Chapitre 4 : Chute (Octolliard 629)

Les jours passèrent, puis les semaines. De l'orageux début d'été, il ne resta bientôt qu'une nature grillée par les ardeurs solaires, mais déjà les feuilles des feuillus se teintaient d'or et de pourpre. La sacrieuse avait repris des forces et recommençait une vie « normale » faite d’entraînement dès que sa blessure le lui permis. Elle avait fini par s’adapter aux curieuses manies de son sauveur, faites de longues absences ponctuées de brefs retours où sa bourse semblait bien plus remplie qu’à son départ. D’ailleurs, ces jours-là étaient souvent synonymes de festins crépusculaires, où l’on fêtait elle ne savait quelle victoire. Jamais elle ne vit une autre personne, seuls de rares tofus messagers venaient troublait le calme de leur refuge.

Bien sûr, elle aurait pu quitter l’endroit dès qu’elle avait été en état de marcher, mais quelque part, cet homme la troublait et l’impressionnait grandement. De plus, il n’était pas avare de son savoir, malgré ses dehors bourrus. La sacrieuse y trouvait donc son compte et apprenait avidement ce qui lui était enseigné. Pourtant, ce calme ne pouvait pas durer…

Bien avant l’aube, Synagar avait retourné leur refuge de fond en comble. Khyrra s’était contentée d’ouvrir vaguement un œil, de grogner, puis de se retourner sous sa couverture pour replonger dans le sommeil. Une énième disparition mystérieuse… Elle n’allait pas s’en formaliser même si l’heure était réellement matinale et que le sacrieur poursuivit son cirque plusieurs heures durant. Lassée, elle finit par se lever et gagna la forêt toute proche pour y trouver un peu de calme, laissant Syn à sa fébrilité dont elle ne comprenait pas la cause. Là, installée sous un vieux châtaigner et armée d’une simple tailladeuse, elle entreprit de passer en s’exerçant à tailler quelques branches ramassées sur le trajet. Elle appréciait ces moments de solitude, où le travail manuel vidait l’esprit et que les gestes devenaient aussi naturelle que respirer.

Par précaution, elle ne s’étaient pas enfoncer trop loin sous la frondaison épaisse, ne serait-ce que parce qu’elle restait titillée par l’agitation de Synagar. La matinée était déjà bien avancée lorsque les échos d’une discussion la tirèrent de sa rêverie. Elle reconnut sans mal la voix du sacrieur, mais l’autre lui était inconnu. S’approchant sous le couvert des arbres, elle saisit quelques brides de paroles, bien avant d’apercevoir l’interlocuteur de son hôte.


- Elle doit traîner dans le coin, la miss n’aime pas être déranger de bon matin.

- Penses-tu vraiment que ce soit la meilleure solution que de la ramener à Bonta ? A ce niveau, elle n’y arrivera pas vivante, et d’ici à ce qu’elle le reste si elle passe les remaprts…

- Ca c’est ton problème, pas le mien. Votre guerre, vous vous démerdez avec, moi, je vais pas pouvoir la garder éternellement ici. Attends moi ici, je vais tâcher de la tirer de sa cachette.

Synagar administra une petite tape sur l’épaule du pandawa qui s’avéra être son mystérieux interlocuteur. Jeune, Khyrra lui donnait à peine son propre âge, il regarda le sacrieur disparaître à l’angle de sa cabane, puis promena son regard sur les environs, visiblement peu à l’aise seul au milieu de la cambrouse. Khyrra, elle, bouillonnait de rage depuis sa cachette.

- Traitre…

Patientant dans l’ombre, elle laissa Synagar s’éloigner à sa recherche, comptant les secondes pour se donner un peu de marge. Ainsi donc, s’il l’avait soignée, c’était uniquement pour mieux la vendre après… Et dire qu’elle avait confiance en lui ! Serrant les poings, elle réfléchissait à la meilleure solution. Fuir lui paraissait être la plus simple, mais ce serait trop facile. Elle percevait l’aura écoeurante typiquement bontarienne du pandawa, et ses impressions se renforcèrent à la vue des petites ailes de plumes blanches qu’il arborait dans son dos.

« Un poussin… Il me pense donc si inoffensive ? Je vais lui montrer ce que je vais en faire de son poussin ! Je vais le plumer ! »

Voulant profiter du fait qu’il lui tournait le dos, la sacrieuse bondit au travers des fourrés, ce qui ne manqua pas de faire craquer quelques branches sèches au passage. Surpris par le bruit, sa cible se retourna, ce qui la stoppa nette dans son élan. Tous deux restèrent là, figés, à s’observer, mais le pandawa fut le plus rapide à se resaissir.

- SYN ! Je crois que je l’ai trouvé !

« CHIER ! Lui, je peux me le faire, mais pas l’autre brute ! Changement de plan !

L’instant d’incertitude cessa immédiatement et la sacrieuse plongea à nouveau dans les broussailles le pandawa sur les talons, qui lui criait de s’arrêter. Rapidement, Khyrra mit au point son plan d’action. Après un brusque virage, avisant une branche un peu plus basse que les autres mais en mesure de soutenir son poids, elle se détendit d’un coup, l’attrapa et se hissa à la force des bras. En équilibre, elle vit passer son poursuivant qui ne semblait pas avoir remarquer son esquive. Mais celui-ci n’était pas totalement idiot, et après quelques mètres sans plus voir la jeune femme, il revint sur ses pas et se mit à fouiller la zone.

Tel un chacha guettant un piou, Khyrra attendit, tapie sur sa branche, qu’il revienne sous l’arbre. Alors, elle se laissa glisser souplement dans son dos, silencieuse comme la mort qu’elle apportait, sa tailladeuse à la main. Le pandawa n’eut pas le temps de réagir lorsqu’il se redressa après avoir inspecté un buisson. La lame à peine émoussée par le travail du bois glissa sur la fourrure et lui ouvrit la gorge d’un bord à l’autre. Khyrra se dégagea et fait quelques pas de côté afin d’entrer dans son champ de vision et de contempler son œuvre, sa dague ensanglantée à la main. Le pandawa trébucha, ses mains tentant frénétiquement de retenir la vie qui le fuyait à flot, sans réellement comprendre qu’il avait scellé son destin en la suivant dans la forêt. Khyrra, arborant un sourire mauvais et particulièrement fière de son succès, le toisait de haut. Lentement, elle porta la tailladeuse à sa bouche et lécha le sang qui ruisselait le long de la lame, sans quitter son ennemi vaincu du regard.


- Chien de Bontarien… Crèvent donc comme l’animal que tu es, égorgé comme un vulgaire porc. Dommage… Je ne serais plus dans les parages pour voir les charognards dépecer ton cadavre, vraiment dommage…

- Oui, c’est vraiment dommage !

Au son de cette voix si proche, Khyrra réalisa son erreur. Toute à sa victoire, elle en avait oublier les plus élémentaires bases de prudence. A quelques mètres seulement, se dressait Synagar, et visiblement, il n’était pas, mais alors pas du tout satisfait du sort qu’elle avait réservé à son invité. La sacrieur n’eut pas le temps de balbutier une explication bidon qu’elle avait déjà compris que son escapade risquait de se voir mis un terme plus que définitif, alors que les tentacules d’attirance se déployaient, l’entravaient et la ramenait vers son bourreau.

- C’est donc tout ce que tu fais de mon hospitalité ! Tu es pire qu’un animal, tu n’es qu’une démone de la pire espèce.

L’air crépita et claqua d’un coup sec lorsque la punition se déchargea sur la jeune femme, ébranlant sa chair et ses os en une vague de douleur intense. Le regard furieux, Synagar la jeta à terre d’une gifle violente, puis l’enjamba sans plus se préoccuper d’elle pour se porter auprès du pandawa. Mais il n’y avait plus rien à faire pour celui-ci, gisant dans son sang, mort.

Pour Khyrra, cela n’avait plus aucune importance. Recroquevillée, elle tentait surtout de se remettre des effets du sortilège. Une punition n’était jamais facile à encaisser, et dans la majorité des cas, s’avérait même mortelle. Pour un sacrieur, le risque d’y passer était moindre, mais l’attaque n’en restait pas moins extrêmement douloureuse. Elle ne vit donc pas ce qui se passa à quelques mètres, et le retour de Synagar auprès d’elle passa également inaperçu jusqu’à ce qu’elle sente sa main posée sur son cou. Pourtant, elle ne broncha pas, attendant la mise à mort en se demandant simplement s’il allait l’étrangler ou lui briser la nuque. Mais rien de tel ne se produisit. La main se referma en une poigne de fer à la base de sa longue natte. Sans efforts apparents, Synagar la souleva du sol comme un chaton inoffensif, la traîna sur une courte distance et la laissa retomber à côté du corps sans vie, sans aucune délicatesse. Puis il tira son épée et pointa la lame sur la sacrieuse.


- Tu vas lui donner une sépulture descente !

La sacrieuse se redressa à demi et le défia du regard.

- Jamais ! Cet emplumé ne mérite même pas ma haine ! Qu’il finisse bouffé par ses frères les asticots !

Franchement à bout de patience, le sacrieur la frappa du plat de son arme.

- Ca n’est pas une suggestion ! Tu obéis ou je te jure que tu regretteras de ne pas être morte sur le coup !

Sur ce, il tourna les talons, certain que la jeune femme ne prendrait pas la fuite. Certain également qu’elle plierait enfin et retrouverait un semblant de civilité. Rien n’était moins sûr avec Khyrra…

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