de te montrer que je n’ai pas changé. Si j'étais devenu un adulte, j'aurais comme toi, une folie sanguinaire incomparable au combat. La violence, c'est pas mon état, c'est le fait que je sois un sacrieur.

Sa main toucha les blessures qu'il avait infligé à sa mère.

- Je m'en veux de t'avoir attaqué maman, je n'aime pas frapper mes parents. Je veux redevenir complice avec toi, rigoler avec toi des Iops bêtes, manger des glaces à la foire du trool avec toi... bref, faire partie de ta famille à nouveau. Je suis toujours Theodred, le sacrieur.

 



- Si ton père n’avait pas été aussi… iop, bien des choses auraient été différentes. Tout change oui, j’ai changé, en bien j’espère…

Serait-ce possible que tout ça ne soit qu’un sombre cauchemar, un mauvais trip ? Khyrra tendit la main vers le visage de Theo et le toucha avec appréhension. A peine l’eut-elle frôlé qu’elle la retira vivement, comme si elle avait craint qu’un serpent la mordre, quoiqu’un serpent l’eut nettement moins effrayée.

« Fais un effort… Pourquoi est-ce si dur ? Regarde-le, il n’est pas si différent… il manque juste un peu de soleil.

Khyrra surmonta sa répugnance et réussit à toucher plus longuement Theo. Elle fondit alors en larme.

- Je veux rentrer… chez moi… à la maison…

Sur ces derniers mots prononcés faiblement, la sacrieuse s’évanouit avec un dernier soupir.

 

- On va rentrer maman.

Theodred se leva et porta sa mère, non pas comme un sac de patates, mais comme si elle eut été ce qu'il y avait de plus fragile au monde. Avec Eor, elle était la seule personne avec qui il avait vécu encore en vie, alors elle était très précieuse.

-
Tu vas dormir maman, et Tayuu nettoiera le bordel qu'elle... qu'on a causé.

Il entra dans la maison, Sacrieur et Tayuuya étaient toujours là, mais il les ignora. Il allongea sa mère sur son lit, lui enleva ses vêtements trempés, chercha un semblant de chemise de nuit, utilisant son pouvoir pour la réchauffer, et en habilla sa mère.

- Tu vas avoir bien chaud.

Il la mit dans le lit, et la borda en passant une main dans ses cheveux.

- Bon, faut nettoyer tout ce boxon et ce sang.

 

- Hum ... il y a quelque chose d'étrange ...

Tayuuya était restée un instant le pied figé dans le vide. En une fraction de seconde, Sacrieur s'était matérialisée au bord du mur couvert de sang, dans lequel elle s'amusait à dessiner des spirales, et autre motif compris d'elle seule.

Quelque chose clochait. La disposition des murs, l'immense mare de sang qui commençait à coaguler .... Tout était bien à sa place, pourtant, Tayuuya ne comprenait pas pourquoi sa soeur et son neveu étaient sortis sans même un regard pour la déesse. Même lorsqu'ils passèrent la porte, alors que Sacrieur dessinait à moins d'un mètre du battant, ils ne lui jetèrent le moindre regard.

- Tu commences à t'en douter, hein?

Incrédule, Tayuuya sentit ses poils se hérisser alors que Sacrieur se matérialisait juste en face d'elle.

- Voila, j'ai terminé le motif.

Sacrieur l'attira vers elle, l'enserra dans ses bras.

-
Ma fille j'ai tellement attendu ce moment, enfin.

Tayuuya réalise à cet instant précis ce qui clochait ... comme pouvait elle toucher le corps, sentir l'odeur d'une déesse? Sacrieur ne devrait pas pouvoir se matérialiser dans son plan d'existence. Non, c'était impossible. Le sang, tellement de sang que Sacrieur s'était doté d'un corps factice? Non, la magie du sang permet bien des choses, mais donner corps à une entité immatérielle, c'était impossible.

L'instant qui lui semblait bref, devait avoir durer un certain temps car elle aperçut Theodred, portant Khyrra, entrer dans la maison, puis coucher sa soeur dans un lit avant de la border. Elle allait s'apprêter à parler lorsqu’enfin, elle compris ... et une horreur intense l'envahit.

Là, debout à l'endroit où elle avait discuter avec Théo, se tenait une autre Tayuuya, réplique exacte d'elle même. Et ce qui l'horrifiait tant, c'est que Theodred lui parlait, sans même lui adresser un regard à elle, la véritable Tayuuya.

- Mais qu'est ce ...

Sacrieur lui saisit le menton d'une main, et la força à supporter son regard d'une façon intime.

- Si tu peux me voir, et me toucher, c'est que ton âme est désincarnée. Tu te trouves dans le même plan astral que moi, ma chère fille ... Il me fallait une déclaration comme celle que j'ai entendu aujourd'hui pour enfin pouvoir faire de toi la déesse que j'espère tant.

Tayuuya ne pouvait pas résister, elle était entraînée, tandis qu'une pale copie d'elle même, un fac-similé que Sacrieur avait insufflé dans son corps à sa place, bernait avec facilité ce neveu qui la connaissait si peu.

- Tu sais Tayuuya, certaines manipulation ne sont possible qu'avec une ... comment dire, une abdication de la personne visée ... il faut une faille dans l'esprit pour que le sortilège puisse s'y glisser ...

Sacrieur la plaqua violemment contre le mur rouge sang, au centre du motif qu'elle venait de dessiner.

- Ca va faire un peu mal, mais au moins, après ça .... Tu seras enfin complète ma fille, débarrassé de cette misérable chrysalide matérielle que j'ai été obligée de te faire porter ... J'espère que tu ne m'en as pas trop voulu ...

Tayuuya regarda, l'âme figée, les lèvres de la déesse remuer, formant des mots inaudibles mais dont elle devina aisément le but désastreux.

 

Etait-ce un rêve ? Ou la réalité ? Du fond de son inconscience, l’esprit de Khyrra se perdait dans les brumes de l’extrême fatigue. Tout ce dont il aspire, c’était un long repos calme et bénéfique, le temps de laisser au corps de la sacrieuse sa régénération et sa totale récupération. Pourtant quelque chose clochait et l’empêchait de lâcher prise dans un oubli réparateur. Quelque chose qui le titillait, telle une alarme silencieuse mais bien réelle. Et l’esprit de Khyrra essayait de percer l’origine de ce danger, sans y parvenir, comme s’il était trop diffus, ou comme s’il semblait venir de partout à la fois.

Pour toute personne extérieure, comme Theo par exemple, Khyrra reposait sereinement dans son lit, pâle mais reprenant lentement des couleurs après la perte de sang pharamineuse qui aurait du la tuer. Theo la couvait d’un œil tout en conversant distraitement avec sa tante. Soudain Khyrra s’agita dans son sommeil, ses mains se crispèrent sur les draps alors qu’elle gémissait doucement. Cela dura plusieurs minutes et aurait pu passer pour un simple mauvais rêve. Aurait pu…

Avec un hurlement aussi soudain qu’horrible, la sacri se cambra brusquement à s’en briser la colonne vertébrale, ses mains griffant les draps comme autant d’ennemis invisibles. Son cri mourut mais elle resta parcouru de spasmes violents. Theodred ne réagit pas au grand cri de sa mère, il se contenta de la faire s'allonger et lui appliqua une douce pression pour calmer ses spasmes.

- Calme toi, il n'y a rien... enfin je crois.

Une étrange sensation envahit le corps de Theodred, son échine de mort vivant éveillé lui disait que de la magie noire était à l'oeuvre ici, mais il doutait de l'affirmation, étant lui même un réceptacle de magie noire sur pattes. Il y avait de fortes chances pour que sa perception soit erronée.

- Je suis fatigué moi.

C'est un Theodred à bout de nerfs (car un vampire n'est pas fatigué physiquement) qui s'assit et but une fiole de sang de phénix, tout en restant concentré sur sa mère qui rêvait de choses horribles...

 

Du corps tout entier de Khyrra s'élevait des volutes d'essences et de couleurs vives, qui serpentaient et dansaient, virevoltante. Le courant les amenaient à elle, la noyait de son flot. Tayuuya, l'âme collée au mur, sentait s'infiltrer dans son dos les essences, récupérées par le motif dessiné par Sacrieur. Tayuuya regardait, au comble de l'horreur, les forces vitales de sa soeur la quitter; utilisée par sa catin de mère pour faire d'elle un ... artefact de déesse.

- Théo ... réagi ... tu devrais le sentir, tu devrais le réaliser ... Ta nature te permet de déceler les incantations ... Fais quelque chose ...

Tayuuya se sentait totalement impuissante, livrée aux sévices de sa demi-mère. Immobilisé, son âme était entraînée de force dans un tourbillonnement de douleurs morales. Elle ressentit chaque instant de souffrance qu'avait vécu sa soeur ... La rupture avec Perce, la mort de son père ... le choc des révélation du cimetière ... la traîtrise qu'elle-même lui avait infligé en s'enfuyant comme une lâche. Khyrra hurla, a un tel point que Sacrieur sursauta ...

- Hé ben ... quelle aboyeuse celle la ..., se tournant vers Tayuuya, j'aurai préféré que ça soit calme et tendre comme moment ... mais on ne peut pas tout avoir je crois ... aller, terminons ton ascension...

Sacrieur laissait paraître une joie enfantine. Elle était au comble du bonheur, tenant la gorge de Tayuuya d'une main, l'autre tendue en direction du corps de Khyrra qui perdait de plus en plus d'énergie. Tayuuya réalisa alors un détail, qui pourrait avoir son poids. Elle n'entendait, ne sentait, ne percevait plus aucun élément du monde extérieur, à part ce qu'elle en voyait et en touchait. Aucune odeur, aucun son ne lui parvenait, sur ses  cinq, l'odorat et l'ouie avaient disparu. Elle voyait sa copie remuer les lèvres, mais ne l'entendait pas, Théo répondre, sans émettre le moindre son. Mais le cri de Khyrra avait été parfaitement audible.

- Si tu es reliée d'une façon ou d'une autre à cette scène, Khy ...

 

Dans son esprit mourant, Khyrra perçut une présence familière : Tayuuya. Sans comprendre, elle se retrouva projeter dans le plan de Sacrieur, à l’état d’une émanation spirituelle reliée à un corps terrestre. Tayu se trouvait devant elle, Sacrieur entre elles deux et un flux d’essence jaillissait de son corps inconscient. La déesse savourait son triomphe.

- Enfin ! L’heure est enfin venue ! Tout ce temps n’aura pas été vain, ni cette comédie au près de cette chère Shaela, si simple à abuser… C’eut été trop difficile de faire tenir une essence d’une telle puissance dans un seul corps, la chair humaine est bien trop faible pour endurer cela. Alors je l’ai séparée en deux, dans deux carcasses différentes : une pour l’esprit à proprement parlé, l’autre pour sa puissance. Et cette pauvre femme si heureuse d’engendrer deux filles ! Quelle niaise… Maintenant, il est tant de vous réunir en un tout unique !

Sacrieur se tourna vers Khyrra, un sourire mauvais sur les lèvres. Cette dernière perçut clairement que la déesse prenait un réel plaisir à cet instant.

« Aujourd’hui, je vais payer pour mes années de rébellion… »

- Et que le pion soit sacrifié au service de l’esprit ! Khyrra ton destin s’arrête ici, tu as acquis la force nécessaire, ton devoir est accompli malgré toutes tes vaines tentatives d’esquive. Soit gentille et sacrifie toi une dernière fois pour ta sœur, qu’elle connaisse sa gloire véritable !

Khyrra sentait son énergie vitale s’amenuiser de plus en plus vite, comme si le flot s’accélérait en même temps que la frénésie de Sacrieur. Bientôt elle n’aura plus la force de résister et alors la déesse pourrait s’emparer de son âme et de son essence spirituelle et les broyer à tout jamais afin d‘alimenter son rituel. Khy avait beau être prête à faire n’importe quoi pour sa sœur, mourir y compris, mais elle n’en était pas arriver au point de se sacrifier non plus à ce point, surtout que cela allait contre la volonté de sa sœur.

Il fallait arrêter le rituel, mais comment ? Comment lutter contre une déesse ?

- Votre petite engueulade a parfaitement servi mes objectifs : l’acceptation de vos rôles à toutes deux, et surtout votre affaiblissement suffisant pour que j’ai entière main mise sur vous. Theodred est un bon garçon, on voit de qui il tient. Khyrra, je n’imaginais pas que ton fils me soit aussi utile ahaha ! Sans ses blessures qu’il vous a infligé, jamais je n’aurais pu établir ce lien avec vos résistances physiques intactes.

La résistance physique… C’était la clef, la magie du sang était directement liée à la vie des gens, sans vie, il n’y avait rien à faire. Seulement, de la vie, il ne lui en restait plus beaucoup, plus assez en tout cas… A moins d’aller en chercher ailleurs !

Sur le plan matériel, Khy dériva sa dernière étincelle d’énergie pour lancer deux sorts :

#Attirance#

- Pardonne moi mon fils…

#Folie sanguinaire#

Theo se retrouva dans le sbras de sa mère et le sortilège arracha une grand epartie de sa vitalité pour la transmettre à Khyrra. Cela suffit pour affaiblir quelques secondes l’emprise de Sacrieur, et le flot d’essence alimentant la glyphe emprisonnant Tayuuya se brisa momentanément.

- Brise le seau ! Un glyphe n’agit qu’en étant intact, lave le sang !

 

Tayuuya saisi de ses deux mains le bras de Sacrieur. S'arc-boutant de tout son être autour de son bras, elle libéra son sort, de toute la surface de son dos.

#ASSAULT#

Ses jambes et sa nuque se tendirent au point de se rompre. Le sortilège, au contact du sang, créa un vrombissement chaotique de multiples courants d'air contradictoires. L'effet fut radical, le tapis de sang explosa, traversant les corps astraux de Tayuuya et de Sacrieur, éclaboussant jusqu'au lit de Khyrra, rajoutant une teinte vive à la peau de Theodred.

- Mais ... SALE PETITE GARCE !!

Le motif de Sacrieur avait disparu, son étreinte sur l'âme de Tayuuya commençait à se faire moins forte. Tayuuya balança légèrement du buste, et saisit Sacrieur par la taille à l'aide de ses hanches. Se battre avec un corps astral était très perturbant. Utilisant le filet résiduel qui la reliait encore à Khyrra, Tayuuya libera totalement l'essence de Sacrieur, la mêlant à celle de sa soeur, mixant puissance et potentiel. Pendant quelques secondes, elles ne furent à la fois deux êtres distincts, et à la fois cette chose que Sacrieur avait voulu créer pour combler sa solitude. Une chose que Sacrieur ne pouvait plus contrôler.

Guidant cette être indescriptible dans lequel Tayuuya se fondait avec sa soeur, consciente de réaliser par la même quelque chose qui s'approchait dangereusement du résultat désiré par sa déesse, elle entreprit de combattre Sacrieur. Elles l'envoyèrent valser à l'autre bout de la pièce d’une seule main. Le corps astral de Sacrieur était affaibli, aussi il était simple pour Tayuuya d'utiliser l'enchantement que Sacrieur venait de laisser deviner, sans risquer de perdre leurs personnalités à toutes deux. Il était de plus sécurisant de contrôler son mouvement, au lieu de se laisser gouverné par lui.

Les gestes de cet être étaient imperceptibles. Chacune à sa place, Khyrra et Tayuuya, restaient distinctes malgré cette sensation intensément fusionnelle. Elles étaient toutes deux à la fois elles-mêmes, et à la fois cette chose incomplète qui se déchaînait sur la déesse.

Sacrieur ne pouvait trouver la force de répondre, ballotté à travers la pièce par de simples bourrades lancées au hasard par l'esprit de Tayuuya. Petit à petit, sa magie s'affaiblit, sa présence se fit moins perceptible ...

Tayuuya sentit également ses forces s'estomper, comme si une réalité s'effaçait au profit d'une autre. Khyrra sembla s'éloigner d'elle, un peu comme un sentiment disparaissant peu à peu de votre être à cause du temps qui passe. Ses jambes lâchèrent lorsqu'elle réintégra son corps, elle s'écroula de tout son long sur le sol, à deux pas du lit de Khyrra, où un Theodred encore quelque peu secoué, et halluciné, commençait tout juste à comprendre l'enjeu de la bataille qui venait de se dérouler.

- Pourquoi ... pourquoi luttez-vous ainsi ... pourquoi dois-je subir ... pourquoi est ce je dois payer ma compassion par tant de rejet de ma propre chair ...

Le cri de Sacrieur mourut comme son âme avait disparu, comme l'artefact de Tayuuya avait quitté le corps de cette dernière.

Tayuuya rencontra chez sa soeur le même regard, témoin d'une prise de conscience au paroxysme des pires peurs imaginables. Elles n’avaient pu qu'esquisser cette chose que Sacrieur désirait créer, rendant son existence temporaire, sans risquer d'y perdre leurs deux personnalités. Mais cette chose avait été capable de battre un Dieu.

 

- C’était quoi ? Ce… pouvoir, cette fusion ? C’était ce qu’elle voulait n’est-ce pas ? Tuas… trouvé comment me sauver ?

Khyrra fixait sa sœur avec un mélange de surprise intense, d’incompréhension et de gratitude.

- On a… gagné ? On est… en vie ?

Malgré le retour à la réalité, dans sa maison bien tangible, et furieusement bordélique, Khyrra n’arrivait pas à croire qu’elles aient pu s’en sortir. L’effet de la folie sanguinaire s’amenuisait et les blessures et la souffrance reprenaient leurs droits. La sacrieuse sembla alors remarquer qu’elle tenait toujours Theo entre ses bras, comme lorsqu’elle l’avait attiré pour voler sa vie et les sauver tous.

Elle sourit légèrement et caressa ses cheveux, comme elle avait pu le faire des années plus tôt pour le réconfortait lorsqu’il se blessait. Il se remettrait du sort, Khyrra n’avait pas été en mesure de lui porter une attaque mortelle et sa nature de vampire le mettait à l’abri de ce genre de désagrément. Un instant, la sacrieuse se demanda ce que cela allait lui coûter cette action désespérée, si la non-vie d’un vampire était sans danger, mais elle chassa vite cette préoccupation mineure.

- Merci Theo… Je me sens si… faible…

 

Theodred, surpris du sang noir qui avait quitté son corps, regarda sa mère bizarrement.

- Il s'est passé quoi là au juste ?

Chez un mort vivant, ce qui anime le sujet de sa force vitale eh bien... il n'y en a pas, impossible donc d'y puiser. Mais cet état de fait avait crée de l'énergie magique résiduelle, phénomène étrange chez un vampire normal, mais Theodred n'étant pas un vampire normal, ce phénomène était à craindre, celle-la même que Khyrra avait utilisé pour tenter de le pomper.

- Euh, rassure-moi, tu n'as pas tenté de boire mon sang ?

Il se concentra, et utilisa son sang pour se remémorer des milliers d'années de vie d'autres vampires l'ayant précédé. Des visions cauchemardesques pour certains, il y vit une osamodas vampire tenant des milliers de fidèles en laisse, puis sa vison se cadra sur les fidèles, des cadavres décharnés, de toutes races, aux vêtements vieillis et pourris, mais aux muscles saillants.

- Ahjia... Oh non.

Theodred sentit les forces de sa mère venir en lui. Le courant ne cessa pas, si il ne faisait rien, Khyrra serait bientôt une goule à son service.

-
Maman, ce que je vais faire, je le fais pas par besoin, pas par plaisir, mais pour t'éviter que tes organes internes fondent, que tu perdes tes cheveux, et que tu deviennes, en théorie une bête à mon service, me suivant pour se nourrir de la viande exsangue que je te donnerai... une goule, chargée en théorie de me protéger le jour. Tayuuya, dans ma sacoche sur la chaise, il y à deux fioles, passe-moi la rouge quand je te le dirai, si tu réagis trop tard... eh bien... réagis quand il le faudra.

Dans un mouvement vif comme l'éclair, Theodred planta ses crocs dans sa mère pale comme la mort, et absorba son sang. La morsure vampirique a cela de bien qu'elle isole les deux esprits dans une temporalité infinie, sans les déconnecter de la réalité. Khyrra n’eut pas le temps de comprendre et encore moins celui de réagir ; elle sentit seulement la morsure lorsque les crocs de Theo percèrent sa gorge. Dans la fraction de seconde suivante, elle tenta de se débattre avant d’être réduite à l’impuissance.

- Theo… ne fais pas ça…

Ce fut tout ce qu’elle put articuler tandis que Theo vidait son corps de son sang. Passée la morsure, elle ne ressentait plus aucune souffrance, mais plus la fuite du fluide vital. Lorsque son cœur abandonna le combat et cessa de battre faute de sang à pomper, elle ne se sentit pas non plus passer de vie à trépas. Tant que Theo se repaissait de son sang, il retenait son esprit prisonnier, même si elle était physiquement morte. Et c’est avec une horreur infinie qu’elle avait assisté à cela sans rien pouvoir faire pour l’en empêcher.

« Comment as-tu pu me faire ça ? Tu tiens donc tellement à te venger pour me condamner ainsi ? »

Theodred faisait au plus vite pour provoquer la mort artificielle de sa mère, et ainsi couper le lien de noire vassalité, car telle est le terme lorsqu'un vampire donne son sang à boire à d'éventuels fidèles. Et dans une scène intemporelle, Theodred s'excuse pendant des mois entiers d'avoir fait cela... Et dans la réalité, un Theodred, une lueur de fauve dans le regard, absorbe la dernière goutte de sang de sa mère, avant de se contrôler et de s'écarter en hurlant, la bouche pleine de sang.

- VERSE LA FIOLE !

Avachie sur le sol, les muscles totalement relâchés, comme si son corps avait été dépourvu d'une ossature architecte, Tayuuya entendit les avertissements du sacrieur vampire.

- Il doit ... savoir ... ce qu'il fait ...

Tayuuya savait deux choses à propos de Théodred : qu'il rêvait de boire son sang jusqu'à la dernière goutte.., et que jamais, oh! non, jamais il ne permettrait que sa mère ne trépasse ou ne subisse le même destin que lui. Elle rassembla ses dernières forces, refoula jusqu'aux abîmes de son âme le spectacle de Theodred mordant sa soeur ... et saisit la sacoche d'une main tremblante ...

Elle finit par y découvrir deux fioles de couleur, laissa traîner un regard curieux sur la première, tout en saisissant la rouge avec fermeté. Elle la déboucha dans la continuité de son mouvement, et s'approcha titubante du lit, tandis que le cri de Theodred la pressait. Elle laissa un fin coulis se répandre dans la bouche de Khyrra, et attendit, le bras fébrile, que le contenu tout entier de la fiole ne se soit versé dans la gorge de sa soeur. Une fine goutte coula de la commissure des lèvres de Khy, descendit en courant le long de sa joue, pour aller mourir en une auréole sur l'oreiller de plumes de kwak des glaces de la crainte sacrieuse.

 

Tayuuya versa le contenu de la fiole dans sa bouche, mais cela, elle ne le vit pas, trop bouleversée par cet avenir qu’elle entrevoyait. Il fallu quelques secondes à la potion pour faire effet et arracher brutalement Khyrra à la relative sérénité de l’esprit et l’expédier à nouveau dans le dur monde physique avec toutes ses vicissitudes.

Khyrra ouvrit les yeux soudainement, comme pas un retour miraculeux à la vie, vu que c’était le cas il faut dire. Vivante, mais mal en point. La potion l’avait rendue fiévreuse et lui laissait une sensation de brûlure dans les veines, le temps que son corps refabrique du sang. Sa respiration était sifflante, et chaque inspiration la mettait à la torture, comme si des milliers d minuscules aiguilles déchiquetaient ses poumons à chaque souffle.

« Est-ce que c’est ça la douleur de la transformation ? Oh non, je ne veux pas devenir un monstre… »

La douleur faisait perler de la sueur sur son front, la sacrieuse aurait donné n’importe quoi pour retrouver le confort relatif de l’inconscience… ou de la mort. Khyrra fixait sa sœur et son fils d’un regard insistant et implorant. Sa voix n’était rien de plus qu’un mince filet rauque à peine audible.

- Par pitié, achevez moi ! Je ne veux pas d’une éternité de mort vivant !

 

Le regard de Tayuuya passa de Khyrra à Théo, puis revint sur Khyrra. Elle caressa légèrement le front de sa soeur et enleva rapidement sa main : il était brûlant.

« Est ce que ce foutu cadavre ambulant savait un tant soit peu ce qu'il faisait? »

Le regard de biais qu'elle lui jeta était chargé d'accusation. Le vampire, repu, ne détachait plus ses yeux de sa gorge désormais, comme en prévision d'un futur repas.

Tayuuya serra les mains de Khyrra dans les siennes. Sa soeur n'arrêtait pas de se convulser, criant et réclament encore et encore qu'on l'achève sur l'instant. Un furieux combat semblait prendre place dans son corps, le sang de phoenix luttait contre les enzymes vampiriques, et la chaleur qui en résultait semblait consumer le corps tout entier de Khyrra. Tayuuya ferma les yeux, inspira profondément, et chercha au plus profond de son âme l'image la plus complète qu'elle pouvait saisir de Kharasu.

« Kharasu ... Kharasu .... Saloperie d'Eniripsa à la manque! »

« Quoi? Quoi? Tu nous dérange en pleine… heu ... conversation avec Gritche ... » 

« Ne commence pas à entrer dans des délires, eni, je suis dans une sale situation ... très sale ....J'ai besoin de tes services ... et VITE ... »

Tayuuya essaya de visualiser mentalement avec la plus grande précision la scène qu'elle vivait, afin de mettre l'éniripsa au courant des problèmes qui l'attendaient.

« OK ! Je fonce chez toi, je récupère le maximum de matos pour préparer des Raide Boule ... Tu lui as donné quoi? »

« Sang de Phoenix »

« Pas malin, le sang de Likorne est mieux, préparer évite l'échauffement ... je suis la dans 346 secondes ... »

De nouveau en contact avec l'univers qui l'entourait, Tayuuya s'aperçut avec horreur que Khyrra ne bougeait plus, livide.

- Khy! Khy!

Elle la gifla à deux reprises, mais le corps de la sacrieuse demeura inerte.

- Merde, merde, merde ....

- Arrête de dire n'importe quoi, et écarte-toi ...

Kharasu avait débouler dans la pièce sans que personne ne le remarque.

- T'as fait vite

- Alexiel était chez toi, elle avait du stock en réserve ...

Le petit eniripsa sorti plusieurs fioles de sa sacoche. Il vida la première à même le corps de Khyrra, inondant son lit.

- C'était..?

- Potion de tzunami .... C’est pour rafraîchir son corps... t'es vraiment une merde comme alcho, toi ... tu ne connais pas ça?

L'eniripsa passa sur le lit, se plaça à califourchon au dessus du corps de Khyrra ...

- Tiens lui la tête ... voila ... penche la en avant ...

Tayuuya s'exécuta et regarda l'eniripsa vider le contenu d'une fiole dans la gorge de sa soeur, puis d'un seconde de teinte ocre.

- Bien dit l'eni en descendant du lit, je laisse la sacoche.

Il posa la sacoche, pleine de fiole de Raide Boule, au pied du lit.

- Il lui est arrivé quoi au juste?

- Oh! Rien de bien méchant, Théo ici présent, désignant Théodred, l'as poignardée, Sacrieur a voulu l'achever et Théo en a remis une couche en vidant le contenu de ses veines ...

L'eni resta bouche bée, des yeux ronds braqué sur le vampire ...

- Bon, ben je vais vous laisser, j'ai une xelorette qui boue a la maison ...

Aussi discrètement qu'il était apparu, l'eniripsa disparu de la pièce, laissant Théo et Tayuuya seuls face à une Khyrra qui reprenait lentement quelques couleurs, mais perdit légèrement conscience, suite à l'accès de fièvre.

- Ne panique pas... elle est déjà guérie, c'est plus dur de regagner vite des forces que d'en perdre vite. Ce qui peut aller plus vite pour la guérir, c'est ça.

Theodred bougea et ramassa un petit sac, de couleur vive, il regarda ce qu'il y avait à l'intérieur. Il soupira en versant sur le lit ce qui fut de superbes bonbons de la foire du trool, et qui n'etaint plus qu'un tas de bouts de bonbons.

- J'ai du la saigner car mon sang en elle, c'était comme de la mort aux rats... et ce que tu lui as fait boire est du sang de phénix grand cru. Elle sera sur pied d'ici deux heures, car je vais la réveiller.

Theodred ouvrit délicatement la bouche de sa mère et y glissa ce qui avait été un bonbon tofu. Le sucré ayant un goût agréable, il aiderait à ramener Khyrra à la conscience. Theodred caressait les cheveux de sa mère et ne put s'empêcher de pleurer.

- Elle... est si belle quand elle dort... J'ai... pas pu faire autrement... T'en fais pas Tayuu, je... je vais la ramener.

Theodred se concentra, le fait qu'il ait bu le sang de sa mère lui permit d'entrer dans son rêve d'inconscience.

"Je ne veux pas être une morte vivante"

Theodred apparut à l'esprit de Khyrra, flottant sur les brumes de l'inconscience. Il la releva, pour la mettre debout sur un tapis de brume.

-
Je sais ce que tu vas me dire, que je suis qu'un raté de mort vivant, mais j’ai une bonne nouvelle pour toi, tu es vivante, et totalement, je t’ai vidé de ton sang pour enlever la toxine que tu as prise pour sauver Tayuu et qui est par nature dans mon sang et je t'ai donné un élixir de ressurection, du sang de phénix de grand cru, que j'utilise pour me balader le jour. Tu devrais t'en tirer, maman.

Il lui tapa sur l'épaule et s'inclina pour s'excuser.

- Ah oui, j'étais venu pour te... souhaiter une bonne fête des mères. Quand tu seras rétablie, on ira rire un peu, avec Tayuuya si elle veut. T'es la meilleure, maman, j'aurais voulu être comme toi.

Il disparut de l'esprit de Khy, et ils reprirent conscience tous deux. L’incendie provoqué par le sang de phénix avait eu raison de sa résistance et Khyrra tomba dans le coma. Sans l’intervention de Kharasu, le remède aurait consumé ses dernières forces et l’aurait achevé, exauçant ainsi son dernier souhait. L’imisciation de son fils dans son esprit ne lui laissa pas de souvenir lorsqu’elle émergea.

- Fête de quoi ?

Seuls ces mots restaient gravés de sa rencontre inconsciente avec Theo, le reste n’était plus qu’un rêve déjà oublié. Le sucre du bonbon avait quelque chose de très agréable après la torture infligée par le sang de phénix, mais au moins était-elle vivante et plus en danger de se transformer en monstre assoiffé de sang. Elle ne souffrait plus, ou du moins à un niveau qu’un sacrieur ne considère pas comme une douleur véritable, mais une grande fatigue s’installait.

Khyrra regarda Theo puis Tayuuya, avant de revenir à Theo.

- Theo, sois sage avec ta tante.

Khyrra sourit et ses yeux se fermèrent lentement sur le monde environnant, sur la vision d’une Tayuuya rassurée. Ce fut un long sommeil sans rêve, uniquement dédié à la récupération physique.

C’est un rayon de soleil insistant qui la tira de son repos réparateur. Elle s’éveilla lentement, contrairement à son habitude de bondir aussitôt du lit, et regarda ce qui l’entourait. La maison sentait le propre et le frais, le bazar du combat avait était rangé et le sang nettoyé, Tayu et Theo discutaient à voix base à l’autre bout de la pièce.

Elle hésita une fraction de seconde entre se lever ou rester couchée. Oh et puis, un peu de flemmardise n’avait jamais fait de mal à personne, surtout pas après avoir échappé à la mort 3 fois en une soirée. Elle se contenta donc de s’enfoncer un peu plus dans l’oreiller et d’écouter distraitement leur conversation. Theodred était assis sur un fauteuil, dans l'ombre, seuls ses yeux brillaient, fixant Tayuuya. Il rompit le silence.

-
Des qu'elle sera réveillée, j'ai une activité à lui proposer. Du genre grosse baston, grands dangers. Mais, cela nécessite de me faire confiance.

Il haussa les épaules.

-
Je suppose qu'elle doit avoir confiance en son fils unique.

 

- Théodred, la confiance ... on peut te l'accorder facilement ... mais lorsque tu la perds ... il devient très difficile de la récupérer ...

 

- Ma mère a vu ses erreurs, mais ce n'était pas entièrement de sa faute. Quand à te faire confiance, en effet, c'est dur, étant donné que tu as directement prouvé ton amitié envers moi, en me tuant de sang froid.

 

Une ondulation parcourut l'échine de Tayuuya. Quelque chose de refoulé, d'enfoui voulu se frayer un chemin aux travers de multiples barrières érigées dans son esprit.

- Tu es encore plus fou qu'immonde Théo, quel est ce fantasme débile que tu me sors aujourd'hui? Tu ne pense pas avoir déjà causer assez de remue ménage? Tu as poignardé ta mère !! Et tu parles de confiance ! Tu m'as agressé !! Et tu lances des accusations aussi stupides qu'infondées ...

 

- Tu as la mémoire courte, ma chère Tante.

Theo avait prononcé cette phrase avec dégoût.

-
Tu m'as tué, je me suis laissé faire, un jour, dans l'arène de Bonta, souviens-toi. Et qui es-tu pour me dire quoi faire ? Si je ne m'étais pas défendu vous m'auriez tué de sang froid ! Si je suis fou et immonde, tu es sotte et irresponsable, incapable de sortir des jupes de ma mère, toujours à couiner pour demander son aide.

Il sourit.

-
Mais au moins, tu es franche.

 

- Une arène ..? Théo ... je n'ai jamais mis les pieds dans une arène avant ta mort ... De plus, tu sembles oublié que j'étais démone à cette époque ...

Tayuuya avait beau se sentir dans son bon droit ... quelque chose la tourmentait, une voix, une sensation qui dansait dans son esprit, cherchant par ses répugnantes caresses à se révéler à ses yeux.

- C'est pour cette raison que depuis tout ce temps tu fais une fixation sur moi? Que tu cherches depuis tant de temps le moyen, avec cet imbécile de iop qui te sert de père, à m'humilier, à me vider de mon sang de sacrieur?

 

- Tu n'es pas de taille à insulter mon père, il pourrait te tuer très facilement. Alors, garde-toi de celui que tu insultes.

Il rit.

- Mais c'est vrai qu'il est très con, ceci dit. Oui, c'est pour ça que je te traque, pour voir la peur sur ton visage, te voir me supplier.

Il sourit sinistrement.

- Mais j'ai eu ma part de sadisme, je t'ai poignardée et molestée à mon goût, donc nous sommes quitte.

 

- Ce que tu prend pour de la peur Théodred, n'est qu'un profond dégoût ...

Tayuuya ressentait cependant une gêne, une sensation désagréable ... pas de la peur, non ... ni du dégoût comme elle voulait le faire croire. Cette sensation glaçait son échine et lui provoquait des sueurs froides.

- Je ne pourrais donc jamais arriver a te raisonner ... jamais je ne ferais ressortir de toi ce petit...

Tayuuya réalisa avec effroi qu'elle n'avait conservé aucun souvenir de Théodred étant enfant. Plus rien ... la seule image qu'elle avait de lui ... c'était cet être aux yeux vides et à la peau blanche ...

- Jamais ...

Le son mourut dans sa gorge, elle cru entendre sa soeur émettre un léger grognement, et son attention se porta vers le lit.

 

Khyrra avait suivi avec attention tout l’échange, sans trop comprendre il faut le dire.Deq uoi parlait Theo ? Tayuuya n’avait jamais mis les pieds dans une arène avant que sa sœur ne l’y traine de force, quand à attaquer Theo à l’époque dont il parlait c’était encore plus improbable. A vrai dire, il n’y avait que peu de temps que Tayu était devenue autonome, assez mature et sûre d’elle pour se balader sans la surveillance de sa sœur. Un sacré soulagement pour celle-ci d’ailleurs, qui avait commencer à se demander si son propre fils ne serait pas adulte et indépendant avant sa tante.

Elle voulut se redresser pour s’asseoir plus confortablement, se demandant lequel des deux allaient craquer avant l’autre et attaquer en premier. Mais elle eut à peine esquissé son mouvement que vrille de douleur naquit dans sa poitrine et la fit retomber sur son oreiller. Ressuscitée ne veut pas dire en pleine forme… Les coups de poignards étaient guérir en apparence mais la chair avait encore besoin d’un peu de temps pour se remettre complète.

Cependant, son grognement de douleur avait attiré l’attention sur elle et interrompu cette si passionnante discussion.

- Theodred, ça n’est pas bien de parler ainsi de ton père ! Tu lui dois le respect !

Fit-elle d’un ton faussement sévère.

- Même s’il est vrai qu’il est particulièrement con et que je donnerais cher pour lui flanquer une raclée une bonne fois pour toute pour tout le mal qu’il m’a fait.

Elle marqua une pause puis changea de sujet.

- Puisque je vous ai tous les deux sous la main et que je vais visiblement restée clouée au lit pendant un moment, nous allons pouvoir mettre à profit ce temps libre pour parler. Parler d’avenir et de Sacrieur.

 

Les sensations désagréables que Tayuuya avait ressenties quelques secondes auparavant avaient disparues. Les remarques perfides de Théodred étaient loin, très loin, et Tayuuya s'était focalisée sur le réveil de sa soeur.

- Tu t’es finalement réveillée...

Si Tayuuya s'accordait aisément aux remarques strictes que sa soeur pouvait régulièrement prononcer, se sentir incluse par sa dernière remarque ne lui plaisait pas.

« Elle semble encore et encore me prendre pour sa fille ... J'ai l'impression d'être mise au même rang que celui la ... »

Son regard traîna sur la peau blanche de Théodred, puis sur le lit dans lequel sa soeur l'observait, dardant des yeux de félin sur son visage.

« On dirait qu'elle essai de lire en moi ... que cherche t-elle donc encore a savoir? »

- Parler d'avenir ... avec lui ça risque de durer assez longtemps ... une éternité même ...

Tayuuya esquissa un sourire narquois à l'attention de Théodred. La conversation lui avait donné un arrière goût de cynisme qu'elle comptait faire ravaler à son neveu. Elle se tourna vers Khyrra, étendue, attendant une remarque désobligeante en soutien ...

 

- Remarque, c'est bien, tu te sens élevée de derrière les jupons de ma mère.

Theodred imita la voix d'une fillette et fit la mimique d'une fillette terrifiée.

- Oh soeurette, je ne pense pas que nous arriverons à battre cet animal terrible, ce prédateur, ce tueur ! Le tofu va nous massacrer ! Non, Khykhy, je m'habille pas comme toi pour te ressembler, juste que je sais pas du tout évoluer dans le monde sans un repère que je peux copier, mais je suis une grande sacrieuse, vi vi. Mais tu peux me tenir pour que je fasse pipi s'il te plait ?

Il rit sans retenue.

- Tu te remets bien de ta mort artificielle môman ? Pour ce qui est de l'avenir, le proche, j'ai une petite idée déjà.

 

- Theo... Tu lui dois autant le respect qu'à moi même, alors arrête.

Sa voix était fatiguée, lasse, et pas seulement par ses blessures, mais aussi de voir que ces deux-là toujours en train de se chamailler. Tout cela lui semblait soudain si vain... Mais ça ne l'empêcha pas de tiquer sur le terme de "mort artificielle".

- Hum, tu m'as tué deux fois, en me poignardant et en me vidant de mon sang. Et Sacrieur a failli me détruire définitivement. Ca commence à faire beaucoup de mort en très peu de temps pour moi. D'ailleurs, en parlant de Sacrieur, il est temps que tu sois mis au courant. Maintenant qu'elle a découvert tes capacités de... nuisance, il est fort probable qu'elle s'intéresse à toi de manière plus approfondie.

 

Tayuuya s'appretait à sauter à la gorge de Théodred, lorsque Khyrra repris la parole. Elle refreina ses pulsions, et retrouva son sang froid. Il en incombait à elle, et à elle seule de ne pas se laisser aller à ce genre de spectacle ... La journée avait été assez chargée en tension comme cela. Elle répondit d'elle même à Theodred, avec sérénité :

- Je pense que la chose la plus importante à faire actuellement, c'est de trouver un moyen de nous protéger tous les trois contre Sacrieur. Je n'aurai jamais imaginer jusqu'ou irait son délire ... mais je pense que des millénaires de souffrances ont du la rendre folle ... Pour ce qui est de toi Théodred, si tu as une idée, et bien tant mieux, pour ma part je compte me rendre le plus vite possible au Temple Sacrieur. Tant qu'aucune prêtresse n'aura été désignée, il devrait m'être possible de consulter leurs écrits sans trop de difficulté. J'y trouverai sûrement des informations sur une méthode quelconque pour te ramener à la vie ... Et probablement d'autres choses également ...

 

Khyrra coupa sa soeur dans son élan.

- Avant de vouloir changer le monde, je voudrais déjà que nous expliquions à Theo ce qu'il en est, ce qui l'attend, d'où il vient et quelle calamité s'abat sur nous. Qu'il comprenne enfin que ça n'est pas un jeu...

Elle marqua une pause avant de reprendre, l'air grave et sérieux.

- Tayuuya et moi même sont des jouets entre les mains de Sacrieur, des outils destinés à créer quelque chose de supérieur, même si nous ignorons quoi. Tayu est l'essence même de cette chose, je ne suis que le réservoir d'énergie et de puissance brute destiné à être sacrifié au cours de l'opération. En héritant de mon sang, tu as obtenu une infime fraction de ce pouvoir, il se peut donc que Sacrieur veuille également te détruire.

 

- C'est donc a moi de te mettre au courant Théo ... Bien avant notre naissance, Sacrieur a passé une pacte avec notre mère ... Ta grand-mère, Théo, ne pouvait pas avoir d'enfant, et l’implorait régulièrement de la soulager de cette souffrance. Sacrieur décida de lui répondre et lui offrit deux naissances : la première devait être l'enfant de ta Grand-mère, la seconde, celle de Sacrieur. Il arriva ce qui avait été dit, ta mère naquit la première, et Sacrieur insuffla en ta Grand-mère une partie de son essence pour me donner naissance. Ce que nous ignorions jusqu'à aujourd'hui, c'est que le but de Sacrieur était tout autre. J'ai toujours une grande part d'humanité ... je n'ai rien a voir avec une déesse, mais je recèle en moi l'essence même de Sacrieur, une essence qu'elle veut libérer, en utilisant la vie de ta mère à cet escient.
Ton intervention aujourd'hui est loin d'être fortuite, les accusations que tu lances à mon égard, cette envie farouche de me tuer ... je me demande si tout cela ne fait pas partie de ses plans ... Si Son but n'est pas de provoquer une situation propice à l'émergence de sa Création.
Sacrieur joue avec nous ... Elle me fait croire qu'elle m'aime comme sa propre fille ... pourtant elle me balance d'un heurt à l'autre, se délecte de nos conflits familiaux comme d'une bonne histoire à suivre, épisodes par épisodes ...
Ta mort fait partie de ces choses suspectes ... serait-il possible que ma main ait été celle qui te porta le coup fatal? A mon insu?
Il existe dans les archives du temple les récits d'un antique rituel de possession, que Sacrieur utilisa pour endurer les souffrances de ses premiers fidèles. Notre Sacrifice d’aujourd'hui découle de ce rituel, modifié et atténué pour ne plus permettre à son utilisateur de contrôler le corps d'autrui. Je veux y jeter un oeil, afin de savoir si j'ai pu être utilisée contre toi ...

 

- J'ai longtemps pensé que Sacrieur était responsable de ta mort, afin de me priver de ce qui m'était cher, comme une vengeance pour toutes les fois où je l'ai renié. Que ta transformation en vampire était une manière de retourner le couteau dans la plaie et de me rappeler au quotidien mon incapacité à changer les choses...

Repenser à cette période de deuil et d'impuissance la faisait bien plus souffrir que n'importe quelle blessure physique. Elle n'avait pu s'empêcher de baisser les yeux en disant cela, comme un moyen de retenir ses larmes. Maintenant, elle relevait la tête en signe de défi.

- Mais aujourd'hui j'en viens à penser comme Tayuuya, qu'Elle a au moins quelques projets pour toi.

Khyrra soupira, avant de reprendre d'un ton acerbe et ironique.

- Il serait tellement plus simple de Lui céder, de tout laisser tomber. Après tout, qu'est-ce que de disparaître à jamais...

 

Tayuuya ramassa le sac d'ou cliquetait les multiples potions que Kharasu avait laisser derrière lui. Elle sortit une fiole qu'elle déposa sur le sol. Saisissant ses dagues, elle s'entailla profondément la main gauche, et remplit deux fioles de son sang. Elle en remit une à Théodred.

- Théo, je t'offre un peu de ce sang que tu désires tant boire, repais-toi. Je souhaite plus que jamais en finir avec ces querelles familiales infondées. Nous avons besoin d'être unis face à Sacrieur.

Elle déposa la seconde sur la table de chevet de Khyrra.

- Khy, garde précieusement cette fiole, si ce que je pense est juste, nous aurons besoin d'un peu de mon sang vieilli. Il me sera utile lorsque je reviendrais du temple.

Tayuuya resta un instant silencieuse, regardant tour à tour son neveu et sa soeur. Un courant d'air fit vaciller sa coiffe, qu'elle rajusta d'un geste simple.

- L'air ...

Elle se dirigea vers le poêle qui siégeait dans un des angles de la pièce, saisi un charbon froid et sembla réfléchir un instant.

- Le feu ... la terre ...

Elle s'approcha de la fenêtre et observa les canaux de Sufokia.

- L'eau ... A nous trois nous réunissons presque tous les éléments. Il nous faudrait un quatrième.

Tayuuya songea alors à Pécadille. Theodred absorba le sang de Tayuu avec un plaisir dissimulé, puis il regarda sa mère et sa tante, ayant un visage étonné. En effet, Theo luisait d'une aura bleue assez intense.

-
Beuh, qu'est ce qu'il y a ?

Theodred se regarda dans un miroir.

-
Ah, oui, en effet. J'ai également des aveux à vous faire. Et si vous ne vous trompez pas, je peux vous assurer que l'on va dîner en enfer sous peu. Quand y'a ça, ça annonce un danger imminent.

Il s'allongea à coté de sa mère, exhibant ses tatouages enflammés.

- L
e dieu Iop m'en veut également, plus que jamais. Vous allez vous dire, pourquoi Iop en voudrait-il à un sacrieur ? Eh bien, parce que je suis allé plus loin que le sang mêlé de base, trop loin au goût du Dieu. J'ai réveillé la puissance de mon sang Iop, mais je ne la contrôle pas, ce qui peut amener à ça. Le vieux m'a protégé jusque là, mais je ne peux pas rester derrière lui toute ma vie.

Theodred montra les blessures à la dague de sa mère.

-
Iop peut être très intelligent et pourrait s'allier à Sacrieur, qui, pour me contrôler, peut toujours venir, je n'ai ni dieu, ni maître. Je ne vénère pas ceux qui essayent de tuer ma môman.

 

Khyrra flanqua une giffle à son fils.

- Mais qu'est-ce qui t'as pris de vouloir réveiller ton sang minoritaire? Tu es un sacrieur! Tu n'as pas à vouloir développer un côté iopesque! Tu ne veux être qu'un bâtard toute ta vie?! Un batard iop/sacri en plus d'être un mort vivant!

Elle lui prit le visage à deux mains et le rapprocha d'elle.

- On ne joue pas avec les pouvoirs des races! On ne défie pas les autres dieux! C'est... MAL!!!

Elle revenait à de vieilles habitudes oubliées et sermonnait Theo comme elle l'avait fait quand il n'était qu'un petit garçon.

- Crois moi, Iop et Sacrieur se passeront bien de ton accord pour t'utiliser... ou nous tuer tous. Tayuuya, si tu veux bien attendre que je sois à même de me déplacer, je viendrais avec toi au temple, cela fait bien longtemps que je n'y ai mis les pieds.

 

Theodred prit un air piteux puis sourit.

- Quand j'étais encore vivant et seul, j'ai cherché un moyen de retenir ton attention, ok, j'ai joué avec le feu. Mais Iop ne me poursuit pas parce que j'ai tenté d'acquérir de sa puissance, mais parce que j'ai bel et bien réussi.

Il regarda sa mère et lui fit un câlin.

- Avec la vie dangereuse que tu menés, je pense qu'un peu plus de puissance pour te protéger ne sera pas de trop non ? Honnêtement, si tu avais la possibilité d'augmenter tes pouvoirs sans que l'effort demandé ne soit trop grand et en complément de ce que tu possèdes déjà, tu ne l'aurais pas fait ?

Il se leva et tira les rideaux.

-
Je resterai toute ma vie Theodred, fils de Khyrra, et fier de l'être, je vais venir avec vous au temple, si ça vous dérange pas.

 

Khyrra soupira : Theo était comme son père : omnibulé par la force brute et brutale.

- Je n'ai jamais, tu entends bien, jamais voulu ni même essayé d'obtenir encore plus de puissance que je n'en ai. Ma force au combat, je ne le dois qu'à mes efforts, pas à du bidouillage de facilité. Tout effort mérite récompense, et toute récompense ne doit venir que lorsque les efforts correspondants sont concédés.

La fatigue la reprenait, il lui fallait du repos. Elle se tourna sur le flanc, tournant le dos à son fils.

- Je ne veux pas de ton aide, j'ai assez de problème sans devoir risquer le courroux d'un dieu supplémentaire. J'irai avec Tayu au temple, et seulement avec Tayu.

 

 

Quelques jours s'étaient écoulés dans la paisible Sufokia. Tayuuya achevait de préparer un repas riche en viandes : steaks de crocodaille grillés, cuisses de tofus marinées et ragoût de kanigrou dégageait une odeur des plus alléchantes. Tayuuya connaissait le plus gros stress de sa petite vie. Chacune des recettes qu'elle tentait de réaliser à cet instant lui venait des petites fiches de cuisines de Gritche, véritable cordon bleu, ce qui était loin de s'appliquer à la jeune sacrieuse. Evitant par deux fois de laisser brûler un steack alors que son ragoût menaçait d'attacher, elle se rajouta le supplice de faire cuire le riz alors que la marinade appelait aux soins finaux.

- Bon voilà, c'est à peu près prêt.

Elle déposa une assiette de steaks grillés à point et les marinades de tofus.

- Attaque les marinades et les steaks, j’attends le riz pour servir le ragoût.

Khyrra avait beaucoup récupéré pendant ces six derniers jours, ses diverses blessures avaient cicatrisées, trônant désormais comme des marques de guerre sur ses flancs.

Un chaud fumet surnageait au dessus de la table. Tayuuya s'adossa à la fenêtre, à proximité des fourneaux afin de surveiller la cuisson du riz. Jouant avec un sachet elle lu la marque "Y'Akwad-Anlriz" et le slogan qui lui plairait toujours autant : " Pour un panda heureux et sobre".Le slogan a lui même pouvait s'assimiler à un repousse-panda des plus efficaces. De ce fait, très peu de panda consommait ainsi le riz d'akwadala, qui était entièrement voué à l'export.

- Haa! C'est prêt!

Tayuuya servi le riz accompagné du ragoût, fit une grimace en constatant que sa soeur avait dévoré la totalité des marinades et steaks sans lui en laisser, et attaqua tout de même son repas avec appétit.

- Pense tu qu'il est enfin temps d'aller au temple, Khy?

La sacrieuse dévorait son assiette sans répondre. Tayuuya, devant tant d'énergie, en conclut que oui.

- Je pense qu'on devrait se mettre en route dès demain matin, on a trop attendu

Tayuuya chercha à discerner une réponse entre deux mâchouillements khyrriens. Khyrra prit le temps de finir son assiette et de se resservir deux fois, allant jusqu’à lécher son assiette pour ne pas en perdre une miette, avant de donner sa réponse. Après plusieurs jours au régime bouillon, soupe, potage, ce premier véritable repas depuis lui faisait l’effet d’un festin de roi. Tayuuya s’était véritablement surpassée aux fourneaux pour une fois.

- Il y a du dessert ?

Elle adressa un sourire malicieux à sa sœur.

- Ne me regarde pas comme ça, je ne suis pas un monstre affamé. Tu verras toi aussi, quand tu auras passé presque une semaine à ne survivre qu’à base de nourriture moulinée ou liquide. Et tout cas, c’était vraiment délicieux.

Passé cet instant chaleureux, Khyrra retrouva son sérieux habituel, d’autant plus que le sujet de conversation lui laissait un goût de cendre dans la bouche.

- Le temple sacrieur donc…On ne va pas pouvoir y couper, même si y mettre le spieds me répugne énormément. Ca n’a beau n’être qu’un réseau de caverne sous une cascade, depuis que je sais pour Sacrieur et nous, j’ai peur.

Khyrra marqua un instant d’hésitation : reconnaître sa propre frayeur lui faisait un choc, jamais elle ne l’aurait admise auparavant. Les choses avaient décidément beaucoup changé en quelques jours…

- C’est stupide je sais, je ne suis prête à affronter n’importe quoi, mais Sacrieur me fout une trouble irrationnelle. Peut être parce qu’elle peut me tuer sans sourciller… voir m’anéantir sans retour possible. Et j’ai peur des projets qu’elle a pour toi. Je suis prête à mourir, il en a toujours été ainsi, mais je refuse qu’il t’arrive quoi que ce soit.

Elle soupira, il n’était pas dans sa nature d’être aussi défaitiste, mais elle savait reconnaître quand un combat été perdu d’avance. Et en l’occurrence, il n’y avait aucune possibilité de fuite.

- Je donnerais les étoiles pour pouvoir être débarrassée de cet « héritage », il n’y a pas prie cadeau empoissonné que de savoir qu’à la fin, il n’y aura plus rien, que tout aura été vain.

La sacrieuse souriait tristement. Tout cela lui pesait énormément, elle se sentait infiniment plus vieille et lasse qu’elle ne l’était réellement.

- Il vaut mieux y aller le plus vite possible, qu’on soit débarrassé de cette corvée. Demain à l’aube me parait la meilleure solution. Au moins, je n’aurais pas le temps de me torturer l’esprit pour trouver une échappatoire à deux kamas. Après tout, que risquons-nous ? Ca n’est rien de plus qu’une antique caverne hantée d’ombres oubliées et badigeonnée de sang coagulé depuis longtemps…

 

 

 

Tayuuya se laissait guidée par les étoiles. Si, depuis la veille, sa soeur broyait du noir à l'idée de se rendre au temple de leur déesse mère, Tayuuya, elle se sentait apaisée. A ces yeux, cette visite allait clore un chapitre de leur histoire, celui de leurs querelles fraternelles stupides.

Elle discernait au loin le bruit de la chute d'eau, masqué par les contreforts de la montagne des craqueleurs. Elle stoppa sa dragodinde au pied du titanesques escalier, adressa un sourire complice au vieil enu qui en gardait toujours l'accès, et attendit que sa soeur descende à son tour de sa dragodinde.

-
Chut, Kiriel ... attend moi ici ...

La dragodinde, nerveuse, piffra une ou deux fois, et se laissa choir dans cette posture grotesques qui suscitait l'hilarité ou l'affection de nombreux voyageurs.

- On continue a pied, non?

Khyrra, toujours silencieuse, lui adressa un regard noir. Cette visite semblait vraiment la mettre mal à l'aise, et Tayuuya luttait pour ne pas se laisser envahir par cette sensation. Pour elle également, ce lieu ne regorgeait pas de souvenirs agréables, et sa dernière visite ... Tayuuya resta une courte seconde à contempler les reflets du soleil sur la cascade qui masquait l'entrée du temple. Qu'un si beau spectacle puisse masquer un aussi sombre antre la laissait perplexe. Sacrieur semblait avoir une qualité : avoir un minimum de goût.

Elle frissonna en sentant l'eau se déverser sur ses épaules, fracassant le tissu fin de son haut de corps. La salle était telle qu'elle devait être. Le golgot semblait trier divers articles, les événements qui s'était déroulés en ce lieu quelques temps auparavant semblaient avoir été oubliés par les serviteurs de Sacrieur.

- Ou effacés probablement...

Elle s'avança au point de discerner parmi l'attirail que triait le massif personnage des potions d'oubli, des capes et bonnets qu'elle reconnu pour ces nouveaux attirail bénis par les dieux dans le but d'améliorer l'utilisation des sorts qu'ils enseignait a leurs fidèles. Elle se demanda si le temple allait se transformer en magasins d'équipements pour sacrieurs malhabiles, et soupira.

- Ne perdons pas de temps, je pense que le mieux à faire est d'accéder directement aux archives du temple, suis moi Khyrra.

Elle adressa un signe de tête au golgot en passant, auquel ne répondit ce dernier que par un regard suspect, et s'engagea dans l'antichambre du temple en invitant sa soeur a la suivre d'un signe de la main.

Khyrra tenait le décompte des années où elle n’avait pas mis les pieds dans le temple, toute cette époque lui semblait si lointaine à présent. Elle en avait presque oublié la splendeur brute et nature de la caverne aménagée et le silence sépulcral qui y régnait en l’absence de visiteurs.

- Tayu… Jamais je n’aurais pensé revenir ici, encore moins après ce qui s’est passé. J’ai l’impression de me jeter dans la gueule du meulou…

Elle frissonnait malgré elle, et pas seulement à cause de la fraîcheur des lieux.

- Je me sens stupide, à trembler comme une feuille. J’étais moins terrifiée lorsque je suis venue ici pour la première fois.

Leur arrivée devant la bibliothèque du temple stoppa ses réflexions. La salle, d’une hauteur de plafond vertigineuse par rapport aux couloirs étriqués, semblait immense. Impression d’autant plus renforcée par les interminables étagères couvertes de parchemins roulés et de grimoires poussiéreux. Khyrra laissa échapper un petit cri d’émerveillement. Ces archives étaient rarement accessibles et un tel trésor à sa disposition lui paraissait une magnifique récompense pour les tourments endurés sur le trajet. Peu de personne le savait, mais la sacrieuse, sous ses abords sanguinaires, restait avant tout une passionnée des livres et du savoir.

Khyrra fit quelques pas dans la bibliothèque avant de se jeter sur la première étagère venue avec une lueur de folie affamée dans le regard, caresser du bout des doigts le dos des antiques volumes, faisant voler la poussière accumulée par les siècles. Si elle l’avait pu, elle se serait enfermée dans cette pièce avec quelques réserves pour les 20 prochaines années, à potasser chaque feuille avec une ferveur quasi religieuse, comme elle n’en avait jamais témoigné à sa déesse. A cet instant et pendant de longues minutes, elle avait compléter oublié sa sœur et le but de leur présence.

 

Le regard de Tayuuya courrait sur la muraille de livre qui se dressait devant elle. Elle avait passé de nombreuses soirées à chercher des réponses dans ces multiples ouvrages, sans jamais trouver pleine satisfaction. La joie apparente de Khyrra la faisait sourire en son fort intérieur. Elle avait eu ce genre de réaction les premières fois qu'elle avait parcouru du regard la montagne de livres qui s'ouvrait sous les caresses de son regard.

-
Au fond de toi, tu restes encore une enfant ma soeur.

Elle observa sa soeur qui, insatiable, saisissait les uns après les autres les manuscrits sacrieurs, en feuilletait quelques pages avant d'en saisir d'autres, dont l'aspect ou le titre détournait son attention de celui qu'elle tenait dans ses mains.

- Tu cherches avec tellement de vigueur, j'espère que tu t'épuiseras moins vite que moi.

Elle parcouru la salle circulaire, laissant Khyrra dévorer ces multitudes de lignes, et aperçut la sacrieuse érudite du temple. Cette jeune femme, qui, tirant de ses lectures un savoir faire inconnu de tous, était capable de fabriquer ces fameuses potions, ces mixtures qui avait un effet sur leurs capacité et sorts sacrieurs. La jeune femme ne semblait pas remarquer sa présence, ne levant pas son nez de son livre, debout, appuyée aux majestueuses étagères. Elle ne bougea pas d'un cils lorsque Tayuuya se rapprocha d'elle, mais surpris cette dernière en lui demandant :

- Cela fait longtemps que l'on ne t'a pas vu parmi nous, jeune sacrieuse, et la dernière fois, il me semble que tu avais délaissé ces merveilleux trésors. Que vient tu faire ici cette fois?

La jeune femme darda ses somptueux yeux verts dans ceux, gênés, de Tayuuya. L'assurance de son regard semblait lui dire qu'elle connaissait déjà la réponse à sa question.

- Je recherche des ouvrages sur les sortilèges sacrieurs les moins connu, des antécédents, ou des anecdotes uniques ... Je suis persuadée que les artifices de Sacrieur ne se limitent pas aux uniques sort qu'elle nous enseigne, j'espère trouver plus de renseignements sur d'éventuels charmes que l'on éventuels peu ...

Ce disant, elle saisit un ouvrage qui trônait sur l'étagère d’en face et en lut le titre.

- Je crois que la chance est de ton coté aujourd'hui. Cet ouvrage est très ancien, il relate une affaire étrange qui est arrivé peu avant que Sacrieur n'apparaisse au premier d'entre nous. Sa lecture te sera sûrement utile.

La jeune femme referma son livre, et, en saisissant un autre, sorti de la salle d'une démarche lente, comme flottant sur la surface du sol. Tayuuya resta interdite (ça lui arrive souvent faut dire) et ouvrit l'ouvrage à sa première page.

 

Khyrra avait fini par jeter son dévolu sur un antique grimoire dégageant une étrange odeur de parchemin moisi mêlé de cendre. Adossée à un mur, au fond d’un recoin obscur formé par 3 étagères se rejoignant, elle déchiffrait à la faible lueur des torches filtrant au travers des livres le texte qui la passionnait. Autour d’elle s’amoncelaient plusieurs autres volumes, mais celui-là semblait ne pas devoir trouver de remplaçant.

L’ouvrage traitait de ceux qu’on appelait les sacrieurs perdus, pauvres diables qui avaient renoncé ou renié leur déesse pour diverses raisons. Bien des légendes circulaient sur ces personnages, et jusqu’à peu, Khyrra était restée persuadée d’en faire partie. Jusqu’à ce qu’en fin le voile se déchire sur ce qu’était réellement sa vie, son destin… une malédiction, pas un simple rejet. Des êtres marqués par le destin, mille fois oubliés, dénigrés, maudits par des générations de sacrieur, portés au panthéon des pires abominations de ce que comptait leur race. Mais au fond, qui connaissait la vérité, qui s’en souciait seulement ?

Faute de temps, elle se contentait de survoler la plus part des pages, hormis pour quelques cas qui attiraient particulièrement son attention. Elle se contentait de mémoriser une longue litanie de noms et d’appellations, à partir de cela, elle serait capable de remonter n’importe quelle piste, même sans avoir à revenir au livre d’origine.

Ce furent les pas légers de sa sœur qui la tirèrent de sa passionnante occupation. Tayuuya s’approchait, silencieuse, les traits tirés.

- Khyrra ?

La sacrieuse leva les yeux de sa lecture et regarda sa sœur d’un air étrange.

- Je ne suis plus seule Tayu, ça n’est pas se condamner que de ne plus croire en Elle.

Khyrra passa une main dans ses cheveux pour écarter les mèches rebelles qui tombaient dans ses yeux, referma son livre en soupirant et se releva. Elle garda un moment l’ouvrage à la main, il était évident qu’elle répugnait à s’en séparer. Mais elle finit par le déposer sur l’amoncellement de grimoires qu’elle avait traîné jusque là.

- Khyrra, je crois avoir trouver une partie de nos réponses, écoute ça ... Ce livre raconte l'histoire d'une Rihine, je ne saurais te dire si cela a un rapport avec la femme à qui je viens de parler. Cette femme a eu deux enfants, la première fut une fausse couche, et la seconde s'attira très jeune les foudres des habitants de son village. Ils avaient peur de cette enfant, car elle savait manier la magie du sang. Malheureusement, elle était instable, parlait un langage étrange lorsqu'elle entrait dans ses instants de transe, elle cela semble raconter de nombreuses anecdotes sordides. Khy, je crois que c'est la première fille de Sacrieur, cette première tentative avorté, ratée... que père nous a relaté comme s'étant dérouler au panthéon des dieux. Je pense qu'elle a déjà tenté de lui donner chair, mais que sa tentative a raté. C'est pour ça qu'elle a choisi 2 filles cette fois ci. Je dois retrouver Rihine, elle sait sûrement quelque chose. De plus, il manque 3 pages à la fin du livre, et je suis sur que ça pourrait m'apprendre beaucoup.

 

Khyrra l’avait écouté attentivement, ses mains se crispant convulsivement à la mention des expérimentations de Sacrieur.

- Je reviendrais, il y a des réponses qui restent encore en suspend.

Elle prit sa sœur par une épaule et l’entraîna dans les sombres couloirs, vers la sortie. Passé l’instant d’euphorie au milieu des livres, l’endroit lui redevenait insupportable, suffocant presque. Sans un mot de plus – Khyrra coupait court à la moindre amorce de conversation lancée par sa sœur – elles refirent le chemin inverse. En repassant sous la cascade, Khyrra laissa échapper un soupire de soulagement. Haletante, il lui fallut quelques minutes pour reprendre son souffle et autant pour comprendre que c’était la peur, une peur irrationnelle, qui avait provoqué cette montée d’adrénaline.

- Cet endroit me rendra folle… Je regrette d’y avoir laissé mon livre…

Elle se laissa tomber lourdement sur le tapis de mousse couvrant les pierres humides au bord de la vasque recueillant les eaux de la cascade.

- Je n veux plus y retourner, c’est insupportable, je sens Sa présence partout, même depuis l’extérieur. C’est comme si Elle était toujours derrière moi, à me surveiller, à attendre le moindre faux pas.

Khyrra n’aimait pas, mais alors pas du tout, montrer cette facette d’elle-même à sa sœur, cela détonnait trop avec cet aspect de grande sœur indéboulonnable qu’elle s’acharnait à construire depuis des années. Mais jouer aux bravaches lui semblait encore plus puéril, Tayu avait passé depuis longtemps l’âge de croire aux simples apparences, elle n’était plus assez malléable pour lui faire avaler que tout allait bien.

- Tu disais donc que tu avais trouvé la première fille de Sacrieur ? Mais depuis le temps, ne devrait-elle pas être morte et enterrée ? Cette histoire remonte à plusieurs dizaines d’années…

 

Et cette histoire devait se dérouler dans un autre récit que celui-ci.

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